LITTERATURE de FRANCE
retour ou fin du réel?












On pourrait se demander si la littérature survivra au prochain millénaire,mais poser la question en ces termes serait déjà faire preuve d'un défaitisme bien excessif. M'est avis que le langage et son expression (via la littérature) a un avenir, même médiocre, même peu sûr.

Au cours des années de l'après-guerre, d'autres avant-gardes ont pris le relais d'anciennes: aux surréalistes ont succédé les philosophes "engagés" dans un contexte de guerre froide. Terrain peu propice à l'expression d'une littérature originale, car lorsque qu'on intime au fond l'ordre de plus se préoccuper de la forme, la prose qui en résulte est généralement lourde de trop de bons sentiments. Ceux-ci, on le sait, ne font que rarement de la bonne littérature. Or voici qu'avec les années soixante d'autres formes de concevoir l'écriture de fiction apparaissent et se réclament bien plus des anticonformistes de l'avant-guerre: c'est l'heure de la libération de moeurs et d'une vitalité littéraire nouvelle. C'est le temps de Kérouac et du Nouveau roman, pour résumer.

Depuis, comment qualifier la littérature contemporaine? Le recul nous manque, mais force est de constater qu'elle existe et qu'il n'y a jamais eu autant de romans publiés à la rentrée littéraire. Il n'est pas sûr que ce soit là un signe de bonne santé, mais seulement la preuve que la littérature attire encore de jeunes talents, des ambitieux mais aussi des passionnés qui veulent renouveler la pratique de la fiction littéraire sans pour autant prétendre faire table rase du passé ni ignorer le leg d'aînés qui, à défaut d'être tous glorieux, ont au moins perpétué une tradition littéraire et fait honneur à la pratique de la littérature. Gageons que cette espèce d'écrivains ne disparaîtra pas sitôt le nouveau millénaire commencé.

Eva Domeneghini


Disserter sur l'avenir/disparition de la littérature me semble un passe-temps de journaliste, une pose très à la mode qui a le mérite d'être bien vue partout.
Les risques sont minimes. Entre misonéisme et nostalgie du temps passé, nos cervelles regardent l'avenir avec perplexité; c'est là notre moindre défaut lorqu'il s'agit de "ruminer".
Alors, cette disparition de la littérature!? C'est pour quand?
A l'époque de Rabelais ou de Montaigne, se posait-on cette question?
Cette peur qui est née du capitalisme n'est justifiée que par l'existence d'une grande quantité de lecteurs -d'un marché- et la frayeur de les perdre. Une société sans lecteurs ne se pose pas cette question. Excusez le truisme!
Pour m'expliquer, je voudrais dérouler un paradoxe:
En conservant l'axiome que l'homme a besoin de vivre une existence symbolique pour ne pas devenir fou et que, jusqu'à présent, les dieux et l'art ont parfaitement joué ce rôle, nous pouvons assurer que la littérature gardera sa fonction prophylactique des centaines d'années encore.
Mais il est vrai aussi que la qualité du lecteur, sa capacité de jugement, son manque d'intuition esthétique, etc., sont en chute libre. Et selon toute probabilité, le processus ne fléchira pas. Nous avons laissé passer encore une fois l'idée platonicienne de voir naître une société de philosophes...
Nous nous retrouvons à l'époque d'un Montaigne où le nombre des lecteurs avertis se comptaient sur les doigts de la main. En Espagne aujourd'hui, les professionnels de la littérature estiment à 150.000 le nombre de vrais "lecteurs"; les autres n'étant que de vulgaires consommateurs de rata mediatique sans aucune capacité de décision. Combien y en a-t-il en France?
Eyquem écrivait dans sa tour, pour ses amis. L'écrivain d'aujourd'hui est obligé à faire de même. Qu'il se prépare au pire. Le plus important n'est pas la littérature mais ce qu'elle fête; peu importe le genre. Le roman? Il existera aussi longtemps que le cinéma. Pas de soucis à se faire.
Pour protester encore contre ce désir mercantiliste qui s'érige hypocritement en protecteur de la littérature, je citerais Lao Tzu. Le tao dit que l'esprit occupé à travailler pour l'orgueil et la conquête sociale est comme un vent violent ou une tempête et qu'ils ne peuvent durer bien longtemps...
L'avenir de la littérature, dans les termes posés ci-dessus, la peur même de la voir disparaître (Cela ne cesse de me surprendre!), est une préoccupation de l'esprit petit bourgeois qui aujourd'hui illustre la "grandeur" de nos modèles économiques.
Tant que les gens demanderont du roman, les recettes de cuisine et les biographies de stars de la télé le maintiendront dans les rayons; la quantité de bons livres sera peut-être chaque fois plus mince; le nombre d'écrivain aussi; mais qu'importe; le XVIe siècle a laissé des oeuvres sublimes!
La littérature, la création en général et la religion sont la même chose. Baudelaire est arrivé à cette conclusion après une vie de souffrances. Je la partage et la médite encore très souvent.

Philippe Nadouce