La formidable émergence d'écritures tous azimuts ; l'appropriation croissante, par tout un chacun, de son propre "lointain intérieur".
Aux conditions premières d'existence que réclamait le grand mouvement populaire de 1936 ("du pain et du travail") et venue s'ajouter, lentement mais sûrement, puis de plus en plus vite depuis 68, celle de la subjectivité et de l'intersubjectivité en actes, c'est-à-dire de la liberté vraie. Quel chemin parcouru depuis les expériences d'extirpation si contradictoires parfois des symbolistes et de nos amis lointains mais si proches de la fin du XIXe.
Au chapitre de l'exigence, j'entends souvent blâmer le relâchement contemporain, la spontanéité ("écrire, ça s'apprend"), voire même qu'il y ait trop de revues (le chiffre d'un millier pour les cinquantes dernières années est une bonne base) ou que la poésie puisse être faite par tous, mais en regardant de près ce qui s'écrivait à la fin du XIXe, avec une belle trempe il est vrai (mais la chose vaut dans tous les domaines : en politique, par ex), et ce qui s'écrit aujourd'hui dans la vaste mouvance poétique francophone, nous n'avons à rougir de rien : la clause multiforme de l'intérêt, du sens, y est, même si le marché de la littérature s'est jusqu'à présent désintéressé de promouvoir des ténors (des "grands poètes"), ce dont personnellement je me réjouis.
Guy Ferdinande