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VOS PUBLICATIONS:

Quitter les mots? Corinne Lellouche,
Michel de Maule éditeur
Par Lise Lacaut
En exergue de Quitter les mots?, cette dédicace : « A mon papier peint, A la sœur jumelle de William Shakespeare qu’on a mariée de force, la condamnant à l’abrutissante mort lente du foyer. Plus douée, plus travailleuse que son frère, elle n’exista pas hors l’invention de Virginia Woolf. Ou bien était-elle William.e Shakespeare, le « e » ayant disparu, ce n’est pas Pérec qui le retrouvera ». Écrivain, journaliste, chargée de cours au Celsa, Corinne Lellouche a été rédactrice en chef de l'hebdo culturel A Nous Paris qu’elle a créé, et de divers News Magazines, avant de faire naître avec Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International la télévision locale Cap 24 (TNT). Elle est l'auteur de Ma vie est une oeuvre d'art, devenu un classique des années 90 ; de 200 marches, J-M Laffont éditeur, 2004, dialogue centré sur l’escalier que Lou Blic, son mari et coauteur disparu trop jeune descendait. Ici se confirmait la recherche d’une écriture séquencée retrouvée quelques années plus tard dans Reine Blanche, J-M Laffont éditeur, 2010.
Par la voix d’un narrateur qui vit comme il écrit, on découvre dans Quitter les mots? La bibliothèque à la fois personnelle et universelle d’un personnage intersexe, Désiré(e), obsédé par la précision du langage. Malmené par la vitesse du siècle, il convoque les textes qui ont élevé ses joies, ses maux, sa solitude, ses rencontres. Toutes les formes de la tension et de l’agression le traversent en ce millénaire de surinformation dont le tissu de lois, de réseaux, de connexions secrètes, semble autant de fils où se piège le temps qui lui est compté.
Extrait :
Le roman familial lui avait prêté une entente immédiate avec les mots. C’était tout le contraire. Ses parents parlaient une sorte de patois aux accents difficiles qu’il ne comprenait pas. Il ignorait cet idiome entendu tel un bruit de fond lancinant depuis sa naissance, réalisant seulement qu’il n’était utilisé qu’à la maison. Un secret inavouable. Dès son arrivée à l’école, il avait redouté une moquerie à ce sujet qui n’était jamais venue. Il avait en tête, par cette mystérieuse logique d’avant le savoir commun, que cette langue-là, - « l’arabe » que ses parents nommaient du « breton » par peur d’être assimilés aux émigrés - ne comprenait que les vocables désignant ce qui était honteux, ce qu’il ne fallait pas dire : la morve, les matières fécales, l’urine, la bave, la salive, qui traînaient telles des limaces abjectes dans le champ fertile de ses complexes. À deux ans, il était déjà conscient du regard et du jugement. Aussi s’était-il appliqué fort tôt à une précision du langage qui faisait l’admiration de ses maîtres. Lesquels ignoraient que son tropisme pour les livres et ses dispositions pour la chose écrite et parlée étaient peut-être nés d’une véritable terreur, la pire de toutes, celle de ne pas se sentir conforme. Cette peur l’avait conduit à une sagesse effrayante. Il ne bronchait pas, naviguant entre une pratique épuisante de l’écoute et une sorte d’absence, d’évanouissement, de retrait.
Ou bien était-ce le refus d’intégration, - premier mouvement de ses parents évoquant « les Français » pour tous ceux qui n’étaient pas Juifs et Tunisiens comme eux -, qui l’avait conduit, lui, à vouloir aimer tout et tout le monde.
La différence possède la vertu de ses défauts.
Enfant, la langue française, la sienne, jugée étrangère par ses géniteurs le rendait irrémédiablement exilé, impropre aux repères que les autres avalaient sans effort. L’apothéose de cet état d’inconfort, il l’avait éprouvé, un jour où, victime d’une agression, l’instituteur lui avait demandé s’il voulait bien « faire la paix » avec un agité qui l’avait frappé sans raison. Que signifiait « Faire la paix » ? La classe entière attendit la réponse de Désiré tandis que son être s’enfonçait dans un silence hostile, sorte d’interlude interminable que l’enseignant avait rompu en lui reprochant son vilain mutisme. « Faire la paix » pour un petit français de souche, même s’il est athée, cela coulait de source. Ne lui avait pas échappé que les plus mauvais élèves avaient compris le sens de cette injonction empruntée à la civilisation chrétienne, qui pour lui, demeura longtemps une énigme en même temps qu’un traumatisme. La sœur jumelle de D., (I.L. pour Isabouche Lebelle) éprouva les mêmes sérieuses difficultés à l’écoute d’une petite amie lui racontant qu’elle s’était rendue au musée. Elle connaissait le boulanger, le pâtissier, l’épicier, mais que pouvait-il se passer dans un musée ? Et toujours cette intonation particulière grâce à laquelle on réalise que « se rendre au musée » relevait d’une pratique supérieure faisant de vous une personne supérieure. D’autres déconvenues furent joyeuses. Ainsi un personnage « singulier » rencontré dans certains récits, lui demanda de longs mois de réflexion avant que tel un archéologue il n’invente sa découverte : un personnage singulier pouvait être le contraire d’un personnage pluriel s’il était UNIQUE.





Concernant le dernier livre de Claude Luezior . Clames, poèmes à dire, Ed. tituli, Paris, 2017 :


CLAMES
Poèmes à dire
CLAUDE LUEZIOR
ÉDITIONS TITULI, Paris. 2017

Mais quel est donc ce nouveau daïmon qui enfièvre Luezior?

En effet, dans tous les recueils précédents, l’auteur, avec son sens inné de l’image, est oiseleur qui, dans des plissés de douceur, origine des houles de rêve. Glaneur d’arc-en-ciel, entre vacillements de cierges et odeurs d’encens, il bat les cartes d’un jeu de songes dans des bourrasques de sensualité et s’avance à pas de chartreux. Ici, dans Clames, on est de prime abord surpris, voire interloqué, devant ce choc des mots que le poète martèle avec un bonheur évident et heureux : elle / disloque / croque / escroque / révoque. Les phrases courtes, réduites au maximum. Elles sont des coups de gond qui résonnent, des coups de poing qui font des bleus à la voix car, instinctivement, comme à l’écoute d’un slam on se laisse emporter par ce rythme : ici pulse le besoin du dire
Sabre au clair, les mots en débord moissonnent le souffle, sortent de la page. Le lecteur devient orateur, il scande : coupe / mes coups de sang / coupe mes poignes / découvre ta croupe. C’est une armée au pas de charge qui sonne la diane, dévale les pentes du livre et monte à l’assaut de celui qui lit : je heurte / Parce que je suis heurtoir et m’agenouille/ sombre fripouille / à l’échancrure des souvenances (...) et je heurte / heurte sans tympan / et je heurte / jusqu’au sang
.
Mots qui fustigent, fouettent : assez / de ces scandales / de ces vandales / qui empalent mes vestales. Mots volcans, lave sur les dérives du quotidien : c’est clair / les bijoux / de pacotille / transpercent / les chairs (...) se faire marquer : comme si l’on n’avait / pas asse tatoué / les suppliciés / aux camps / des condamnés. Mots guillotines : c’est clair / on a proclamé : les déchets / œuvre d’art / et les détritus / sur fonds sprayés / sont glorioles / pour discours / esthétisés.

Malgré soi, par la puissance de ce dire, on s’enrôle dans la troupe marche. Et soudain, ici et là, quand on s’y attend le moins, lorsque le vent s’apaise, Luezior pose son bivouac pour se laisser glisser : peut-être le temps est venu, le temps où l’on respire d’autres rêves. Le poète passionné ouvre sa besace. À la lumière d'un phare lointain, une sirène passe : il rêve d’écailles et filtre une confidence aux yeux de salamandre : Ne t’en déplaise / j’aimerai / seul sous la treille / l’ombre de tes soleils / j’aimerai tes vermeils. Dans sa nuit, les étoiles laissent glisser l’humour : à la fripe / j’ai mis / quelques reliques / de participes / trop passés. Dans la fragilité de ses chimères, il déploie les ailes des libellules au tulle de ses pensées, il sait qu’une lueur pointe toujours au-delà du noir. Entre un nuage et une ombre, disons avec le chantre : buvez / comme le rouge-gorge / buvez / de vos lèvres / jusqu’à ce que vie / s’en suive / et surtout / buvez-moi.

Claude Luezior est à la fois marbre et sculpteur, il incendie ses vaisseaux avec élégance, parfois à contre-courant mais jamais à contre-cœur, il écrit sur le sable mouvant de la vie avec joie et douleur : dialogue avec l’ange, mais aussi dialogue avec ces riens tantôt sublimes, tantôt insalubres. Gênes de sang au calice de l’offrande.

Avec le poète clamons ses « Clames » au miroir / du puits / où culbutent / nos songes.

Nicole Hardouin

Pour mémoire, les éditions tituli ont sorti en 2016 Une dernière brassée de lettres du même auteur.


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SITE DE CLAUDE LUEZIOR : www.claudeluezior.weebly.com


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BIBLIOGRAPHIE DE CLAUDE LUEZIOR :

Romans


• Monastères, Ed. Buchet/Chastel (Paris)
- Prix Marcel-E. Grancher
- Ed. France Loisirs (reliée)
- Prix Européen de l’A.D.E.L.F. - Ville de Paris
- Traduit en roumain par Mihaela Proca : Manastiri, Ed. Globus (Bucarest)
- Transcrit en braille, Bibliothèque Romande Braille (Genève)
• Dites-moi la vérité, Ed. Buchet/Chastel
- Préface de Jean Bernard, de l’Académie française
- Trans. en braille, Bibliothèque Romande Braille (BRB)
• Terre d’exils, Ed Buchet/Chastel
- Trans. en braille, BRB
• Secrets de famille, Ed. Buchet/Chastel
• Rebelles, Ed. L’Hèbe
• Armand Niquille, artiste-peintre au cœur des cicatrices, (biographie romancée), 2015, Ed. de L’Hèbe



Nouvelles et histoires courtes


• Impatiences, Ed. Buchet/Chastel
- Traduit en allemand par B. Jeitner-Hartmann : Ungeduldungen, idem
• A pleines mains, Ed. Buchet/Chastel
- Prix de la Décennie, Soc. Poètes et Artistes de France
- Grand Prix de l’Académie littéraire de Poitiers
- Transcrit en braille, BRB
• Fruit de nos désirs, Ed. Buchet/Chastel
- Prix "Nature humaine", S.P.A.F. (Genève)
• Venise, Ed. Cabedita (Yens et Saint-Gingolf)
• Venise et autres contes fantastiques, Ed. Buchet/Chastel
- Prix Voltaire, Société des Ecrivains de l'Ain (Ville de Ferney-Voltaire)
• Chemin de rêves, Ed. A. et Cl. Maetz (Strasbourg), préface de Laurent Bayart
• Nourrir les colombes, avec Laurent Bayart, Ed. L'Harmattan
• Urbs, Ed. L’Harmattan (Paris)
• Une dernière brassée de lettres, Ed tituli (Paris)

Poèmes, aphorismes et proses poétiques


• furtive, Ed. La Bartavelle (Val de Loire)
- Grand Prix Châteauneuf-du-Pape
- Prix Richelieu, S.P.A.F.
- Prix Rose des Poètes, Soc. des Poètes Français (Paris)
- Prix André Seveyrat, Association des Ecrivains de Lyon
• fragile, Ed. La Bartavelle
- Prix Maïse Ploquin-Caunan 2001 de l'Académie française
- Prix Paul Eluard, SPF
- Prix "Appel à la beauté", S.P.A.F. / Prix Vendée
- Prix Hélène Rivière, Académie rhodanienne des Lettres
• fluide, Ed. La Bartavelle
• Pour un tesson de lune, Ed L'Harmattan, préface de Jean Desmeuzes
- Grand Prix National Paul Valery et Louise de Vilmorin - Ville de Dijon
• L'orpailleur, Ed. L'Harmattan
- Grand Prix Wilfrid Lucas
- Traduit en italien par Roberta Ricca : Il Cercatore d'Oro, Ed. L'Harmattan (Turin)
• L'espace d'un regard, Ed. L'Harmattan
• Aux écluses du destin, Ed. L'Harmattan
• Haute couture, Ed. L’Harmattan, préface de Louis Delorme
- Prix Jean Cocteau (fondé par Jean Marais)
- Prix Stephen Liegeard (Dijon)
• Soleil levant, Ed. L’Harmattan (Prix Marie Noël 2013, remis par Michel Galabru, anc. sociétaire de la Comédie française)
• Mendiant d’utopie, Ed L’Harmattan, préface de Nicole Hardouin
• Prêtresse, Ed. L’Harmattan
• Vent debout!, Ed. Encres Vives
• Tisonner l’imaginaire, Ed. Encres Vives
• Quand se bousculent nos lèvres, Ed. Encres Vives
• A la dérive, Ed de l’Atlantique
• Flagrant délire, Ed de l’Atlantique
• Épurer le doute, Ed de l’Atlantique
• Fragment, Ed L'Harmattan
• D'un seul geste, Ed L'Harmattan
• La couleur d'un silence, Ed L'Harmattan
• Ces douleurs mises à feu, Ed Les Presses littéraires (Prix Y. et S. Blanchard, Dijon)
• Clames, poèmes à dire, Ed tituli (Paris)



Textes de livres d'Art


• Aux sources des légendes, monographie Jacques Biolley, Ed. Wallâda (Marseille)
- Grand Prix Luc Vuagnat (Genève)
- Prix européen francophone Michel-Ange 2009 (Paris)
• De l'oxydo-gravure à la mythologie des mots, monographie Guy Breniaux
- Traduit en grec par Nikos Zartamopoulos, Ed. Elix (Athènes)
- Prix Poésie, Prose et Arts figuratifs, Accademia Il Convivio, 2005 (Italie)
• La bible des chats-moines, monographie Bruno Cortot, Ed. Les Presses littéraires
• Niquille, maître de lumière, avec J. Biolley, Ed. La Sarine (Fribourg)
- Prix spécial du Jury, Accademia Il Convivio, 2007 (Italie)
• PAVLINA : Espaces et transparences, Ed. Tricorne (Genève)
• Hughes de la Taille : À l’écoute du regard, Ed. des deux Rives, 2013 et 2015
(avec N. Hardouin, A, Comtour, M. Bénard)
• Mystères de cathédrale, photos de Jacques Thévoz, BCU, Fribourg, 2016







Contributions à des anthologies


• La Poésie Contemporaine 2000, Les Presses Littéraires (Dijon)
• Bouquet de Plumes, Ed. La Sarine, SFE (Fribourg)
• Dissidences 2002-2003, Coll. l'Aéro-Page (Dijon)
• La Poésie Contemporaine 2001, Coll. Florilège (id.)
• Soif de Mots, Tome 13, Ed. Le Brontosaure
• La Pléiade pictave, G. Claude St-Marc (Poitiers)
• La Poésie pour Étendard, tome 5, 2005, Les Amis de Thalie (Limoges)
• Soif de Mots, Tome 16, Ed. Le Brontosaure
• Calendrier poétique de Thalie, 2005
• Anthologie Pierre Béarn, 2005
• Il Convivio 2005, trad. Angelo Manitta (Sicile)
• La Poésie pour Étendard, tome 6, Les Amis de Thalie, 2006
• Anthologie de la Poésie Contemporaine Française (Dijon), 2007
• Fribourg la secrète, Soc. Frib. Ecrivains, Ed. La Sarine, 2007
• Dissidences, U.N.I.A.C. (Dijon), 2007
• Le Scribe, Ed. À la Carte, 2008
• PAVLINA : Vingt années bleu passion, Ed. Tricorne, 2009 (Genève)
• Défricheurs d’imaginaire, dir. J.-F. Thomas, Ed Campiche : « CamPoche », 2009
• Florilège St-Valentin, Ed. Sajat, 2011
• J. Biolley : Les couleurs d’une œuvre, Ed. Wallâda, 2011 (Marseille)
• Concerto pour marées et silence, Colette Klein, 2011, 2013, 2015 et 2017 (Paris)
• Charlibre, Ed. Corps Puce, 2015 (Amiens)
• Effraction (lambeaux), Ed. L'Harmattan, 2015 (Paris)
• Fribourg vu par les écrivains, Anthologie XVIIIe-XIe s., Michel Dousse, ill. Claudio Fedrigo, BCU et Ed. de l'Aire, 2015
(Fribourg, Vevey)
• Poésie sur Seine ("Les poètes du XXIe siècle"), no 92, 2016 (Saint-Cloud)
• Fenêtre ouverte (anthol. bilingue franco-espagnole : M. de Coster, Ed. idem 2017 (Paris)