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L'Histoire s'arrête à Scheldovery


Aux éditions Lune d'Or (Belgique)
L'Histoire s'arrête à Scheldovery (roman, 157 pages) par Michel Pourtois

Des personnages romanesques sont confrontés par la parole et le geste aux sollicitations des prophètes de la guérilla urbaine, Rudy Dutchke, Ulrike Meinhof… Leurs comportements politiques, les transgressions légales et morales dont ils se rendent responsables, sont abordés sans préjugé, à l’abri de l’apologie comme de l’anathème. Dégagées de toute intention édifiante, ces figures vivent et nous touchent.
La réalité historique devient un matériau de la construction littéraire. On songe à Roger Martin du Gard ; aux enquêtes romancées de Sciascia.
Sauf que le cadre du tableau, la machinerie romanesque, prend une importance inattendue. L’artéfact narratif est systématiquement dévoilé. Comme pour les marionnettes japonaises, les opérateurs restent présents sur scène. Qui sont-ils ? Trois principes composent un démiurge unique : (1) le narrateur (innommé, omniscient) ; (2) un ancien agent des services secrets : l’écriveur s’exprimant à la première, puis à la troisième personne ; (3) l’éditeur du livre : Saint-Esprit tel qu’en lui-même son nom symboliquement le change. Étrange trinité. Mais plus étrange encore : la crédibilité des personnages se maintient et même se renforce devant l’étalage des artifices. Nous créditons Melchior Münt et sa compagne Ligia, d’une existence authentique. Quoique eux-mêmes en doutent :
Ligia : “ Cette vie n’est pas la mienne. Autre chose devait arriver. Cela m’a été volé. ” .
Melchior : “Un démon que je n’ai pas encore identifié me tourmente et me presse de rechercher un asile philosophique. Il pourrait s’agir de brûlure, de tisons séquestrés dans ma mémoire.”
La fiction remue les questions essentielles : l’amour, la trahison, la mort… Un inquiétant réalisme les submerge. En la ville de Scheldovery, la société de consommation est en train de gagner. Iniquités sociales, subornation, conformisme médiatique. Münt tient pour légitime le mot d’ordre vengeur : “violence contre les violents !” Il se rend en Allemagne. La Röte Armée Fraktion du terroriste Andreas Baader faisait alors trembler la République Fédérale. Lui-même va-t-il franchir le pas ?
Entre l’écriveur et Melchior, la partie se resserre. Le pays étranger en fièvre, s’adonne à un terrible examen de conscience. La raison et la foi des protagonistes se délitent et périssent. À la mort de sa compagne, un sentiment de culpabilité obsède Münt et l’hallucine.
Que peut alors l’agent de Sûreté – le commis écriveur – pour pallier ce destin haïssable ? Il s’efface devant sa créature, lui accorde le bénéfice d’un remake et la maîtrise enfin de son rôle…
Mais en quels lieux désormais ? Mais en quels temps ?
Le conte se termine lorsque l’assimilation du premier par le second est consommée. Cercle bouclé. Le créateur mangé par sa créature. Une telle imposture doit être sanctionnée. Le retour des anciennes années était un piège. La ville elle-même de Scheldovery s’enfonce dans la mer.
Cadre à la fois réaliste et fantastique. À la manière des nordiques : Klinger, Lagerlöf, Maeterlinck…
Sans doute le texte le plus abouti de l’écrivain.

Note de lecture par Anne Santiago.















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