Exigence : Littérature



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A propos de Journal noir de l'Algérie indépendante, Philippe ALMERAS
Editions Dualpha.


En 1964, Philippe Alméras part  trois mois en Algérie, pour y mener une enquête sur le vif à propos d'une indépendance bâclée et ratée après sept ans de guerre. Le journal de ce reportage donne dès le premier jour l'intense et persistante impression de situation à la Kafka. Le jeune reporter a bien préparé son séjour, notamment la liste de personnes à rencontrer, mais sur place les rendez-vous sont quasiment impossibles. La personne à rencontrer est toujours ou occupée, ou absente, ou bien donne un rendez-vous mais ne l'honore pas, il y a toujours un contretemps qui fait que le journaliste se trouve presque toujours, comme Kafka, devant l'impossibilité de pénétrer au château. Les gens se défilent, disent de revenir, et de revenir encore, découragent de tenter encore de demander un rendez-vous. Ce qui ressort de cette difficulté extrême à rencontrer quelqu'un et à l'écouter dire, c'est une sorte d'étrange absence de quelqu'un qui, aux postes de décision, de direction, d'organisation, aurait su intégrer quelque chose de l'ordre d'une transmission réussie entre les colonisateurs partis et ceux qui sont censés reprendre le flambeau. Ratage dans la transmission, ce qui fait que tout dans le pays retourne à l'inorganisation, au chaos. En même temps que cette non transmission, cette non reprise du flambeau par des Algériens qui auraient pris de la graine des colonisateurs dont les derniers sont encore en train de partir en 1964, il y a, expliquant sans doute les raisons profondes, kafkaïennes, de ce ratage, une figure apparemment forte, paternelle, Ben Bella, censé prendre les bonnes décisions pour son peuple, entre nationalisations, répartitions des biens déclarés vacants, construction d'une Algérie socialislamique, mais qui s'avère impuissant tandis que les aides extérieures, celle de l'URSS, celle de l'Amérique, celle de Cuba ne se précipitent pas pour remplacer la France. Bientôt, à la place de Ben Bella, viendront Boumédiène et l'armée, seule force cohérente en Algérie. Philippe Alméras évoque à un moment Mussolini, dont il lit une biographie pendant son séjour, et Céline, et il se demande ce qui distingue essentiellement le nationalisme socialiste de Mussolini et le socialisme nationaliste de Ben Bella. Ben Bella semble comme le père kafkaïen, et pourquoi pas comme Mussolini, une figure forte et puissante capable de faire le bonheur du peuple et de la famille, mais qui s'avère être impuissant car non ensemenceur, non capable de donner par le relief de sa propre personne de la graine. Forte de sa volonté d'une Algérie arabe, cette figure puissante a dénié pour elle-même de s'incorporer des qualités et du savoir-faire du colonisateur mis dehors, et lorsque cette incorporation symbolique est ainsi déniée et que la graine n'est pas prise, alors surgit à ciel ouvert l'impuissance. Et bien sûr, comme nous le démontre si bien Philippe Alméras, l'Algérie a beaucoup de mal à se remettre de cette non transmission.


Alice Granger-Guitard