Exigence : Littérature



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A propos de Sainte Catherine, Harry MATHEWS
Editions P.O.L.


Le titre du livre d'Harry Mathews est déjà énigmatique. Ce qui est très bien pour un texte qui raconte comment une femme débouche sur un chiffre indéchiffrable après avoir été confrontée à l'énigme du Sphinx.
Cette femme, faut-il l'entendre à partir de la figure de Ste Catherine de Sienne? A un seul endroit du texte, il est question de la couleur terre de Sienne. Vrai ou non, on pourrait dire que ce lieu de vacances au bord de la mer où se trouve cette femme, plus précisément cet hôtel qui s'appelle Sphinx, c'est comme la bénigne maison dans laquelle Catherine voulut rester toute sa vie, la maison d'enfance, la maison maternelle encore plus que paternelle de Catherine Benincasa.
La femme de ce texte, dans ce temps de vacances qui semble transporter ( le train ) dans un lieu originaire, au bord de la mer ( et de la mère ), est elle aussi, comme Oedipe, confrontée à l'énigme du Sphinx.
L'énigme tourne autour de quelque chose de matriciel, cet état de flottaison originaire d'où sont séparés aussi bien le garçon que la fille, et qui reste, aussi fortement pour chacun d'eux, la référence unique. Alors, ce que montre ce texte, c'est qu'il n'y a pas qu'Oedipe qui rencontre l'énigme. La fille aussi. Plus que d'inceste, qui est toujours avec la mère qu'on soit fille ou garçon, il s'agit du transport au pays matriciel. Etat de flottaison et d'ennui, voire de déception, d'âpreté, propre à ces vacances où il n'y a rien à faire. Catherine Benincasa nourrie beaucoup plus longtemps que les autres enfants par sa mère. Et assoiffée affamée d'autre chose. Dans la bénigne maison, dans la maison matricielle, le désir grandit comme celui de cette femme dans la maison Sphinx au bord de la mer.
Dans ce texte, dès le début quelque chose se prépare tandis que le désir se dit à l'heure du drink en début de soirée, comme la soif de cette femme, et celle de Catherine Benincasa, nourrie longtemps au lait et assoiffée pour cette raison-là. Dans la maison du Sphinx, matricielle plus qu'incestueuse, une femme entend son désir comme des coups de gond annonçant l'heure du drink en début de soirée. Ce qui se prépare, avec la pluie, le vent, les tremblements, les coups de tonnerre, c'est une sorte d'accouchement, de naissance, mais, avec le sexe qui lui fait rencontrer Oedipe sous les traits d'un homme lui offrant un drink et qui vient d'un autre bord de mer, l'événement va dans les deux sens à la fois. On dirait que ce lieu originaire qui la constitue, son chiffre, elle le retrouve et s'en sépare en même temps.
De même que Sainte Catherine avait trouvé, dans le Christ, un pont pour que son désir d'autre chose puisse transhumaner ailleurs, la femme se laisse offrir un drink par un homme du bar du Sphinx. Tandis que le vent, la pluie, le tonnerre augmentent, Oedipe-Sphinx-Boeing plonge en elle-mer-mère pour la dissoudre. Sexe. Section. Séparation. Au matin, il est parti. Il est d'un autre bord de mer. Au pays originaire, on ne s'éternise jamais. Se séparer, ce n'est pas une fuite, comme la femme était tentée de fuir affolée par ses tremblements lorsque l'homme du bar lui proposa le drink du transport vers l'originaire. Le pont vers autre chose, c'est le départ de cet homme vers autre chose aussi, qui permet à cette femme de ne pas être immobilisée, de ne pas représenter un lieu incestueux. Reste pour chacun d'eux un chiffre indéchiffrable, une inscription originaire qui pousse aux retrouvailles ailleurs. La femme peut alors prendre le train pour quitter le Sphinx, le mal du chiffre indéchiffrable s'est dénoué. Paix arrivée. " Le train l'amène vers une vie où elle n'aura pas de temps à perdre ni à tuer".

Alice Granger