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A propos de L'identité humaine, Edgar MORIN
Editions du Seuil.


Plus que jamais, Edgar Morin fait acte de reconnaissance de la complexité et du mystère à la fois humains et cosmiques. Il  semble y avoir là quelque chose de religieux, au double sens de « religare », relier, et de « rileggere », rassembler les morceaux épars.

Sa grande question : le devenir de l'humanité. Le progressisme ne l'a pas du tout résolue, le développement technique, économique, industriel, scientifique s'accompagnant d'un nouveau sous-développement psychologique, intellectuel et moral. Edgar Morin est de plus en plus convaincu, en développant sa recherche, que c'est seulement en retrouvant et en gardant intact, immortel, ce qui était au commencement, que l'humanité peut véritablement arriver à s'organiser en société-monde et échapper au risque de s'autodétruire. Elle est très importante, sa notion d' « homme générique » empruntée au jeune Marx, et qu'il compare aux cellules souches embryonnaires et présentes dans la moelle osseuse des adultes, capables de générer et régénérer des organes et cellules. Importance de cette source générative. Cela fait penser à Dante, dans son traité de l'éloquence vulgaire, lorsqu'il parle de l'exilé qui voyage à travers d'autres langues par rapport auxquelles sa langue maternelle perdue reste et  joue comme « cardine », comme pivot, comme unité de mesure, donc comme une chose vivante et immortelle qui permet d'évaluer les mots étrangers, les choses nouvelles,  les ensemencer avant de les intégrer dans un processus d'enrichissement. La langue maternelle de l'exilé, voire sa vie d'autrefois irrémédiablement séparée, restent comme cellules-souches, comme référence unique. Cela rappelle aussi la double articulation de la langue, entre phonèmes (éléments sonores dépourvus de sens, mais on pourrait évoquer aussi l'univers sonore matriciel) et mots pourvus de sens.

Cette notion d' « homme générique » fait écho à la notion de sujet tel que le définit Edgar Morin, être sujet c'est s'auto-affirmer en occupant le centre du monde. Ce sujet, visant à occuper, pas n'importe comment mais poétiquement le centre du monde, est à la fois follement égocentrique (« homo demens », cerveau des passions, affectivité) et raisonnablement altruiste (« homo sapiens »). De façon contradictoire, ce sujet exclut et inclut. Il y a là une logique immunitaire, qui permet un équilibre fragile entre l'envahissement et le rejet. D'une part il veut à tout prix, follement, retrouver dans le monde une sorte de matrice, quelque chose que le corps sait, peut hystériser, quelque chose d'à la fois immortel, de perdu, et de retrouvable. D'autre part, il sait qu'il est dépendant des autres, du milieu, de la génétique, de la physiologie, de la culture, des techniques, que l'individu est inclus dans la société et dans l'espèce. Alors, c'est de manière rationnelle, avec l'apparition de la conscience (d'abord conscience de la finitude) et de l'esprit, que va s'organiser une amélioration matérielle des conditions de vie du sujet, par les techniques, la culture (patrimoine laissé par les ascendants et les sociétés d'avant), l'organisation en sociétés, en empires, en cité-nation, en Etat-nation, les sciences. L'humain est certes possédé par la génétique, la physiologie, la culture, la loi, mais il peut aussi posséder tout cela, innover, être génial en osant être plus « demens » que « sapiens ». La liberté de l'humain jaillirait de cette contradiction : être possédé, être envahi, pour pouvoir, comme immunitairement résister, réensemencer  l'homme générique.

C'est fou comme l' « l'homo sapiens » ne peut l'être vraiment qu'à se laisser ressourcer par l' « homo demens » ! Qu'à laisser l' « Arkhê »(les cellules souches) être à la fois le principe et la finalité de l'humanité. Pour chaque humain de la société-monde. L'humain qui ne renonce plus à ce à quoi follement il tend prend de plus en plus conscience des risques qu'il court, de sa finitude, donc rationnellement il va aussi travailler à l'amélioration des conditions matérielles (politique, écologie, sciences, surveiller les risques de détruire la planète, soin de la qualité des choses et des relations). Donc, une plus grande conscience et une plus grande rationalité, mais ceci pour préserver et rendre possible une vie poétique, une vie sensible, une vie de corps et d'âme.

Alice Granger-Guitard
le 12/12/2001