Exigence : Littérature



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A propos de L'urine des forêts, Denis VANIER
Editions Les Herbes Rouges / Poésie, Montréal, Québec.


Superbes poèmes, qui, en s'écrivant, entreprennent un processus de séparation, de libération, en ne cessant de déclarer enfin abjecte une chose qui, pendant une éternité, avait tout pouvoir d'enfermer dans un amour en deçà de la vie, dans une intimité barbare.


Dès la première page : Je ne suis qu'un état…qui lutte contre l'amour. Puis, dans " La morsure ": un détenu à demeure. Puis dans " Un jour nous ne verrons plus ", le pouvoir stupéfiant de l'intimité barbare à travers une femme : Quand une femme nous quitte / c'est toute la marijuana qui meurt. Puis, Notre destin fut celui d'avant-hier (Le matelas de ma mère). Puis, J'ai déjoué la seringue des sens / bandé comme un cran d'arrêt (Couteau). Réalité d'avant, à rejeter : tant qu'à rêver / pourquoi serait-ce de la réalité (Bouche cousue). Et encore : Le crime parfait / dont il faut effacer les traces (Avec les mots ).
Le poème " L'urine des forêts ", qui donne le titre du recueil et cette photographie d'une magnifique cascade sur la couverture du livre, semble dire une rupture du liquide amniotique qui s'écoule alors en cascade, rendant impossible de continuer à baigner dans l'intimité barbare. Alors Nous avons vaincu la nuit / douloureusement accouchée du jour et l'abrasion de ma bouche / se souvient de tes baisers longs à mort.
Lucidité critique qui rend possible d'éloigner / s'éloigner de l'abject : alors il est clair / que seule la mort éveille / de cet éveil qui est de retomber / en haut de la basse chute (Scie ronde).
Il blasphème son pays (Disloqué dans le mur), l'intimité condamnée (La vitesse du sang).
Non, " Goûter n'est pas cela ", Je me délecte de luminosités bâtardes.
Ainsi il s'abandonne / de plus en plus carié (Le saint des bouches).
Comment savoir quoi faire de la beauté tant que, intoxiqué et malade d'abstinence, il ne sait pas que le dernier portrait de sa mère sera toujours la mort ?
S'éterniser ? Alors il faut faire couler l'eau froide, car le feu le déchire. Mais le poème le dit : c'est aux funérailles de ta mère que tu iras, pas aux tiennes. Les funérailles de la mère matricielle, celle de l'intimité barbare. Brûler le site d'enfouissement. Enfin, guérir l'eau, et se tenir loin de cette chenille qui empoisonne son amour dans l'étreinte du liquide.
Donc, importance du liquide dans ces poèmes, ce liquide amniotique qui s'écoule en cascade à l'extérieur, juste avant la naissance.
La subjectivité s'organise comme une résistance et une séparation, à travers les poèmes. Les larmes anémiques / d'un enfant qui ne mange plus ; je me suis défiguré dans ton ventre / mais ne peux y goûter…je crie la phase terminale.
Question de la culpabilité, dans quelques poèmes. Coupable de ne pas décider ? De rester dans l'intimité barbare et le bonheur torturé, à tresser les longs cheveux de sa mère ? Et question çà et là de la bâtardise.

Enfin l'enfer peut apparaître, comme ces illustrations de l'Enfer de Dante par Gustave Doré reprises dans le recueil, tandis qu'il se dit avec les mots et le rythme des poèmes, tandis que l'abjectivité est le début de la subjectivité.

Alice Granger