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Alice GRANGER-GUITARD

A propos de Liberté conditionnelle, Akira YOSHIMURA
Editions Actes Sud.


C'est à propos de la réitération du crime par ce condamné à la réclusion à perpétuité ayant bénéficié au bout de quinze ans de la liberté conditionnelle pour conduite exemplaire que ce roman japonais est très intéressant. Pourquoi, à nouveau, face à sa deuxième femme qui, par son comportement, déstabilise une vie redevenue comme à l'abri de tout, protégée, voit-il rouge comme il vit rouge en surprenant sa première femme en flagrant délit d'adultère? Les deux fois, voyant rouge, il assiste comme impuissant à l'invasion en lui d'une impulsion meurtrière qui va jusqu'au bout, comme s'il fallait à tout prix éliminer ce qui est venu si violemment mettre en danger son abri de certitudes conjugales hors temps.

Comme par hasard, Kikutani s'était parfaitement adapté à l'univers carcéral, où rien ne risquait jamais de venir perturber un ordre des choses éternel. C'est un personnage qui se satisfait très bien d'être hors du temps. Et lorsqu'il est libéré, il est infiniment dérangé, et très inquiet, de s'apercevoir que tant de choses ont changé pendant ses quinze ans d'incarcération. Heureusement, il est sous tutelle pour la vie, ses différents tuteurs sont des protecteurs auxquels il peut aller se reconnecter, comme à un cordon ombilical, à chaque inquiétude.

On dirait que pour ce Japonais, la prison a été la version dure, révélatrice, de cette prison douce qu'était la conjugalité en tant qu'abri supposé parfaitement hors de danger d'être attaqué. Par le meurtre de sa première femme, et d'une autre femme dans le feu du passage à l'acte meurtrier, il ne fait qu'éliminer avec violence ce qui l'a dérangé par surprise, ce qui a attaqué à jamais son cocon matriciel. Alors, il réintègre un intérieur envers et contre tout, une matrice, contre celle qui avait tenté de le mettre dehors, de lui faire entrevoir un monde où les choses ne sont pas toujours pareilles, immobiles, sûres, prévisibles, programmées. L'essentiel, en prison, c'est que rien ne change jamais. Il y a une sécurité que rien ne peut attaquer.

Comme par hasard, c'est lorsque sa deuxième femme fait des démarches pour obtenir qu'un jour son mari ne soit plus sous tutelle à vie dans sa liberté conditionnelle, qu'il la repousse violemment et la tue. Lui, ce qu'il veut, c'est être sous tutelle. A vie. La conjugalité, c'était pour lui être sous tutelle, hors temps. Dans la certitude. A la fin du roman, après le deuxième meurtre, il va se remettre entre les mains de son tuteur.

Est-ce un roman qui en dit long sur les hommes japonais?

Alice Granger Guitard

24 mars 2002