Exigence : Littérature



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A partir de 1903 s'engage une correspondance entre Franz Xaver Kappus, élève de l'Ecole militaire de Sankt-Poelten, et Rainer Maria Rilke, ancien élève de cette même école et déjà poète

A propos de :
Rainer maria Rilke, Lettres à un jeune poète
Par Amélie Averlan

 

 A partir de 1903 s'engage une correspondance entre Franz Xaver Kappus, élève de l'Ecole militaire de Sankt-Poelten, et Rainer Maria Rilke, ancien élève de cette même école et déjà poète. Rilke n'écrira que dix lettres... mais quelles lettres ! De 1903 à 1908, ce sont les voyages et la faible santé du poète que nous suivons avec la lecture de ces dix lettres, adressées à "un jeune poète". Ce jeune poète, c'est Kappus ; mais c'est surtout le jeune poète Rilke qui s'écrit et semble se parler à lui-même, tel qu'il ressent cet état d'être poète, tel qu'il ressent le monde qui l'entoure, et tel qu'il pressent ce monde suivant ses visions.

Un guide spirituel s'ouvre avec ce recueil de lettres où Rilke pose ses premières impressions concernant le devoir de poésie : " Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ... Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire ... "( Lettres à un jeune poète, Grasset, 1937, p. 23). Comme dans ses lettres adressées à Rodin, Rilke déborde de respect et de prévenance à l'égard de l'autre, signant d'un simple et profond " Dévouement et sympathie ", à un bref et pur " Vôtre " et " Toujours vôtre ". Le plaisir qu'a Rilke de recevoir des nouvelles de Kappus fait pendant à la profonde sincérité avec laquelle Rilke veut répondre à la confiance que ce jeune disciple lui accorde. Rilke apparaît dans ces lettres comme un sage, un poète d'expérience, des expériences qui se donnent à travers les conseils de lectures qui ont marqué Rilke, et la sensibilité de la lecture qu'il privilégie envers et contre la critique, " les œuvres d'art sont d'une infinie solitude ; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être justes envers elles "( p. 35). Ce qui est admirable c'est le caractère visionnaire de Rilke, notamment lors des nombreuses réflexions sur l'infinie profondeur créatrice de la solitude ; selon Rilke, cette solitude est une nécessité qui contraint à l'écriture comparée avec force à un accouchement. Lorsqu'il en vient à parler de la femme suivant les modes vestimentaires masculines, voulant échapper à la condition sociale qu'on lui a imposée, pour aller vers une humanité différente, fondée sur les valeurs de reconnaissance - portant sur les nominations même de " jeune fille " et de " femme " - et de progrès social, Rilke fait preuve de la même admirable perception des choses.

Une profonde unité de pensée marque l'ensemble de ces lettres, parce qu'elles sont toutes écrites en solitude, comme si à l'écriture " une seule chose [était] nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure " (p. 56). 'est certainement ce qui fait la singularité de ces lettres qui manifestent à la fois une simple communication d'un homme à un autre, mais aussi une solitude qui semble essentielle au poète, même à l'écriture de ces lettres adressées à Kappus. Ce qui est particulièrement remarquable, c'est la simplicité des sentiments et l'analyse sensible qu'en fait Rilke. A la lecture de ces lettres, une profonde solitude partagée nous envahit et nous fait mesurer combien la perspective humaine semble importante pour Rilke. Il donne une portée universelle à ses propos, se basant sur des observations personnelles et des intuitions justes.

Et toutes ces réflexions sont données à un autre poète pour qu'il s'en serve lui-même, pour aborder les obstacles sur la voie qu'il a choisie, pour l'aider à améliorer son travail et à dépasser les moments de doutes dont il lui fait part. " Votre doute lui-même peut devenir une chose bonne si vous en faites l'éducation : il doit se transformer en objet de connaissance et de choix.[…] Un jour viendra où ce destructeur sera devenu l'un de vos meilleurs artisans, - le plus intelligent peut-être de ceux qui travaillent à la construction de votre vie. "(p. 87.)

 les pages citées font référence aux Éditions Grasset, 1937.

Amélie Averlan

(24.10.02)