Exigence : Littérature



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Nathalie Sarraute commence la rédaction de Tropismes dès 1932

Tropismes, N. Sarraute



Nathalie Sarraute commence la rédaction de Tropismes dès 1932. Elle propose à plusieurs éditeurs de les publier, mais en vain. Ce n'est qu'en 1939, que les Editions de Minuit publient Tropismes. C'est cette même maison d'Editons qui marquera le couronnement des auteurs du "Nouveau Roman" dont Nathalie Sarraute fit partie.

L'auteur définit ses "tropismes", qu'elle nomme ainsi "faute de mieux", tels des mouvements intimes, instinctifs, comparables aux mouvements de certaines plantes qui se tournent et se détournent de la lumière (c'est le mouvement des tournesols au soleil). Chaque tropisme, numéroté de I à XXIV, se présente comme un petit texte en prose, autonome, de quelques lignes ou de quelques pages.. Ce sont le plus souvent des portraits de scènes de la vie quotidienne, au ton parfois neutre, ironique, voire satirique. Ce que dit Sarraute dans Le langage dans l'art du roman vaut pour Tropismes et en éclaire à rebours le projet :

C'est la sensation dont il est chargé, qu'il exprime et qu'il dégage par chacun de ses mots, qui donne au langage littéraire les qualités qui le séparent du langage commun.
Il doit s'accomplir afin de se couler dans les replis les plus secrets de cette parcelle du monde sensible qu'il explore.
Il se charge d'images qui en donnent des équivalences.
Il se tend et vibre pour que dans ses résonances les sensations se déploient et s'étendent.
Il se soumet à des rythmes.
Il accepte des assonances.
Il retrouve des mots ou en découvre.
Il coupe ou allonge des phrases, selon les exigences de ces sensations dont il est tout chargé.
Il devient primordial.
Il s'avance au premier plan.
Il devient l'égal de ce que sont, dans la peinture ou dans la musique, la couleur, le signe ou le son. (Ed. de la Pléiade, p.1686)



Ce passage qui file la thématique théorique du langage utilisé à des fins artistiques, fait pendant à l'application du langage fait dans les oeuvres de Sarraute. Dans Tropismes, cette application est d'autant plus perceptible qu'il s'agit de textes courts qui convoquent l'attention du lecteur pendant un bref instant. La sensation est donc plus concentrée, et l'art du langage propice à être perçu de manière plus intense.

Ainsi l'ironie, et le ton satirique, qui consistent à tracer un portrait, pour y insinuer par touches successives des éclats de couleurs ou des notes grinçantes :

Elle avait compris le secret. Elle avait flairé où se cachait ce qui devait être pour tous le trésor véritable. Elle connaissait " l'échelle des valeurs ".( Tropismes, XI)

" Le secret " associé au " trésor véritable ", groupes de mots placés en fin de phrase, comparables à deux vers qui se feraient échos, grossissent la portée du discours en lui donnant une valeur de bien précieux, convoité, appuyé par le " véritable " qui clos la phrase. C'est le décalage entre la sensation qu'a crée Sarraute en faisant miroiter au lecteur un " trésor véritable " par une mise en scène des mots mêmes, et la découverte finalement mise entre guillemets d'une expression figée qui introduit une tonalité ironique voire satirique à l'énoncé de " " l'échelle des valeurs " ".

Certains tropismes sont parfois plus neutres, sans note discordante où perce la remise en cause. Tous mettent en scène une sensation que Sarraute s'applique savamment à faire éprouver au lecteur. " L'Authenticité, vrai rapport avec les autres, avec soi-même, avec la mort est partout suggéré mais invisible. On la pressent parce qu'on la fuit. Si nous jetons un coup d'oeil, comme l'auteur nous y invite, à l'intérieur des gens, nous entrevoyons un grouillement de fuites molles et tentaculaires " (Sartre en 1947, à propos de Portrait d'un inconnu de N.Sarraute, Ed. de la Pléiade, 1996, p. 37.)



Amélie Averlan
13.11.02