Exigence : Littérature



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Jusqu’aux os

Jusqu’aux os
Claudine Galéa
Editions du Rouergue,
173 pages, 11€50


L’anorexie frappe principalement les femmes, jeunes; l’adolescence s’avère souvent le terrain le plus propice à cette inappétence généralisée. L’héroïne de Claudine Galéa a pris ce chemin de l’évanescence. Le mal-être peut-être, le mal-être sûrement, une mère acariâtre, castratrice, pas de père, indécelable, un voyage à l’étranger et tous les éléments d’un drame romantique sont en place. Romantique parce que l’amour vient perturber cette lente disparition, l’amour qui redonne de la saveur à la vie, l’unique saveur. L’amour qui brûle comme le dernier soubresaut d’une flamme qui s’éteint.

Les amours adolescentes sont exaltées, entières, exclusives; l’amour souvent coupe l’appétit. Claudine Galéa en associant ces deux dérèglements psychologiques : la maladie et les sentiments, crée un sensation d’urgence extrême, une sorte de boulimie paradoxale où tout doit arriver très vite car tout, à l’avance, est condamné à disparaître. Tout, et cependant les deux s’inventent un avenir, une utopie qu’ils énoncent avec ferveur tout en sachant l’inéluctabilité de leur séparation. Son style fluide à force de secousses comme des hoquets de surprise entraîne le lecteur dans les méandres d’une sensibilité juvénile toute à fleur de peau.

Dans la première partie l’héroïne séjourne à Gloucester en Angleterre, séjour linguistique, où la jeune femme rencontre Eric, Eric l’homme de sa vie. Cette première partie Claudine Galéa l’a voulue sans majuscule au début des phrases, et cela lisse la lecture comme le filet continue des sentiments de l’héroïne, et les phrases sont comme le long squelette de la jeune fille, sans volume, fragiles, seuls les os saillent.

La seconde partie s’intitule L’autre Monde, les majuscule réapparaissent, la lourdeur du quotidien aussi, la narratrice rentrée chez elle est comme empesée dans ce qui lui reste de chair, son esprit seul continue de courir, entre divagations et désirs. Eric lui écrit, quotidiennement, mais la mère veille, la vie écrase la flamme et seule reste l’existence intérieure, les délires suaves que suscite l’affaiblissement. Une histoire d‘amour jusqu’aux os.


Ph Castells

03/2004