Exigence : Littérature



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Exigence: Litterature
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L'exigence littéraire

En marge de ce qui fait la spécificité de ce site, j'aimerais insister sur l'exigence littéraire. Pourquoi en marge? Parce que l'exigence que nous tentons de maintenir n'est bien entendu pas proprement littéraire, les textes présentés sont souvent des textes philosophiques et ce qu'ils apportent à la réflexion est plus du domaine des idées que de celui plus particulier de la littérature. C'est précisément ce nouvel espace que nous avons voulu créer Alice et moi en abandonnant le titre "Exigence littéraire" (ancien titre du site lorsqu'il ne traitait que de Céline) pour celui d'"Exigence : Littérature" (Nouveau titre depuis 08/2000). Comme quoi les mots ont un sens!

Donc pour en revenir à l'exigence littéraire proprement dite de quoi s'agit-il? Autrement dit qu'est-ce qui est du domaine de la littérature, qu'est-ce qui ne l'est pas, mais aussi qu'est-ce qui se prétendant littérature, ne répond pas à son exigence. Enfin est-il si important que cela de distinguer à l'intérieur de l'écrit ce qui est littéraire de ce qui ne l'est pas?

Tout d'abord écartons les non-dits et notamment le préjugé que la littérature ne peut être comprise que par quelques uns. C'est tout aussi faux que de dire que Renoir ne peut être compris que par les peintres ou Mozart que par les musiciens! Peut-être même est-ce ce non-dit qui rend la littérature française parfois si stérile, l'obligeant à se situer par rapport aux professionnels de l'édition – les moins aptes à en juger – exception culturelle ou pas - ce qu'ils défendent ce sont des bénéfices voire des emplois et dans un monde de plus en plus lié aux marchés comment pourraient-ils faire autrement – ou aux critiques professionnels qui pour les mêmes raisons savent bien qu'ils riquent leur place. Si l'on veut se situer sur le plan de la littérature, on doit se mettre en dehors du marché, faute de quoi on obéit au marché. Ceci est bien sûr encore plus vrai des écrivains, comment pourrait-on être écrivain professionnel, sauf à prendre le risque de la prison ou de la misère. L'écrivain doit toujours se défendre contre celui qui le fait vivre, que ce soit le roi – La Fontaine - ou Gallimard – Céline. Aujourd'hui l'exercice est devenu encore plus difficile parce que la pression économique est plus forte que jamais et surtout parce qu'elle s'exerce sur tous. Cette difficulté est sans doute une chance, elle a fait disparaître – en partie - ceux qui faisaient de la littérature contre lesquels Artaud s'indigne – Toute la littérature est de la cochonnerie – mais le marché ayant besoin de matière par quoi les a t-il remplacés ? A-t-on gagné au change en perdant Gide pour Nothomb? – Franchement! Et je ne parle pas de Sulitzer!

Il y a certes des réussites stylistiques soutenues par l'édition, des livres que l'on se passe de main en main d'initié à initié, mais on y confond allègrement érotisme et gymnastique comme dit si bien Jacques Brel, que l'on songe à Céline, le style est là bien sûr, mais il a une fonction, il ne s'agit pas d'une belle masturbation mais bien d'une vraie jouissance qui emporte le lecteur initié ou pas, Céline ne se laisse emprisonner, ni par Gallimard ni par l'université. Cette jouissance là comme toute vraie jouissance se construit dans la séduction. Céline s'emploie à séduire le lecteur, il ne s'emploie même qu'à ça. N'en va-t-il pas de même de la Fontaine. Qu'ont ils en commun ces deux là, sinon que ce qu'ils ont à dire va à l'encontre de leur propre intérêt à le dire? En ce sens ils répondent à une exigence, c'est à dire à un besoin impérieux qui jamais ne les lache. Pour moi c'est cette double exigence qui caractérise la littérature, le lieu spécifique du littéraire est celui de cette lutte entre une vérité individuelle et une vérité collective qui refuse de l'entendre.

On peut en tirer une règle apparente, c'est que plus ce que l'écrivain a à dire est inacceptable, bouscule les idées simples ou les idées reçues, plus il doit faire preuve d'invention pour séduire. Ceci est particulièrement flagrant pour les derniers romans de Céline où l'inacceptable continue d'être énoncé. Mais on peut aussi en déduire que plus le lecteur est hostile, plus l'écrivain doit se décarcasser pour le prendre dans ses filets. En ce sens c'est bien le lecteur qui est le vrai responsable de l'exigence par sa capacité de résistance. Un bon lecteur est un donc un lecteur difficile, comme un bon public est tout le contraire d'un public facile à conquérir ou une bonne amante, le contraire d'une fille facile. Et cela ne veut pas dire que la littérature est réservée à une élite: L'élitisme, c'est le règne des élus, l'exigence tout au contraire demande un travail (qu'il soit de séduction, ou de résistance), de ce point de vue nous optons résolument contre une littérature élitiste.

Pourquoi est-ce que je tiens tant à distinguer ce qui est littéraire de ce qui ne l'est pas? Précisément parce que ce qui est en jeu dans la littérature c'est l'expression d'une vérité individuelle qui ne peut s'exprimer ailleurs. Faire croire - parce que c'est porteur - que la littérature serait un pur exercice de style, c'est non seulement exclure de la lecture tous ceux qui n'ont pas eu accès à un certain niveau de langue, c'est surtout étouffer la voix de l'individu. A l'inverse penser que la littérature peut se passer du style, autrement dit qu'il suffit qu'elle énonce des idées, c'est ne pas lui donner accès à la seule arme dont elle dispose pour dire l'indicible, la séduction. Le scandale pour le scandale amuse beaucoup les éditeurs, mais le vrai scandale c'est justement ce qui ne peut s'énoncer que par une ruse, celle de la séduction. Le champ de la littérature se trouve dans cet espace où ce que l'individu a à dire aux autres est tellement inattendu qu'il lui faut user d'un détour pour se faire entendre. C'est là que se situe la vraie liberté celle que les professionnels de la littérature aimeraient nous confisquer parce qu'elle a besoin de temps et eux d'argent.


Penvins
reprise de l'edito du 03/03:2003