Exigence : Littérature



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Pierre Assouline

Double Vie - Pierre ASSOULINE
Gallimard 2001

Le thème est celui d'un mec, thème d'homme, masculin. Ca commence par un envol de jambes. Ca commence comme un accouchement, mais à l'envers, si vous me permettez. Il la baise dans un parking. C'est fait dans le plus grand des désordres, c'est fait comme ça, dans la passion brutale. Les images défilent. Sans être pornographiques, elles sont très suggestives. Il la prend ? Pour tout dire elle le prend, c'est elle oui finalement qui mène la danse, c'est elle qui prend le pas de l'autre. Elle le baise quasiment. Comme une folle, sans complexe. Ce pourrait être à la vue de tous, ce doit être à la vue du surveillant de parking, mais on est ici plongé dans le temps de l'oubli, dans celui de l'Eros. Et le désir se moque de l'angoisse.

C'est chaud, torride, jusqu'à ce qu'arrive le choc, la brûlure, la morsure plutôt. Qu'un accident d'air bag dans la voiture vienne tout arrêter. Il en sont à la troisième fois je crois, mais l'air bag donc... Se déclenche. Elle le mord, il est en sang. Mort en sang... Et elle, rit. Elle s'enfuit, en riant, dédramatise, tout de suite, n'inspecte même pas la plaie, le laisse là, étouffé dans son air bag, dans sa bulle d'air, le sexe tailladé par elle, et elle hurle de rire. Un indice, elle est " psy ", et donc qu'elle le laisse souffrir seul, qu'elle choisisse de ne pas assumer avec lui cette douleur physique, préférant voler au secours des douleurs psychiques de ses patients n'est pas insignifiant. Elle rit même. De quoi, se demande-t-on. De qui se moque-t-on ?

Le livre commence là vraiment en somme, après cette fuite impardonnable, qui suit la blessure. Après ce rejet qui survient suite à la jouissance, la satisfaction érotique. Rejet brutal, on ne peut plus. Chacun doit rentrer dans son foyer, dans son autre vie, dans sa double vie. C'est comme cela. Ce sont des amants. C'est une évidence. On ne fait pas l'amour trois fois dans un parking grisâtre et humide avec sa femme, semble nous dire l'auteur. A d'autres.

Et puis elle disparaît donc, véritablement. C'est cette disparition qui devient le moteur du récit. Elle disparaît sans laisser de trace, si ce n'est cette morsure... cette blessure, cet indice de sa culpabilité... qu'il doit cacher à sa femme, à tout prix. Cela semble facile cependant, il n'a bien sûr plus de désir, ou de possibilité de désir, il souffre. Et puis, l'absence de l'autre se fait sentir, de plus en plus. Il devient fou, fou d'elle, fou du manque d'elle. Cette folie, ce manque le fait se détacher de plus en plus de sa femme, de plus en plus l'éviter.

Que s'est-il passé, où est-elle passée ? Il ne sait plus rien, il la cherche partout, elle, l'autre, la seconde. Cette recherche tressée à la relation conjugale devient le noeud du texte. Cette recherche tressée à la fuite. Deux femmes, deux motifs en effet : la fuite de l'une, la recherche de l'autre. Que souhaite nous dire ici Pierre Assouline ? N'y a-t-il dans ce roman qu'un message sur les sentiments, la fidélité, la difficulté de vivre à deux, de suivre l'évolution de l'autre ? A priori moui... Ce ne serait que cela, mais après tout, l'amour, les difficultés de l'amour, et du désir, de lier amour et désir, n'est-ce pas un thème important ? S'il n'y avait que cela, mais bien sûr, et fort heureusement le style est bon, très bon même, et la fin, la chute finement choisie, finement trouvée. Elle boucle bien le texte, nous invitant à réfléchir plus en avant sur l'intérêt du mensonge cette fois. Et je trouve si rares les bonnes chutes que... je précise qu'elle est excellente.

Livre sur le mensonge et la vérité, sur l'authenticité, la parole, le manque de parole, de communication, qui finit par tuer...

Peut-être bien, oui.

 

Frédérique R.