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Guy Vaes

Les Apparences- Guy VAES
Editeur L Wilquin 2001



Limiter le roman de Vaes à un roman mystique serait l'amputer de sa chair. A proximité d'une prosodie du murmure et d'une prosodie de nos perceptions d'avant tout langage, un monde refait surface. Un monde de dedans à contre courant de notre société qui préfère l'accumulation des bien à l'insécurité de l'être-qui -devient ou plutôt qui finit par être. On comprend déjà que ce roman qui revendique l'intériorité laisse à des années lumières ce qu'on entend généralement par fiction, ce qu'on fait généralement dans le genre. En effet ce roman est aussi un chant : chant de la présence de l'homme partagé même si la fin ce texte appelle à une absence - en impossibilité de reour (de flamme).

Dans Les Apparences les souvenirs sont là qui rameutent l'espace de dedans. Car il ne s'agit pas de déployer une vision extérieure - disons exotique - du monde en dépit de la traversées des villes (flamandes mais aussi Londres, New-York, Singapour, Dublin, Edimbourg). Tout ramène ainsi à l'intérieur de l'être, à sa lumière et à son obscurité. Onn peut même dire que la connaissance suprême de l'être à l'heure des bilans aiguise la fureur romanesque. D'où cette ferveur, cette attention, cette obstination du romancier - à l'être par ce que Oster appelle la "théologie irénique de la présence, de la représentation".

Encore faut-il s'entendre sur cette notion de "représentation" dans Les Apparences. Le roman n'est pas de ceux qui flattent, qui vont dans le sens de l'image, de la trop simple image en tant quévilance ou descrition. L'auteur procède par touches, et c'est par cette suite de touches que l'Alchimie du sens et des sens fonctionne. On sent, chez le romancier, l'homme partagé : son besoin d'ordre (amoureux ou autre) , d'ordonnancement est bien sûr présent. Mais, à peine est-il instauré que cet ordre est déjà mouvement. il est sans cesse remis en cause, comme si le livre n'était jamais fini, comme s'il n'était qu'un état provisoire remis sans cesse en question dans le mouvement, dans le désir absolu de la perfection que seule la mort pourra - pourrait - donner.

Arc-bouté à une morale qui ne peut être la simple morale de l'émotion et de la sève, le narrateur, en ses emportées, en appelle à un autre monde. Et le roman même s'il se voudrait le lieu où tout s'apaise reste un chaudron où les écarts de l'être se disent avec lyrisme parfois et parfois âpreté mais sans concession. Bien sûr ceux qui viendront lire ici une histoire, une simple histoire seront déçus. Les Apparences possède une autre ambition. Pour Vaes il convient d'obéir à la vie de l'être, pas à sa nuit, il faut célébrer l'avènement existentiel : cela qui travaille dans l'oeuvre, qui est à l'oeuvre, cela la seule "leçon de morale" de l'auteur.

Mais à partir de cette extrême pointe de lucidité tout reste possible. L'extase, immense, la détresse, identique. Il suffit d'un grain de sable pour que tout bascule. Mais c'est parce que Vaes touche à ce point extrême que la richesse de l'oeuvre éclate. Car l'auteur part le plus souvent d'un fait de mémoire et de vie, mais de cet infime qui n'est pas futilité il fait un chiasme générateur qui parfois nous rattache à notre abîme mais parfois à notre grandeur. Et à travers la fiction, sous ses mots, notre nudité particulière pointe, nous contraint à aller toujours plus près de soi pour comprendre, connaître, reconnaître. Ainsi "sans se préférer" mais en donnant l'exemple ce roman cette autobiographie Vaes nous renvoie à nos propres pas dans des villes, des pas qui comme ceux de l'auteur marquent leurs empreintes dans l'inconnu.

Cela sans dote représente la pesanteur ailée que nous permet d'atteindre le roman. Lorsque son personnage comme le monde qui l'entoure sont écorchés et à nu. Lorsque la prose elle même est à la foiis caresse et écorchure en ces suites de constats qui refusent les stigmates des blessures, ces formes d'impolitesse trop souvent admises. A ce titre Vaes pourrait sembler austère. Or sa fiction ne l'est pas. Et son auteur demeure surtout cet éternel passeur et sondeur pour qui le roman n'est pas une fin. Mais c'est justement parce qu'il n'est pas une fin en soi, parce qu'il est qu'une étape, qu'un état provisoire, qu'il devient cet outil, cet art de vie, cette accession à la maîtrise, cette Ascension même dans les moments où tout se défait. Alors quelque chose sort, surgit, se dégage et s'extirpe. Un aveu. Un désir. Au coeur des mots autre chose la langue de l'auteur est autre qu'une longue descente. Quelque chose remonte. Pour une Renaissance. Jusqu'au bout du voyage. Jusqu'au bout de la nuit. Cela le chant. Non de l'impossible absent(e). Mais d'un ailleurs. Appelée, épelée. Préférer l'harmonie au désastre, le seul pari. La seule "justification" du « chant » - du chant comme un sifflement de lumière, le seul chant : celui du départ pour mieux se retrouver en un mouvement de conduite forcée mais paradoxalement libre..


Jean-Paul Gavard-Perret