Exigence : Littérature



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Edmund White

L'écorché vif - Edmund WHITE -Editions Plon coll 10/18
Après le beau temps


Existe-t-il une littérature gay ? Non. Ecrit-on différemment que l'on soit homosexuel ou hétérosexuel ? Oui. Ce qu'il fallait démontrer : les deux questions ne se recouvrent pas. Vous pouvez répéter l'opération à propos de tous les masques dont on essaie d'affubler la littérature. Car, quoiqu'en disent les tenants de la revendication identitaire, l'énonciation d'un artiste, d'un écrivain, d'un désir est toujours singulière. C'est de cette particularité que se soutient toute la littérature. Il me semblait important, à l'occasion de la sortie en collection 10/18, aux Editions Plon du nouveau recueil de nouvelles d'Edmund White, de rappeler cette évidence.

Edmund White est écrivain, américain vivant en France, homosexuel selon ses propres affirmations, et de fait auteur de plusieurs romans et nouvelles qui, à la suite de sa biographie sur Jean Genet, ont été classés parmi les ouvrages composant le large rayon de la littérature gay. Je le répète, c'est une absurdité. Si les héros d'Edmund White sont pour la plupart des personnages qui ont une sexualité homo, ce sont surtout les personnages d'un désir immense de vivre. L'amour, l'amitié, la passion, la douleur, la jalousie, le temps. A-t-on jamais classé le Rouge et le Noir selon la nature hétérosexuelle du désir de Julien Sorel ou de son créateur ? Prenons ce dernier recueil, intitulé « Ecorché vif », du titre de l'une de ses nouvelles. D'un récit l'autre, des hommes, jeunes et moins jeunes, tous définis comme homosexuels, y cheminent, entre la nécessaire réalisation de leurs désirs et les résistances personnelles et sociales qui s'y opposent. Quoi de plus universel que cette difficulté à conjuguer la diversité subversive de nos élans et la normativité imposée par la vie en société ? Quoi de plus universel et de plus divers ? Quoi de moins revendiqué par les lobbies identitaires ? Une « homosexualité » ne fait pas l'autre, n'en déplaise à certaines idéologies.

La sexualité de Luke, le héros de la deuxième nouvelle n'a rien à voir avec celles de Mark et de Ned, le couple de « Les palais et les jours ». Eddie, l'adolescent de « Peau cannelle », aura-t-il une vie amoureuse, comme celle de Randall et de Jim (deux amants du narrateur), réduite au célibat et aux amants de passage ou connaîtra-t-il ce que George et Ray ont partagé avant que la mort ne les sépare ? Au fil des pages, ce recueil noue et dénoue des destins qui pour être uniques n'en sont pas moins communs. Les hommes y sont seuls face à l'autre, au sexe, au temps, quelles que soient leurs appartenances imaginaires. Seuls face à eux-mêmes, seuls face à l'écriture, seuls face à la mort. Et s'il y a une identité humaine, c'est celle-là. Ecorché vif n'est pas un livre gay, c'est un livre humain (comme on le dit d'un sentiment). Celui d'un homme qui « voulait savoir comment jouir de ces jours sans les étreindre si fort qu'il étoufferait le plaisir »... et qui n'y parvint qu'en écrivant.

Jérôme-Alexandre Nielsberg, juillet 2001.