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stepford

Les femmes de Stepford ( The Stepford wives ).
Ira Levin

Traduit de l'américain par Tanette Prigent et Noman Gritz.
Albin Michel, 1974 - J'ai Lu SF 1976 (n° 649) et 1989 (n° 7899).
158 pages. ISBN : 2-277-11649-1. .

"Les femmes de Stepford", d'Ira Levin, est à la fois un roman d'anticipation, un thriller (noir pour les femmes et un thriller tout court pour les hommes!) et une fiction ethnologique. Une réussite et un classique.

Publié en 1972 et porté dès 1975 à l'écran par Bryan Forbes, il revient en force, puisque Nicole Kidman a signé en octobre 2002 un contrat pour interpréter dans une prochaine réadaptation cinématographique le personnage principal de ce roman aussi terrifiant qu'amusant : Joanna Eberhart.

Joanna, photographe semi-professionnelle, s'installe à Stepford, petite ville tranquille de la grande banlieue de New-York, avec son mari et ses deux enfants. Elle se lie d'amitié avec Bobbie, également mère de famille. Les deux jeunes femmes prennent conscience avec un effarement grandissant du comportement étrange de la plupart des femmes mariées du voisinage, des hausfrau à l'allure de poupées, hermétiques à tout ce qui ne concerne pas le ménage et leurs maris. Ces dames, fardées et pomponnées (des ultra nunuches!) passent leurs journées à astiquer et à concocter des petits plats pour leur famille. Sans parler de ce curieux Club des Hommes interdit aux femmes... Les deux amies enquêtent, tentent de pénétrer le Club des Hommes, de réactiver le Club des Femmes... En vain. Alors elles échafaudent des hypothèses : l'eau ou l'air contiendraient-ils un produit quelconque sous l'action duquel les femmes se mettraient à s'intéresser exclusivement à leur intérieur? Puis Bobbie se transforme à son tour en Hausfrau... Et Joanna passe de l'interrogation à la certitude, de l'inquiétude à la panique... Et l'histoire bascule dans une horreur absolue et aseptisée.

Dans "Les femmes de Stepford", Ira Levin (également auteur du best-seller "Rosemary's baby", transposé au cinéma par Roman Polanski en 1968) illustre à sa manière (délicieusement atroce) le constat relatif à la libération des femmes de Simone de Beauvoir, extrait de son oeuvre " Le deuxième sexe " qu'il cite au début de l'ouvrage : "Aujourd'hui, le combat prend une autre figure; au lieu de vouloir enfermer l'homme dans un cachot, la femme essaie de s'en évader; elle ne cherche plus à l'entraîner dans les régions de l'immanence, mais à émerger dans les lumières de la transcendance. C'est alors l'attitudes des mâles qui change : c'est avec mauvaise grâce que l'homme "donne son renvoi" à la femme."

Ce livre est très révélateur des craintes et angoisses de l'homme " moderne " provoquées par la disparition de " l'éternel féminin " (tota mulier in utero) au profit de la femme féministe, revendicatrice...déstabilisante (il a été écrit en 1972, ce n'est pas un hasard...).

Le style d'Ira Levin, simple, épuré, où affleure un humour "à froid", pour ne pas dire glaçant, renforce l'impact de cette fable dont la Morale pourrait être : se libérera bien qui se libérera le dernier.

Un doute jubilatoire demeure à la fin de la lecture : Ira Levin est-il effrayé, scandalisé par la perspective décrite, ou exprimerait-il là un fantasme... bien masculin ?

Laurence Cruciani