Exigence : Littérature



Publicité

Exigence: Litterature
      ACCUEIL
      Rechercher
      Anciens éditos
      Réagir
      La théorie
      Vos Textes
      Bibliographies
      Concours et Prix
      Manifestations
      Vos publications
      Espace Critiques
      Livres en ligne
      Devenez Critique
      Liens
      Lettre d'info
      Recommander
      Mon Libraire
     


Mémo contemporain

A qui sert la littérature chinoise de gare ?

Je viens de lire coup sur coup deux livres traduits du Chinois Ce sont des romans policiers présentés dans des éditions plus luxueuses dignes du salon du livre à Paris, mais sont-ils bien supérieurs à ce qu’on nomme chez nous « la littérature de gare »?

      Shangaï Triad de Lin Xiao
      La mort d’une héroïne rouge de Qiu Xiao Long aux éditions du Seuil.

Mon propos est de montrer à quel point ce genre d’ouvrages est considérablement surévalué par la presse qui en fait ne les lit pas, n’en fait pas de pitch *. De ce fait ils circulent sans jamais faire l’objet d’aucun diagnostic.

Or deux opinions se forment immédiatement après lecture dans la tête de celui qui les a achetés:

      Les pitchs proposés pas les éditeurs en page de couverture lui paraissent lamentables. Ce sont des livres dont on fait tout un fromage alors qu’ils ne dépassent même pas les vieux OSS 117 de l’époque de la guerre froide.

      Les pitchs s'ils avaient été faits n’auraient pas pu être défavorables au parti communiste chinois. En effet, sous prétexte d’un genre nouveau soi disant preuve de l’entrée de la Chine dans le capitalisme, la ligne éditoriale chinoise garde le contrôle d’une pensée idéaliste.

C’est surtout à propos du premier de ces romans que le pitch est indispensable pour faire apparaître le côté lamentable de l’intrigue. Il s’agit du fils d’un cadre dirigeant de la ville de Shanghai qui se livre au commerce de la pornographie. Vous parlez d’un scoop! A quoi donc ce brave homme pourrait-il s’occuper? Et pourquoi la libéralisation des moeurs produirait-elle autre chose à Shanghai que dans les autres grandes villes du monde ? Selon le pitch et contrairement à ce qu’annonce l’éditeur, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Pourquoi sous prétexte que cela arrive en Chine devrait–on y attacher un intérêt particulier?

     Parce que malgré ce sujet secondaire et banal le livre reste un descripteur acceptable de l’administration de la police dans une ville où elle a été encore rarement abordée sous l’angle de sa gestion et des trucs par lesquels un officier de police doit passer pour avoir des réponses positives de structures administratives qui comme partout ailleurs au monde ont d’abord pour but de le dissuader de mener à bien son enquête. Ce qui nous intéresse à Los Angeles dans les romans de Ellroy dont les héros doivent être plus forts que les tendances fascistes de son organisation, nous intéresse à nouveau avec ce commissaire de police chinois qui va chercher dans la poésie ancienne la force de résister à la corruption.

On voit déjà comment le caractère de ce commissaire de police est extrêmement favorable au parti communiste. En intégrant l’intrigue du 2° roman cette conclusion est encore plus exigeante.

Car dans le 2°roman il s’agit de la guerre des gangs dans la même ville dans les années 30. De nouveau rien qu’on n'ait pas déjà lu de l’époque d’Al Capone. Et de nouveau un jeune héros doit choisir le chef auquel il voue sa fidélité. Or il choisit malencontreusement celui qui est l’amant de la femme qu’il aime. Le pitch serait alors ceci: «  le naïf surprenant dans un contexte de guerre des gangs, celui qui lui vole la femme qu’il aime  les tue tous les deux! ! » Jugez par vous-même si vous ne me faites pas confiance: il a nettoyé de la surface du globe quelques affreux. Il est resté pur.

Quel communiste rejetterait un tel dénouement? Pas un, bien sûr et c’est parce que les éditeurs occidentaux qu’on ne peut pas soupçonner de vouloir réarmer le communisme, ne les lisent pas qu’ils publient ce genre d’histoires. Elles n’ont aucun sens de ce côté-ci du monde. Elles sont d’ailleurs ennuyeuses, assez fastidieuses à lire et si remplies de personnages avec des noms qui se ressemblent qu’il faut surmonter de nombreux assoupissements avant de reconnaître l’essentiel. Ces histoires n’ont pour but que de redessiner le profil bien esquinté des membres du parti communiste chinois au 21°siècle. Dans ce pays où l’administration est gérée par un parti communiste unique il n’existe pas de contre pouvoir contre la corruption en dehors de l’idéal que peuvent avoir certain de ses membres.Partout dans le monde l’esprit de service public est devenu une exception imbécile alors que dans ces romans les héros sont DES GARDES ROUGES restés vierges.

Si l’un ou l’autre de ces livres vous tombe entre les mains, c’est parce que, au-delà du bénéfice attendu de toute publication pour l’éditeur et pour les droits d’auteur, ils servent les intérêts du parti communiste chinois. Ils s’interrogent sur la période de Deng Siao Ping et la façon dont il a transformé la Chine sans mettre fin au pouvoir du parti unique. Ils nous montrent des fonctionnaires qui ont la sûreté nationale qui enquête au-dessus d’eux de la même façon qu’un petit shérif américain doit rendre des comptes au FBI.

    Pour conclure nous nous servirons d’un 3° livre qui est la parution en français en 1998 au Seuil pour la première fois depuis sa publication en Chine en 1989 du témoignage d’un eunuque de la cour impériale recueilli par l’historien Dan Shi. On vient de donner grâce à la littérature policière et au cas des commissaires de police, un aperçu de l’extrême difficulté pour un Etat tel que la Chine de faire travailler et de former les agents de l’Etat qui ne soient ni des pornographes, ni des prévaricateurs. La Chine songerait-elle alors à recréer la catégorie des eunuques?

Il n’existe pas de preuves que le Comité Central en soit revenu à ce degré inconnu de l’occident de l’atteinte aux droits de l’homme pour obtenir la discipline que les empereurs avaient recherchée. Rien ne nous empêche cependant de remarquer à quel point le héros de l’histoire dans ce livre reste, lui aussi pur et vierge, très proche des paysans pauvres dont il est issu et des gardes rouges dont il a vécu la Révolution Culturelle. Rien ne nous empêche de remarquer que c’est une catégorie sociale dont la place dans l’histoire et la morale individuelle avait jusqu'à présent échappé à la critique sociale.

L’occident capitaliste essaye sans doute de subvertir la Chine avec les droits des femmes et des homosexuels. Elle nous renvoie pour sa part son expérience de la cruauté.

Mélèze
05/2004

* Note qui dit l'essentiel d'une oeuvre (notamment de cinema) sans en reveler le contenu"