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LA GENERATION X ET LE SENTIMENT DE LA FRATERNITE CHEZ FAULKNERi

L'inversion de Faulkner


Deux enfants sont frères, l'un est noir l'autre est blanc. La fraternité naît là où elle est interdite. L'histoire de l'insoumis prend sa place entre 1863 et 1865 pendant la guerre de Sécession. Les blancs du sud y sont moins racistes que ceux du Nord. Le racisme n'est pas contenu dans l'injure "nègre”.


"Une patrouille yanqui nous aide Ringo et moi à dégager les harnais, les chevaux, et à tirer la charrette sur le bord”.....................

...............

"Ringo et moi nous avions vu les yanquis; nous avions tiré sur l'un deux; nous étions restés blotti comme deux rats entendant Grany sans arme sans même se lever de son fauteuil en repousser de la bibliothèque tout un régiment. Nous avions entendu parler de batailles, de combats et vus ceux qui y avaient pris part non seulement dans la personne de mon père, lorsqu'une ou deux fois par an, sans avertir, il apparaissait sur ce cheval efflanqué et vigoureux venu d'au-delà de cette région du banc de nuage que Ringo croyait être le Tennessee, mais dans les personnes qui rentraient chez eux avec un bras ou une jambe en moins.”


Cette fraternité de fait n'est pas un idéal. Elle se forme au sein du camp qui va perdre la guerre. La fraternité est noire angoissante. C'est ce que les Etats-Unis peuvent former de mieux. La fraternité s'exprime sans façade sociale. C'est pourquoi Faulkner m'a paru relié à la génération X décrite ci-après, 57 ans plus tard par un autre américain Douglas Coupland dont j'ai bien aimé les expressions.


Coupland et Faulkner


Le sujet du livre de Coupland est aussi la fraternité qui se reconnaît par une règle:


" La seule règle c'est qu'il est interdit d'interrompre (les histoires des uns et des autres) comme chez les A.A (alcooliques anonymes) et de critiquer à la fin. Cette atmosphère acritique marche pour nous car nous sommes autant l'un que l'autre culs serrés à l'idée de dévoiler nos émotions”.


Si on vient de lire l'insoumis, ce passage de "La génération X ne peut que faire référence à ce roman de Faulkner dont l'histoire n'est justement jamais interrompue et pas critiquée jusqu'à sa fin. Et Coupland continue:


"La plupart des gens n'ont que deux ou trois moments intéressants dans leur vie. Le reste n'est que remplissage et à la fin nous auront bien de la chance si ces moments se relient entre eux pour former une histoire un tant soit peu intéressante”


C'est exactement l'avis du héros de l'insoumis, Bayard Sartoris, dont quelques incidents forment le récit de la guerre de Sécession avec une amitié pour les relier entre eux. Ce n'est en aucun cas un idéal. Les Etats-Unis sont un pays ou il ne forme pas d'idéal. Coupland en faisant parler ses héros se moque de ceux qui confondent l'idéal d'une personne avec l'idéalisme philosophique qui est issu de la science. La génération X déteste ceux qui mélangent l'idéal et le virtuel.


"J'étais redevenu le minet à la casquette de base ball dans la décapotable perché sur sa haute intelligence et ne voyant en tout effort humain que noirceur et appât du gain.......”Alors je sais ce que c'est quand chacun se met à débiter le futur en petits morceaux. Mon Dieu quand ils se mettent à discuter comme cela tu connais par coeur ragots de cul et baratin sur la fin du monde, je me demande si ça n'est Pas une façon de s'avouer les uns aux autres.”

"S'avouer quoi?”

"Qu'ils sont malades de trouille je veux dire quand les gens commencent à parler sérieusement de stocker des caisses de raviolis dans les garages et à s'exciter sur l'apocalypse.”


La génération X


Le renouvellement de générations sans idéal est pour moi quelque chose d'extrêmement angoissant. Je regrette que Douglas Coupland n'arrive à écrire que quelques mots la-dessus:

"Je pensais combien les villes sont imprégnées de leur signature olfactive. Les Rues de Tokyo se mettaient dans la tête du bouillon de nouille Udon et un imperceptible relent d'égouts, du chocolat et des pots d'échappement. Je pensais à l'odeur de Milan -cannelle odeur de diesel et roses- à celle de Vancouver avec son porc rôti chinois à l'eau salé et le cèdre. J'avais la nostalgie de Portland

Et j'essayais de me souvenir de ses odeurs d'arbres de rouille et de mousse.”

.......

Je me sentais excommunié par les Shin jin rui -c'est le mot des journaux japonais pour les 20-30 ans qui travaillent dans les bureaux -nouveaux êtres humains. C'est difficile à expliquer. Nous avons les mêmes gens ici mais ils n'ont pas le même nom - une génération X pour rester caché.”


C'est le peu qu'on apprend: les villes ont une odeur qui leur est propre. Si on est angoissé, sans idéal, aux Etats-Unis on reste caché et la crise peut survenir à n'importe quel moment à la suite de difficultés professionnelles ou de déceptions sentimentales. Le X vient de ce qu'on reste caché y compris en tant que groupe de jeunes tandis qu'au Japon on apparaît dans un groupe d'age officiel.



Quelques définitions


Coupland fait alors une expérience originale d'écriture. Il se met à diviser sa page en deux et à utiliser une marge comme s'il se rendait compte que son intuition sur ces jeunes était un peu courte. Il veut maintenant définir dans la marge les leçons de l'expérience. Je cite les définitions qui m'ont plut et qui s'ajoutent à la génération X:


"Révolte différée: pour un jeune tendance à se tenir à l'écart des activités traditionnellement jeunes et des expériences artistiques au profit d'un solide plan de carrière. A parfois pour résultat vers l'âge de 30 ans, le regret de la jeunesse perdue suivi de coupes de cheveux idiotes et de garde robes coûteuses et risibles.”


"Cofamille: fausse expérience communautaire vécue entre collaborateurs d'un même espace de bureau.”


"Zone loisir: participer aux distractions d'une couche sociale considérée comme inférieure à la votre: Karen, Donald, si on allait au bowling ce soir?”


"Zone conversation: jouir consciemment d'une conversation toute dépourvue de toute rigueur intellectuelle et justement pour cette raison.”


"Zone profession: prendre un boulot largement en dessous de ses capacités ou de son niveau d'études dans le but de se soustraire aux responsabilités adultes et ou d'éviter l'échec éventuel dans sa vraie vocation.”

...............


C'est marrant n'est-ce pas, que personne ne se soit donné le mal de fouiller cela, en dehors de Beigbeder qui qualifie "la génération X” de manifeste?




Le dernier mot à la poésie


C'est la volonté de Coupland qui cite Rilke que j'aime aussi beaucoup:


"Les mots de Rilke firent irruption dans mon cerveau, son idée que nous sommes nés avec une lettre a l'intérieur et que si nous sommes sincères avec nous-mêmes nous aurons peut-être le droit de la lire avant de mourir”.

RILKE

"L'homme de solitude est lui-même une chose soumise aux lois profondes de la vie et quand l'un de ces hommes s'en va dans le jour qui se lève ou qu'il dresse son regard à la nuit tombante, cette heure pleine d'accomplissement, s'il sent ce qui s'y accomplit alors il dépouille toute condition comme un homme qui meurt, bien qu'il entre alors en lui dans la vie véritable”


C'est alors que Coupland parvient à conclure d'un trait remarquable, de nouveau contre Faulkner et avec toute la grandeur de ce que l'Amérique peut enseigner à l'Europe:


"Dans ma vie j'avais besoin de moins. Moins de passé.”


Meleze 07/2003

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i[] Les livres cités sont
Douglas Coupland
Génération X collection de poche 10/18
1991 aux USA 1993 pour la traduction française
Traduit par Léon Marcadet


William Faulkner
L'invaincu - poche folio
1934 aux USA et 1949 pour la première traduction française
Traduit par R.N.Raimbault et Ch.P.Vorce