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Nedim Gursel

Lettre à Nedim GURSEL à propos de l'attentat du 11 septembre


      Cher Nedim Gursel  

Apres les terribles événements que vient de vivre la ville de New York comment ne pas en voir les éléments précurseurs dans votre roman de 1996 qui racontait la conquête de Constantinople par les Turcs : comment ne pas comparer l’ancienne et la nouvelle Byzance ?

 

Nous nous sommes rencontrés dans un débat littéraire et vous m’avez dédicacé votre livre : « le roman du conquérant ».

 

Je voulais vous dire que cette rencontre a eu beaucoup d’influence sur moi. Non seulement je n’ai cessé de réfléchir à l’idée qui est à la base de votre roman à savoir que les sultans n’avaient pas droit a leur portrait par opposition a la civilisation occidentale qu’on peut appeler une civilisation de la représentation, mais encore j’ai depuis, certainement sous votre influence visité la Turquie.

 

Pour aller dans votre pays j’ai consulte Internet. Par ce moyen j’ai trouve un guide qui nous a attendu ma femme et moi-même a Urgup, en Cappadoce, avec un minibus, et qui nous a fait marcher pendant 8 jours. Nous avons ainsi fait la connaissance d’un ancien instituteur puis professeur de français du lycée d’Ankara qui s’est révélé un très fin connaisseur de l’histoire turque et tout particulièrement de la vie des chrétiens. La seule chose que je connaissais de votre pays étant, vous-même, je vous ai cite souvent et j’ai pu remarquer que votre notoriété y était grande.

 

Ce recours a Internet prouve que la représentation n’est plus une dimension aussi considérable entre nos deux civilisations.

 

Mais je voulais vous dire aussi que votre influence avait suivi encore une autre trace inattendue. Car a Istanbul nous avons visité la maison de Pierre Loti. Puis en rentrant à Paris j’ai recherché les « fantômes d’orient » et la preuve de votre influence est que j’y ai trouvé votre préface indiquant que Loti n’était ni l’auteur colonial, ni le défenseur des turcs contre les Arméniens qu’on a vu en lui après la première guerre mondiale.

 

J’ai été conduit par vous vers la Turquie, puis vers Pierre Loti

 

Ainsi j’ai eu la chance de vous retrouver intellectuellement  une deuxième fois et j’ai décidé de vous écrire pour vous demander si vous voyez, vous aussi, un rapprochement dans les deux événements en exergue.

 

Quand on prend pour point de départ l’opposition entre une civilisation de la représentation et une civilisation ou la représentation a été si longtemps interdite on en arrive à se demander si la Turquie ne va pas avoir un rôle immense à jouer  encore dans le monde musulman.

 

Quand on prend pour point de départ vos remarques sur Pierre Loti on en vient à se demander si l’influence de cet écrivain n’a pas joue en définitive dans le rapprochement de la Turquie et de l’Allemagne ?  Sa véritable anticipation dans son œuvre est celle du développement de ces deux nationalismes qui ont jeté à la poubelle leur structure impériale pour adopter une idéologie qui dans les deux pays a produit un génocide.

 

Certes, en tant que juif je devrais haïr l’Allemagne. Mais ce serait un peu simpliste de ne pas tenir compte que ce pays et le vôtre, aux marches de la Russie ont été plus secoue par le coup de tonnerre de 1917 que tous les autres.

 

Si on considère la question arménienne Pierre Loti fut un turcophile mais vous avez raison de dire qu’il n’était pas hostile aux arméniens, que ses romans contiennent toujours ceux que la critique moderne appellent des « passeurs » c’est-à-dire des juifs et des arméniens. La défaite arménienne n’est donc pas la preuve de son hostilité. Son intérêt pour la Turquie vient de ce qu’a l’époque elle est l’Etat maître du monde musulman alors qu’aujourd’hui elle est réduite à une toute petite part de ce dernier et elle-même hésitante entre plusieurs tendances. Elle est en concurrence avec l’Iran, l’Egypte, l’Algérie qu’elle dominait autrefois.

 

Le centre de l’Islam s’est-il déplacé  à La Mecque comme le voudrait l’Arabie Saoudite, à Jérusalem ou l’Afghanistan. Je ne le crois pas. Dites moi ce que vous en pensez ? Mais ces prétendants qui font appel aux techniques occidentales  de la représentation n’ont pas encore été choisis pour diriger  l’Islam. Leur attaque de la nouvelle Byzance  en septembre 2001 n’est pas digne de la conquête de 1453 qui a imposé à votre héros Mehmed le Grand la seule sagesse de faire réaliser son portrait avant de s’emparer de la ville.            

Mélèze