Exigence : Littérature



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Gao Xinjian

GAO XINJIAN
note sur le prix Nobel
"LA MONTAGNE DE L'AME" & "LE LIVRE D'UN HOMME SEUL"



Voici pour commencer la cause de mon intervention qui est la lecture sur internet de cette citation extraite de l'intervention de Mme. Kristeva à France Culture où elle est depuis quelques mois une collaboratrice régulière de Pierre Assouline.
Et j'en sors éblouie, pour vous en recommander la lecture. Il s'agit d'un texte majeur, au carrefour de la Chine mythique et d'une modernité de psychologie et d'écriture saisissante. La "Montagne de l'âme" serait attestée par des écrits mythologiques chinois : serait-ce une carte incertaine de la Chine? une autobiographie? un voyage érotique, c'est-à-dire dans la sagesse? une quête de la beauté ou du non-savoir qui, en Chine, tient lieu de ce que nous croyons être le "savoir absolu"? La Montagne de l'âme est tout cela à la fois.
Je voulais soumettre cette citation à la sagacité des lecteurs d'Exigence: Littérature parce que c'est exactement le contraire de ce que dit l'auteur dans son livre.
Pour GAO la montagne de l'âme est très clairement la zone que la chine s'apprête à inonder après l'ouverture du barrage des trois gorges. Le héros parcourt à la façon de la tradition américaine du "tramp" une région qui va disparaître. On peut le comparer au choc des mentalités qui s'est produit en France lors de la réalisation du plus grand barrage d'Europe, à Serre Ponçon, barrage dont la légitimité n'a pas encore été mise en doute contrairement au barrage d'Assouan ou à ce fameux projet des trois gorges dans lequel nous dit l'auteur la Chine va perdre son âme.
Pourquoi Mme Kristeva est-elle éblouie par une "Chine mythique" et une "carte incertaine"? Peut-on trouver sur un sujet quelconque deux opinions aussi frontalement contradictoire?
Je dirais plutôt de "la montagne de l'âme" qu'il s'agit d'un roman un peu long manifestement inspiré de HIROSHIMA MON AMOUR de M.DURAS puisque le héros fait l'amour un chapitre sur deux tandis qu'il parcourt le pays. Le roman vaut donc beaucoup plus par sa symbolique qui fait de la Chine une femme successivement aimée puis trompée (par le parti communiste évidemment on l'aura deviné).
Et, à titre personnel je suis beaucoup plus admiratif de l'expérience tentée par l'auteur de la solitude.
Il se différencie du peuple le plus nombreux du monde à la fois en marchant seul comme dans la montagne de l'âme et à la fois en quittant le théâtre de la révolution culturelle comme il le raconte dans l'autre livre qui est justement "le combat d'un homme seul".
Il s'établit donc une tradition que j'avais déjà pointé dans ma critique de l'attrape-coeur de Salinger et qui est la défense de la solitude comme valeur. Un moment clé pour moi à ce sujet fut par ailleurs le livre de Paul AUSTER "l'invention de la solitude" qui m'a obligé justement à structurer cette solitude en valeur parce que contrairement au titre annoncé Paul AUSTER n'avait malheureusement pas cette valeur comme sujet.
Dans une société très nombreuse comme la société chinoise, on ne peut jamais s'isoler. Toute activité est une activité sociale dans ce sens qu'on est nombreux pour la pratiquer et incapable de se débarrasser des autres. On agit simultanément son expérience et sa réputation, alors que le héros occidental accomplit seul l'action tout en s'en vantant ou en en ayant honte et ne se soucie de sa réputation que dans un deuxième temps. Evidemment les actes intimes n'échappent pas au brassage social. Un des thèmes les plus intéressants de GAO est alors la question permanente de l'amour qui est pratique sociale puisqu'il faut être au moins deux et évènement dans une sexualité qui elle est individuelle.
Mais laissons l'amour et revenons à la mode sociale qui condamne la solitude et privilégie le groupe. Cette mode est fort bien illustrée par la fameuse chanson de Barbara qui porte le nom de solitude et fait de cet état une angoisse qu'elle chasse en s'entourant en permanence d'un tourbillon de passages. Cette mode est comme la météo. Alors que le soleil et la pluie sont au même titre des phénomènes naturels on ne cesse de vous dire que le soleil a beaucoup plus de valeur que la pluie.
Ainsi pourquoi la solitude condamnée et angoissante est-elle devenue une mode et pourquoi la socialisation est-elle une valeur? Ca je ne saurais en faire l'histoire. Mme. Kristeva se sent-elle impliqué en tant que psy travaillant sur le marché de l'angoisse?
Quoi qu'il en soit des psy, les agriculteurs, et les marins travaillaient seuls. Ils étaient maîtres de leurs horaires et de leur emploi du temps. Ils n'existent plus. Toute la population est devenue urbaine et anxieuse
Tout le monde se précipite pour passer sur des plateaux de télévision plein de monde. La vie moderne ne laisse jamais le temps de recharger ses batteries, de se renouveler et d'enrichir ses contemporains au lieu de se vider en permanence comme une outre trop pleine qui finalement ne contient plus rien après usage. Des personnages comme Drucker ou Poivre d'Arvor sont usés jusqu'à la moelle. Bernard Pivot après 30 ans de défense du livre s'épuise à recevoir des académiciens. Qu'il y entre il ne sera plus jamais seul.
Or la solitude n'est pas forcément un état angoissant. On peut très bien souhaiter être prisonnier comme Montecristo ou avoir comme modèle Eric Tabarly. On peut aussi redéfinir son parcours professionnel dans une société urbaine pour s'équilibrer petit à petit dans une expérience de la solitude à la façon de Théodore Monod qui parcourt les déserts.
En passant d'un peuple trop socialisé comme la Chine à un autre peuple trop individualisé comme la France j'espère que GAO XINJIAN aura participé à une remise en cause .

Meleze