Exigence : Littérature



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Si de Louis-Ferdinand Céline vous n’avez lu que Mort à Crédit ou le Voyage au bout de la nuit ou pire si vous n’avez rien lu,

A propos de Céline

Par Emile Brami

Editions  Ecriture.

 

 

Si de Louis-Ferdinand Céline vous n’avez lu que Mort à Crédit ou le Voyage au bout de la nuit ou pire si vous n’avez rien lu, ce livre est pour vous. Ecrit par Emile Brami, le libraire qui vous procurera tout ce qui existe sur Céline et sur son époque et présenté comme une promenade dans l’œuvre, il vous permettra de vous faire une idée relativement complète de ce que l’on sait sur l’auteur et des questions que pose cette oeuvre. Bien sûr ce ne sera pour vous qu’une première approche, on ne peut pas tout dire d’un écrivain aussi  important en  400 pages, mais vous aurez eu envie de vous replonger dans Céline et ce n’est pas la moindre des qualités de ce livre. Vous aurez surtout compris que ce que vous connaissiez de l’auteur et l’idée que vous vous en faisiez était tout à fait caricatural. Il vous restera à lire Céline, à vraiment le lire dans toutes ses dimensions et peut-être à vous attaquer à l'exégèse… Le sujet est tellement sensible et l’œuvre tellement riche que cela vous demandera des années de travail, cela peut même vous occuper pour le restant de vos jours.

 

Pour cette excellente raison, je n’ergoterai pas sur tel ou tel aspect de ce livre, l’essentiel est ici accompli, ce pourquoi l’auteur a écrit cette "promenade", donner envie de lire. Je dirais même qu’étant autodidacte E. Brami a peut-être plus d’autorité pour parler de Céline que n’importe quel universitaire ! Et que de plus, parce qu’il est juif sa lecture de l’antisémite de référence ! est indispensable. De ce point de vue E. Brami fait preuve d’une objectivité remarquable – j’oserais dire pointilleuse, il n’a pas peur de s’attaquer au sujet et de faire ici la brillante démonstration que l’on peut détester l’antisémitisme et aimer l’œuvre de Céline, aller jusqu'à apprécier Bagatelles en dépit de ses idées. Bien évidemment les lecteurs de Céline savent tout cela mais il est tellement important de le dire pour que Céline soit enfin lu, que l'on dépasse les clichés le concernant et que l'on aille enfin voir dans le texte ce qu'il en est.

 

Le seul reproche que je pourrais faire à l'ouvrage d'E Brami, c'est bien sûr l'envers de sa qualité qui est de rester très factuel – par exemple de ne pas aller plus loin concernant les idées politiques de Céline, à la fois de n'avoir aucun doute sur  l'antisémitisme d'un écrivain dont il admire le style et de ne pas montrer en quoi il y a là non pas un paradoxe mais bien au contraire une formidable richesse tant du côté de l'œuvre qui est étudiée que de son côté à lui, le  lecteur. La force du style c'est bien sûr de faire passer ces idées inacceptables – même si à l'époque de Bagatelles elles n'ont malheureusement pas été vécues par nombre de Français comme telles, à l'époque des derniers romans elles le sont - en tout cas dans le discours devenu dominant .

E Brami souligne dans son avant-propos cette gêne permanente d'être passionné par celui qui avait voulu sa peau – même métaphoriquement et encore ne-suis je pas absolument certain de la métaphore précise-t-il. Nous sommes tous bien entendu gêné par cette contradiction et c'est là le point central: comment Céline parvient-il à se faire aimer avec de pareilles idées? Il y a là matière à réflexion mais E Brami se contente de l'évoquer et paraît ne pas vouloir y répondre – comme tant d'autres séparer le style des idées alors qu'ils ne peuvent être lus qu'ensemble et que si nous aimons cette littérature c'est qu'elle fait résonner en nous cette haine de l'autre que nous n'osons pas avouer.

 

Ce n'était sans doute pas le lieu d'aborder une question aussi difficile à faire entendre, espérons simplement que cela donnera à nombre d'entre vous l'envie de lire ces romans de Céline que l'on ne lit qu'après avoir lu les deux premiers et peut-être aussi ces pamphlets qu'il faut avoir le courage d'affronter. De toute évidence le livre d'E Brami a été fait pour cela, dans la lignée de son engagement professionnel.

 

 

Penvins

25/04/04