Exigence : Littérature



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Contrebandes, Anne Bourrel

A propos de
Contrebandes, Roman sonore
Anne Bourrel
L'Harmattan 2002

 

On peut bien sûr entendre "Contrebandes" au sens de fraudes et il y a cette tentation chez la narratrice de se prendre pour quelqu'un d'autre, pourtant je préfère partir d'une hypothèse linguistique différente qui n'est sans doute pas celle à laquelle a pensé l'auteur mais qui peut permettre d'éclairer le livre:

Au billard on dit jouer par la bande et c'est cela que j'entends dans ce récit où rien n'est donné à voir de la réalité mais où la narratrice se joue des mots. Roman sonore dit-elle, pour mieux le distinguer des romans visuels, de la tentation romanesque contemporaine de montrer. Le personnage de Maria Matta écrivain montpelliérain se devine mieux ainsi comme emblème de celle qui a tout dit alors qu' Anne Bourrel ou tout au moins la narratrice prétend: Si je veux, je peux tout dire. Mais, je ne succomberai pas à la tentation, j'en sais suffisamment sur ce travail d'esclave et que la Madone de la rue de Lisbonne - double de la narratrice - est passée maître dans l'art du camouflage. A la question de l'enfance, - dit-elle- j'élude, je passe, je souris, je dis mou ouais, je donne mon joker.

Ce livre est un livre d'apprentissage, l'auteur passe de l'admiration sans borne pour Maria Matta à son assassinat par la mise en mots. Mais plus que cela il y a sans doute dans cette frappe du clavier - dont elle disait en présentant son livre chez l'éditeur être attentive au son qu'il produit - un véritable désir de se démarquer d'une littérature qui n'est pas la sienne. Ce roman sonore mis entre parenthèses n'est pas un roman mais un hommage rendu à celle qui écrit des romans par celle qui reste du côté de la poésie des mots. Un hommage et un meurtre.

Pour que ce roman sonore existe il faut que la Métisse, la grosse madone de la rue de Lisbonne celle qui est à la fois noire et blanche, cubaine et européenne, père et mère, disparaisse, mais il faut surtout que Maria Matta allitération maternelle soit vampirisée, que la narratrice en boive tout le sang et le recrache en mots, que la réalité de la mère soit digérée, alors pourra venir la jouissance de publier, une jouissance forte et violente qui permettra de dire: J'ai peut-être pris mon propre chemin, sans m'en rendre compte, je l'ai lâchée alors que je la tenais presque.

A la place de la madone, à la place de Maria Matta celle qui toujours prend la place de la femme légitime - que ce soit celui qu'elle appelle Toi ou le professeur de musique du lycée Joffre, les hommes qu'elle préfère aimer sont des hommes mariés - va évoquer la possibilité d'une autre mère, la belle-mère, la mère de son frère, la libraire!

Ainsi elle cessera d'être Nègre chez Harlequin et pourra devenir elle-même celle qui écrit seule son nom.

Il y a dans ce faux roman un véritable plaidoyer pour une littérature différente que l'on écoutera se construire avec la plus grande attention ...

 

Penvins
e-litterature.net©


10/2002