Exigence : Littérature



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Les derniers jours de la classe ouvrière
Aurélie Filippetti.
Stock.

Si c'est de ce côté là qu'elle revient la littérature engagée, il va falloir à nouveau la mettre au-dessus de la pile, non pas une littérature intellectuelle, une vraie littérature du cœur – Lorraine cœur d'acier – Aurélie Filippetti n'accomplit pas seulement un devoir de Mémoire – même si c'est de cela avant tout qu'il s'agit, elle remet les choses à leur juste place parce que son histoire personnelle épouse celle des luttes politiques de son pays.

C'est le père qui est le personnage central de ce roman des derniers jours de la classe ouvrière, et d'une certaine façon Aurélie Filippetti aurait pu intituler son livre les derniers jours de mon père. Hommage d'une fille à son père mort prématurément d'une maladie professionnelle, comme on dit pudiquement, pour ne pas dire de la violence sociale, celle qui impose aux uns le sacrifice de leur vie pour le confort du plus grand nombre et l'enrichissement éhonté de quelques uns.

Face à ce père, elle qui est partie faire ses études à Paris, se dit qu’elle a trahi «  Trahi par loyauté à la cause, trahi par fidélité, trahi parce que leur être fidèle impliquait de les trahir » et c’est bien sûr cette culpabilité qui l’oblige à témoigner, dire ce que furent ces années d’enfance, dire qui fut ce père qu’elle ne peut pas encore juger :
« Papa c’est pas vrai ce que tu racontes ! » lui dit-elle lorsque à la tribune il expose les dangers qui pèsent sur l’emploi dans la région du bassin de Longwy mais ajoute la narratrice « La mort n’existait pas encore ».

Voilà pourquoi ce livre est tout autant qu’un combat politique, un vrai roman, une façon de dire l’indicible - Une seule terreur tenace, un jour peut-être elle jugerait ses parents – la culpabilité de s’être trompé qui malgré tout s’empare du père – Angel - d’avoir cru au miracle soviétique, plus longtemps semble-t-il que sa femme - Elle avait compris avant lui […] il avait continué à payer ses cotisations pour elle, sans le lui dire – et la honte que la jeune étudiante a peur de ressentir vis à vis d’eux, qu’elle a peut-être eu du mal à leur dissimuler.

Angelo qui se souvient que son père est mort dans les camps nazis et qui ne cesse de courir après son souvenir, fidèle, communiste comme lui était resté abasourdi lorsqu’on avait commencé à comparer communisme et nazisme. C’est pour cela qu’il faut reconstruire son histoire, dire ce qu’elle a réellement été, rappeler qu’il s’était battu toute sa vie pour un peu de justice sociale, souligner que s’il n’avait pas voulu faire d’étude pour n’avoir pas à être porion et peut-être un jour convaincre une veuve de ne pas porter plainte contre les de Wendel, il avait compris après mai 68 qu’il fallait se battre pour que ses enfants aillent à l’université et vivent dans un monde meilleur.

C’est pour cela qu’il faut absolument qu’une jeune journaliste vienne dire au monde ce qu’ils avaient réellement fait, ce qu’avait été leur vie : Lui, le journaliste parisien, elle l’emmènerait dans son pays. Pour que ses petits enfants ne lui reprochent pas d’avoir soutenu le régime soviétique: Ils auront oublié les conditions historiques, le contexte, on ne leur dira que ce qu’on voudra bien leur dire, et ils croiront que nous étions des monstres.

Sans doute fallait-il que cela soit dit pour que puisse vraiment éclore un monde où les femmes aient une autre place et où l’on ne refuse plus la part de légèreté qui est en nous, Aurélie Filippetti dit: de toujours écraser la part orientale en eux et parle à propos de Rome de ceux qui se protégent contre eux-mêmes.

Mais c'est aussi elle qui écrit à propos de son roman qu'il ramènera avec la mélancolie de l’enfance l’orgueil d' avoir vécu ces derniers jours de l'histoire de la vie ouvrière.

Mettez ce livre sur le haut de la pile, il restera un témoignage de cette époque si vite disparue.


Penvins
e-litterature.net©
23/09/2003

Bibliographie