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Bela Grunberger

Bela GRUNBERGER
Pierre DESUANT

Narcissisme, Christianisme
Antisémitisme

Béla Grunberger et Pierre Dessuant tous deux psychanalystes, tentent dans le prolongement de leur pratique et de leur conception du narcissisme de définir ce qui fait l'essence de l'antisémitisme.

Partant d'une analyse de la vie du Christ, ils repèrent à travers le christianisme ce qui l'oppose profondément au judaïsme et crée les conditions d'un rejet haineux du juif.

L'ouvrage commence par un rappel de la théorie du narcissisme telle qu'elle a été élaborée par B. Grunberger et P. Dessuant.

LE NARCISSISME

Retenons que

L'élan narcissique positif est une "auto-expansion" maximaliste dans les domaines de la perfection, de l'esthétisme, de la morale, de la toute-pussance, de l'autonomie, de la souveraineté, de l'infini, de l'éternité, de l'omniscience, etc. [...] Les qualités narcissiques de valence positive (peuvent) en cas de frustration inverser leur polarité [...] jusqu'à déployer, le cas échéant, une énergie apocalyptique.

p 23

Avec la naissance l'être humain doit composer avec le monde extérieur

L'intance adaptative - le Moi - se développe peu à peu pendant que la mégalomanie infantile décroît et est remplacée par la reconnaissance d'un pouvoir supérieur externe. p 41

Dans ce processus de maturation, " l'analité joue un rôle pilote ", si elle entre en conflit avec les autres composantes du schéma évolutif, le sujet restera fixé à ce stade.

Il perpétuera, dans le domaine de ses relations aux autres, le modèle initial qui consistait à s'assurer dans la maîtrise, la supériorité totale sur l'objet. Le but ultime que poursuivra alors ce sujet est le triomphe absolu sur l'objet (...), qui devra être dégradé et réduit à l'état de déchet, sans existence propre. p 51

Plus tard survient l'Oedipe, il s'opère alors dans le Moi de l'enfant un travail d'adaptation à la réalité qui donne lieu à

une organisation de plus en plus différenciée de l'agressivité qui se porte sur le père et secondairement (et éventuellement) sur les membres de la fratrie (Oedipe déplacé). p55

LE CHRIST

En étudiant la personne du Christ, les auteurs font ressortir sa personnalité narcissique. Ils soulignent que le Christ n'avait pas de père réel, et qu'en Orient la paternité faute de père connu était souvent attribuée à la divinité. Il en résultera que:

Le Christ qui (...) se confond avec la divinité, transforme le narcissisme en une véritable religion dont le contenu n'est pas tant la croyance en Dieu le Père, que la croyance en tant que telle, c'est à dire le narcissisme érigé en idéal absolu représenté par un homme divinisé. P 71

Cette religion s'oppose radicalement au judaïsme pour lequel un homme qui se fait Dieu est un blasphémateur. Et le Christ s'attaque constamment au juif, représentant de la Loi et du principe paternel

B Grunberger et P Dessuant font également remarquer que

pour le Christ l'abandon des biens de ce monde est une condition pour accéder au royaume, c'est à dire le renoncement à la possession.
[...]
La "possession" relève de la composante pulsionnelle sadique-anale, (...). Si cette dimension est rejetée par celui dont l'idéal demeure la pureté (le chrétien), toute son agressivité de frustration risque d'être déversée sur celui dont la morale ne fait pas de la dépossession un idéal (le juif). p86/87

LE CHRISTIANISME

Les auteurs opposent ensuite, le judaïsme au christianisme, d'un côté

La totalité de l'investissement narcissique doit être réservé à Dieu et le sabbat est le jour consacré à cet effet. p 144

et de l'autre

La commmunion unit les hommes dans le Christ : Dieu et l'homme sont un dans le narcissisme de la perfection et de la toute-puissance, de la bonté et de l'amour. p 142

Ils repèrent la différence fondamentale de traitement de la langue entre celle de Babel, une langue conflictuelle (paternelle) et celle de la Pentecôte - langage commun qui unit les hommes dans une même fusion, à l'image de celle qui unit l'enfant à sa mère.

Ils soulignent les caractéristiques fondamentales du judaïsme

Le Dieu qui émerge de l'arrière plan narratif biblique est une figure paternelle puissante, un père sévère mais protecteur, comme l'est le Surmoi oedipien. p 137

...le fait marquant de l'histoire juive, du point de vue religieux, est d'avoir reçu la Torah sur le mont Sinaï dans des conditions spectaculaires, dramatiques, traumatisantes. p170

A l'inverse les chrétiens issus de la gentilité (non juifs) et qui s'installèrent dans Jérusalem après la destruction du Temple, alors que l'empereur Hadrien interdisait l'accès de la ville aux judéo-chrétiens circoncis, ont subi un autre traumatisme:

Triompher sur des cendres, édifier une fortune sur la ruine de l'autre, cela n'est pas sans générer un conflit inconscient chez le bénéficiaire et ses héritiers, dont une des conséquences, la culpabilité, sera projetée, à titre défensif, précisément sur celui qui se trouve trahi et abandonné. p 180

ANTIJUDAÏSME

C'est sur la base de l'antijudaïsme que naîtra l'antisémitisme:

Ezra, au Vème siècle av. J.-C. (...) institua tout un système de rituels compliqués qui servirent d'abord de garde-fou contre le paganisme et devinrent par la suite un véritable carcan obsessionnel contre la contamination. P 212

Les juifs se particularisèrent, ils furent notamment ceux qui refusèrent la fatalité de l'esclavagisme.

Le Deutéronome énonce: " Tu ne livreras point à son maître un esclave qui se réfugiera chez toi, après l'avoir quitté. Il demeurera chez toi, au milieu de toi, dans le lieu qu'il choisira dans l'une de tes villes, où bon lui semblera. p 232

Or, rappellent B. Grunberger et P. Dessuant,

Humilier l'autre vise à le dénarcissiser, c'est à dire à le châtrer à jamais de sa complétude narcissique. Dénarcissiser c'est déshumaniser, c'est désinvestir l'individu qui n'existeainsi plus, sinon en tant qu'excrément, c'est l'analyser. P 236

La chrétienté naissante s'appuya en la renforcant sur la xénophobie des païens vis à vis des juifs. Et notamment, elle y trouva un moyen de se démarquer et de s'affirmer comme le peuple de la Foi face à celui de la Loi.

... Car nous pensons que l'homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la Loi [...] Ce n'est pas par
la Loi que l'héritage du monde a été promis à Abraham ou à sa postérité, c'est par la justice de la foi, ... P247 [Romains III 28, Romains IV 13]

ANTISEMITISME

Les auteurs tentent ensuite de définir l'antisémitisme dans sa spécificité - et notamment en le détachant du racisme qui dans le cas de l'antisémitisme est venu se surajouter à une haine plus ancienne. Ils notent que chez l'antisémite terreur et fascination coexistent et que celui-ci

a peur de ce qui est en lui: il projette sur le juif sa propre pulsion anale non intégrée. p 289

Ils soulignent que l'antisémite attribue au juif un pouvoir magique:

Le pouvoir juif est un mythe et c'est précisément sous cette forme qu'il est l'objet des attaques spécifiques des antisémites. Lorsqu'un pouvoir de groupes juifs existe réellement ( le lobby juif est une réalité dans la vie politique américaine par exemple), il n'est pas attaqué sur le même mode. p 289

Enfin ils résument leur essai en précisant que:

Chez le sujet considéré comme normal, l'analité est censée s'être fondue dans le faisceau pulsionnel à primauté génitale, devenant ainsi méconnaissable en tant que telle grâce à un remaniement fondamental dans un sens positif. p 311

et que

C'est la combinaison d'une composante anale mal résolue et d'un narcissisme pur n'ayant pas réalisé sa synthèse avec
l'analité qui donne lieu chez l'antisémite à la solution projective. Celui-ci projette en effet et abréagit son conflit narcisso-anal sur le juif. Or, comme il a déja été dit par ailleurs, le christianisme, et en particulier le catholiscisme, favorise ce processus. p 311


La dernière partie est consacrée à l'antisémitisme hitlérien.

Penvins
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