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Deuils cannibales et mélancoliques – Catherine Mavrikakis – Editions Trois, 2000

Deuils cannibales et mélancoliques – Catherine Mavrikakis – Editions Trois, 2000 .

Se résigner à la mort, à ne pas en connaître l’heure : " Deus no sabe o teu destino " Dieu ne connaît pas ton destin, c’est se résigner à l’absence du corps de la mère et il faudra à Catherine Mavrikakis tout ce livre pour y parvenir, pour dire son homosexualité - l’homosexualité est toujours une question d’aveu - et faire le deuil de tous les morts qui l’encombrent.

Qui sont tous ces morts dont elle laisse à penser que c’est la mère, toujours recherchée et vers laquelle il faut continuer à se diriger ?

Ce n’est pas le lieu de naissance qui compte dans notre vie. C’est la recherche du lieu de notre mort qui nous pousse à continuer à vivre.

Ou encore :

C’est mon devenir-mort qui m’accroche à la vie

A l’image de ce que sa mère lui a appris : ma mère m’amenait fleurir les tombes de tous les défunts du passé [à noter qu’elle parle ici des défunts d’Europe tous ceux que je n’avais jamais connu mais à qui je devais tant] Catherine Mavrikakis nous parle de tous ses morts qui ne sont peut-être qu’un seul, tous ces homosexuels qui tous s’appellent Hervé ( R.V. ?) et qu’emporte le sida. C’est toute une génération – la sienne – qui disparaît, disparition dont elle rend notre société responsable : Un ami d’Olga pense que notre société est devenue infanticide. [… ] On dirait que la mort des enfants est devenue la seule épreuve de réalité qui nous reste.

Tout un livre donc pour faire le deuil en avalant ses morts. Il faut avaler nos morts ou c’est eux qui nous bouffent. Tout un livre pour digérer la mort, pour exhumer et réenterrer les morts, pour s’approprier leurs corps comme pour s’approprier le corps de la mère :

Je m’imagine souvent bébé goulue, avide du liquide amniotique, voulant à tout prix garder en moi quelque chose de ma mère. Je tétait déjà à l’intérieur du ventre.

J’étais déjà en deuil de celle que j’allais perde.

et enfin tout un livre pour l’oublier.

Catherine Mavrikakis faire preuve d’une fascination pour la mort qui laisse le lecteur abasourdi. Jeu avec la mort lancinant qui donne parfois une impression d’immobilité.

Quand Catherine Mavrikakis dit qu’elle déteste le grec, la poésie, la campagne c’est comme un refus du monde, un rejet de la réalité du père – d’ailleurs, elle dit bien le grec – (on pourrait risquer de souligner que c’est son père qui lui a donné ce nom de Mavrikakis qu’elle ne veut pas assumer Mavro : noir kako : le malheur) cette réalité qu’elle ne pourra accepter que lorsqu’elle aura trouvé l’humilité de lire en l’autre sa propre fin . Dans la mort de sa mère, la sienne !

C’est là qu’elle découvre enfin sa vérité, quand en un rêve elle avoue rechercher le corps de sa mère disparue au large du Chili et peut enfin brandir sa propre carte de la mort et enfin devenir une Antigone – celle qui enterre.

 

Penvins
e-litterature.net©

Le 01/05/2002