Exigence : Littérature



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Spielberger

A propos de Touché de Christophe SPIELBERGER


Dans un premier temps il s'agit d'une heureuse surprise. Effectivement comme l'annonce Christophe Spielberger on est obligé de jeter ses vieux yeux.
On essaie cependant de comprendre où l'auteur veut en venir. Simple jeu? Folie comme disent certains de ses commentateurs? Délire comme dit la jeunesse d'aujourd'hui? On pourrait être tenté de le penser. On perçoit dans cette littérature une génération habituée au virtuel et jeux en tous genres. D'un certain point de vue il est évident qu'il s'agit d'un jeu. On est hors du réel dans un rêve en deçà de la censure - là où tous les fantasmes sexuels sont permis.
Fantasmes de l'auteur dont il ne nous donnerait pas la clef - les clefs - ces clefs de douze que Cendre a plaisir à manipuler, ou simple jeu mathématique - combinatoire - dont les éléments seraient empruntés à un grand guignol psychanalytique? Spielberger aurait flirté avec Oulipo!
Voilà bien l'alternative: ou l'auteur se fait plaisir à lui-même et rien qu'à lui-même, ou il n'a d'autre ambition que de nous entraîner dans un jeu de langage.
La vérité est sans doute un peu de tout ça, on y reconnaît les influences de Lewis Carroll mais aussi d'Apollinaire et sans doute de Jacques Roubaud, mais C Spielberger insiste tellement pour que l'on jette ses vieux yeux, il lance tant d'imprécations - notamment sur Internet - contre les éditeurs en insistant sur leur incapacité à imaginer une littérature radicalement nouvelle que l'on sent bien qu'il y a là quelque chose à creuser.
Il ne faut pas aller sur le site de Spielberger chercher une lecture de son roman. Les critiques qui y sont présentées s'en tiennent à "du n'importe quoi réjouissant", "singularité résolument inconfortable", "art loufoque du pied de nez"... pour tout dire on se laisse prendre au style et l'on oublie les idées.
Or on n'écrit pas simplement pour jouer, ou plutôt, le fait-on que cela même a un sens. Il s'agit d'une traversée du miroir, d'un retour au monde de la joie, un monde sans véritable référence extérieure, un monde romanesque que Cendre rejoint en pénétrant à l'intérieur d'elle-même :
« Elle poursuit sa lecture tout en se butinant de l'intérieur, relève sa jupe et se caresse les jambes jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent. Ses lèvres remuent car elle aime lire avec les doigts, murmurer les personnages, au bout de quelques pages son visage s'apaise. Elle vient de pénétrer dans le roman. »
La difficulté de la lecture vient sans doute de ce que le héros est une femme (Cendre), et que l'on a souvent envie d'y voir l'auteur lui-même.
Quoi qu'il en soit il s'agit avant tout d'un roman narcissique, un roman du narcissisme, dont on sait qu'il est un désir de retour à l'intérieur de la mère. Et si l'on y fait bien attention on ne trouvera pas innocent que Franz le cousin de Cendre puis son mari qui est en même temps l'amant du père (Marcel) vieillisse deux fois plus vite que Cendre comme si ce pseudo-fils devait rattraper le père dans le temps tout en gardant la mère en état de jeunesse, parce que Cendre n'est sans doute qu'une autre figure de la mère - de la vraie mère celle qui s'appelle Re-née. Comme si ce pseudo-fils était celui qui rendait possible l'éternelle jeunesse de la mère. Celui qui permet la légèreté de la mère - une mère à la fois putain et vierge de toute pesanteur. Ce qui permet au fils de nier la paternité du père et d'affranchir sa mère de la honte qui l'a fait bâtard. Rouerie du déplacement c'est bien le pseudo-fils (Franz) qui une fois initié (sodomisé) par le père (Marcel) le rejettera.
On est loin d'une histoire folle ou d'un pur « délire » et l'attitude de Spielberger criant
sur Internet qu'il est une malheureuse victime du mauvais goût des éditeurs - de l'institution, du père.... - pour le roman d' « élevage » - l'expression est de lui !!! est aussi à analyser dans cette perspective, ce qui donne à son livre une toute autre dimension (involontaire sans doute, inconsciente sûrement) et par là même - et non par la seule nouveauté de son style - le rend encore plus intéressant.




Penvins
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