Exigence : Littérature



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Un grand ratage

A propos de Tigre en papier

D'Olivier Rolin

Le Seuil 2002

Un grand ratage? Bon il a raté le goncourt, mais est-ce vraiment un ratage! Bernard Quiriny sur chronicart.com écrit qu'Olivier Rolin a raté sa réflexion sur la transmission et l'héritage politique, il me semble que c'est totalement se méprendre sur le roman qui dit précisément que la transmission est impossible, il n'y a pas eu de transmission, il n'y en aura pas, en tous cas pas pour Olivier Rolin qui reste un romantique de la Cause du peuple. S'il y a un ratage il est là, dans ce romantisme, cette fidélité à un idéal révolutionnaire sans issue.

Non seulement il n'y a rien à transmettre, pas même les leçons de l'échec, le passage des générations se fait par opposition et non par transmission, celle de la Cause du Peuple se voulant pureté par opposition à la génération de la collaboration, tout le sens de cette minable folie se trouve là, d'une certaine façon dans le refus de l'ambiguïté de la France de 39-45.

La génération de la fille de Treize n'a plus le sens du péché, ne comprend sans doute pas la signification qu'il faut accorder à Chris celui qui "immortalise", elle ne peut comprendre le sens du sacrifice ni cette volonté de nivellement, ce rejet de la beauté d'une génération encore profondément catholique et honteuse de la collaboration. Olivier Rolin qui le sait et le dit prétend que le mot héros vient du fin fond de l'histoire humaine, du moment où l'homme s'affranchit des dieux, peut-être, mais justement le héros disparaît lorsque ce moment est passé, lorsque l'affranchissement est réalisé et c'est pourquoi la fille de Treize et sa génération avec elle n'a plus besoin de héros, qu'elle est - tout au moins de ce point de vue - devenue adulte.

La pureté des positions de classe, celle du corps elle ne sait pas ce que c'est, les idéaux de pureté aujourd'hui se sont déplacés du corps à l'environnement, la peur du corps a laissé la place à la peur de la mort - au tout sécuritaire, il n'y a plus de héros, mais il n'y a plus non plus de honte.

Ce qu'Olivier Rolin donne à voir, c'est l'atmosphère d'une époque, il nous la rend sensible, il se trompe peut-être dans son analyse, son regard est sans doute personnel, mais n'est-ce pas ce que l'on demande à un écrivain, la réflexion de l'écrivain sur sa jeunesse n'a aucune importance, ce point de vue est celui du politique voire de la philosophie en aucun cas celui de la littérature.

Voilà pourquoi le livre d'Olivier Rolin me semble tout à fait réussi, il n'analyse sans doute que partiellement - partialement - son époque, mais ce dont il nous fait part, c'est de son expérience à lui, de sa rage de ne pouvoir transmettre les valeurs auxquels il croit encore, malgré son dépit: Votez Vert si ça vous chante les enfants. Votez pour la salade. Moi, je vote Pouchkine, merde! n'a-t-il pas mis le doigt sur ce qui le sépare de la génération d'aujourd'hui!

On peut attendre une chose qu'on n'espère plus, c'est même exactement ça qui est humain, à mon avis. Je sais de quoi je parle. Et j'ajouterais que l'humain, c'est ce dont parle la littérature, les idées il y a suffisamment d'endroit pour les dire. C'est pourquoi ce ratage me semble une vraie réussite et ce témoignage pathétique un vrai bonheur littéraire.

Penvins
e-litterature.net©

11/11/2002