Exigence : Littérature



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Pierre Senges

Pierre Senges
Ruines-de-Rome

Verticales 2002

Etrange et délicieux bouquin que ce Ruines-de-Rome. Un vrai livre d'écrivain littéralement secrété autour d'une seule idée : exploiter à fond les ressources du vocabulaire botanique, dans sa version populaire. Ces plantes qu'on appelle herbe-aux-gueux, sceau-de-salomon (herbacée de la famille des liliacées), désespoir des peintres (saxifrage), cheveu-de-Venus (adiante ou capillaire), ou ruines-de Rome (nom vulgaire de la linaire cymbalaire) etc. Un vrai trésor de langue et de poésie, voire d'humour que l'on se réjouit de trouver en libre accès tout au long des pages.

Mais il lui fallait un thème à notre écrivain pour décliner son encyclopédie universelle de la flore et c'est…l'Apocalypse qui lui fournit. Ayant exploré mentalement différentes formes de séditions, il décide d'être le maître d'œuvre d'une apocalypse végétale. Insidieuse, lente, elle va soulever le monde entier, celui des villes en tous cas, au fur et à mesure des plantations du héros du livre, transformé en jardinier adventice (plantes adventices : mauvaises herbes). L'idée lui est venue en voyant fructifier à deux pas de chez lui le noyau d'une pêche de vigne qu'il avait enfoui entre deux pavés : "j'ai eu tout le loisir de voir l'arbre paraître, germer, pousser, soulever même le goudron, frotter sa tige contre une balustrade [...] Voici mon eurêka, ma conversion : ce goudron soulevé, ces pierres délitées, ces lézardes visibles contre la façade d'un immeuble tout proche. [...] Depuis ce jour j'envisage ma Fin de Temps – la fin de la ville – sous l'aspect de broussailles, de ronces et de jardins".

Et de se faire donc semeur de mauvaises graines et de mauvaises herbes, partout, dans les jardins privés ou publics, sur les balcons dûment ensemencés à l'aide de crachats porteurs de graines bien ciblés, au pied des immeubles. Une improbable aventure se noue même par plantes interposées avec une voisine qui n'a rien de séduisant mais dont il fait la patiente conquête.

C'est souvent très drôle (on soupçonne l'auteur d'avoir mêlé des noms de son cru aux noms véritablement usités), parfois un tout petit peu systématique et l'on se prend à regretter que le récit n'ait pas été élagué (mais un jardinier adventice n'aime sans doute pas élaguer). On suit la progression simultanée du héros, de ses plantations et de ses relations avec la voisine. Le tout semé d'allusions érudites aux Ecritures, à la mythologie, aux usages médicinaux des plantes. Savoureux.

Florence Trocmé

27/05/2002