Exigence : Littérature



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A la rencontre des contraires, l’écriture nous emporte

A la rencontre des contraires, l’écriture nous emporte



A propos de « Celui qui dit les mots avec sa bouche », de Dominique Sampiero, éditions L’Arbalète/Gallimard



De qui je parle, et quelle est la langue que je prononce, quand, de ma bouche ouverte, je dis, ou je lis ? De qui je parle, assis à ma table, penché sur la feuille blanche ? En quelles rencontres se loge le parcours intérieur de l’écrivain : rencontre avec l’autre, avec lui-même, à travers l’autre avec lui-même, à travers lui-même avec l’autre ? En quelles alchimies mystérieuses se niche le besoin impérieux d’acheter le papier, d’alimenter d’encre le stylo et d’écrire en mots plus ou moins vains. Est-ce de l’écrivain qu’il s’agit ou de l’écrit vain ? Les mots se bousculent, une vomissure noircit à jamais la page, une lave incandescente monte de la profondeur pour souiller la page de mots alignés dans leur mystère étincelant. L’écriture, comme plongée à l’orée du désir, « irradiation d’une présence au monde ». Ecriture, émonctoire de l’âme en partance vers des rives insoupçonnées et soumises au regard inquisiteur du lecteur. Regard inquisiteur parfois, ou bien veillant aussi, ou critique, souvent. Dans sa mise en abîme, il côtoie le vertige de celui qui écrit, de celui qui dit les mots avec sa plume. Le miroir se tend quand il dit les mots avec sa bouche et qu’il devient l’acteur, celui qui transcende l’écrit en sonorités éclatantes ou intimes. Rupture, rupture qui va du silence de celui qui écrit à la voix de celui qui dit. Rupture jusqu’au vertige qui de page en page conduit au voyage intime. Voyage intime au bord du désir, écoulement de la sève vitale au gré de pages dont il ne faut rien chercher de rationnel. Car l’amour, le désir, et l’écriture sont avant tout rencontre charnelle entre l’être et lui-même. De cette rencontre charnelle naît l’amour vertigineux qui effleure la vie et la laisse vacillante, au carrefour de la lecture.



« La poésie chuchote le lieu. Mais l’arbre aussi. L’insecte. Le caillou. Le nuage. L’eau. Le feu. L’abeille et le pollen. Tous chuchotent les uns dans les autres et continuent de pleurer, de se croire seuls, séparés, abandonnés, jusqu’au moment où le lieu à nouveau les traverse, puis se traverse lui-même. Genèse et apocalypse se sourient. Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et celui qui s’est plu, un jour, à créer le Ciel et la Terre ! Dehors celui qui dedans se tait puis tout à coup s’exclame et parle à notre place par notre bouche. Dehors celui qui se trompe pour aimer l’homme dans son erreur et toute présence dans son envers. Dehors enfin tout le dedans et sa Toute Splendeur de vacuité. »



En la vacuité, l’écriture est au carrefour des contraires, quelque chose qui se noue en l’âme de l’écrivain, son écrit lui survit dans les songes du lecteur. Etrange alchimie des mots en vérité qui vous transportent, qui, à la lecture, vous semblent des ports inabordables, et deviennent tout à coup, quand la plume s’agite à son tour sur la page, des havres où puiser l’essence de notre humanité. On se laisse alors bercer par ce rêve qui nous traverse des origines à nous-mêmes, chaque page tournée s’inscrit en lettres de feu dans nos aridités désertiques. Chaque livre devient de la sorte le livre à lire pour notre survie.



Xavier Lainé

Liège, 23 février 2004