Exigence: Litterature

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Littérature francophone

Le point de vue de Sébatien...


A propos de "la littérature française est à l'agonie".

Je commence par commenter les arguments avancés :

1) "Finalement il y a un nombre abusif d'écrivains français, qui oublient que Proust - le maître - est né avant eux." Et Proust était bien téméraire d'oser écrire alors que Baudelaire - le maître - était né avant lui. Sans parler de Racine. Et de Virgile. Et d'Homère. Etc. Etc. Un bon écrivain, c'est bien connu, est un écrivain mort.

2) Les écrivains français sont trop "narcissiques".
Je ris lorsque je lis "déballage narcissique", car c'est précisément la critique qu'on adressait à Proust lorsqu'il publiait (après beaucoup de difficultés) Du côté de chez Swann. "Nous n'avons que faire de savoir que Proust s'est longtemps couché de bonne heure." Non, ma chère Irma, ce n'est pas un bon sujet qui fait un bon livre, ni aujourd'hui ni du temps de Proust.

3) "On voit en France de plus en plus d'écrivains qui sont en fait des intellectuels qui écrivent." D'abord cela me semble moins vrai aujourd'hui qu'aux beaux jours de Tel Quel. Ensuite, ma chère Irma, des intellectuels qui écrivent peuvent très bien être de très bons romanciers : Diderot ou Musil, pour ne citer que des écrivains morts.

Ces trois arguments sont dogmatiques : ils supposent qu'on a décidé une fois pour toute ce que devait etre la litterature et ce qu'elle ne devait pas etre. Moi je ne sais pas ce qu'elle doit etre. J'essaye de comprendre ce qu'elle est, ce qu'elle devient, et ce que ça peut m'apporter.

4) "La France littéraire est en train de s'asphyxier lamentablement".
Cherchons des signes objectifs de cette asphyxie : y a-t-il de nouveaux livres publiés ? Ces livres sont-ils originaux, novateurs ? la littérature française est-elle lue ? Fait-elle l'objet d'études et de critiques ? Est-elle traduite à l'étranger ? A toutes ces questions, je pense qu'on peut répondre oui. Beaucoup plus facilement, par exemple, que pour la littérature allemande ou russe.

Une chose sur laquelle nous allons tomber d'accord, c'est que la littérature française ne peut plus se croire auto-suffisante comme autrefois. L'influence de la littérature américaine, portugaise, italienne, asiatique sur la notre est de plus en plus évidente. Non seulement par le biais d'écrivains étrangers qui choisissent le français, mais aussi des Français d'outre-mer (l'immense Edouard Glissant, admirateur de Faulkner) et par la traduction.

Maintenant je donne mon avis : ce qui me parait intéressant et nouveau dans la littérature française contemporaine. Entre 1950 et 1980, disons, la grande nouveauté c'est le nouveau roman. Sarraute, Simon, on pourrait sans doute ajouter Beckett et Duras qui s'en rapprochent. On peut dire que c'est une déconstruction du récit, une tentative de répondre au "soupçon" qui planait sur le roman depuis la fin de la guerre. Malgré quelques belles réussites, le nouveau roman n'a pas vraiment survécu à sa génération. Finalement ce qui a porté des fruits, c'est un mouvement qui s'est déroulé parallèlement et pour ainsi dire en sourdine : l'Oulipo, avec les figures marquantes (en France) de Queneau et Perec. Le but n'était pas de faire éclater le récit pour mieux s'approcher du réel, mais de faire éclater le réel pour mieux comprendre le récit. Ca c'est assez passionant, et ça nous ramène directement aux Mille et une Nuits, au mystère de la narration, de l'imagination. Echenoz, Toussaint, N'Diaye, Volodine, en voilà des auteurs à lire, c'est pourtant pas ça qui manque.

Sébastien CLERC


REPONSE D'IRMA