Exigence: Litterature

Exigence: Litterature
      ACCUEIL
      Rechercher
      Anciens éditos
      Réagir
      La théorie
      Vos Textes
      Bibliographies
      Concours et Prix
      Manifestations
      Vos publications
      Espace Critiques
      Livres en ligne
      Devenez Critique
      Liens
      Lettre d'info
      Recommander
      Mon Libraire
     

Proust, Baudelaire...

Suite...


Je commence par commenter les arguments avancés :

1." Et Proust était bien téméraire d'oser écrire alors que Baudelaire - le maître - était né avant lui. Sans parler de Racine. Et de Virgile. Et d'Homère.... " Proust a donné par La Recherche un mode d'emploi pour lire et écrire. Les plumitifs de la littérature écrivent eux sans savoir que Proust a écrit probablement parce qu'ils ne l'ont jamais lu. Qu'ont-ils lu, je me le demande ?Depuis Proust il y a un avant et un après. Ceux qui font semblant d'écrire font de l'après-Proust en rase-mottes. De la copie, de la photocopie devrais-je dire. D'où la toute petite littérature qui s'étend et se répand. On ne peut plus écrire comme si Proust n'avait pas existé. Il ne suffit pas d'avoir des états d'âme pour écrire ; ni une écriture hachurée pour faire de la dissection du Je ou encore de tenter de pulvériser le Je dans le rien.

2." Je ris lorsque je lis " déballage narcissique " car c'est précisément la critique qu'on adressait à Proust..." La Recherche n'est pas un déballage narcissique elle est une intimité amoureuse, une introspection du Je vacillant, un déploiement dans le fragment, un hologramme monumental... Comparé le narcissisme à la petite semaine de certains auteurs à l'exploration proustienne montre bien que Proust n'est lu qu'à la surface et non dans toute sa stratification qui est immense. La polysémie proustienne est insondable.

3." Des intellectuels qui écrivent peuvent très bien être de très bons romanciers : Diderot ou Musil ". Disons que je laisse passer étant donné que la moquerie est évidente. Je tiens tout de même à ajouter que Diderot que vous avez exhumé du XVIIIe siècle était avant tout: encyclopédiste, traducteur, critique d'art, dramaturge, historien avant que d'être romancier. Musil était bibliothécaire avant de se consacrer exclusivement à l'écriture, ne déraillons pas Sébastien pour chercher des intellectuels où il n'y en a pas. Par exemple Sartre n'a pas passé la rampe comme romancier, il écrivait pour faire une démonstration et cela sentait le labeur de l'intellectuel. Il a tout de même écrit Les mots qui est une merveille. Je dirais la même chose pour Camus : démonstration d'une théorie mais les qualités littéraires je ne les vois pas. Dominique Fernandez est un intellectuel qui a mon sens traverse admirablement le projet littéraire. Je pense que Roland Barthes aurait aimé franchir le Rubicon de l'intellectuel au romancier. Il n'a pas pu le faire, il s'en savait incapable. Nous lui devons en revanche Fragments d'un discours amoureux qui est une oeuvre étonnante.

Ces trois arguments sont des sophismes : ils supposent pas grand-chose. Je n'ai jamais prétendu que je savais ce que devait être ou ne pas être la littérature ; je n'ai fait que montrer mon ennui face à un type de littérature qui commence à me faire perdre patience - car ce type prend toute la place. Toute la place ça veut dire prendre même la place qui ne lui revient pas.

4. " Je pense qu'on peut répondre oui ". Tant mieux pour vous, moi je réponds que je ne sais plus. On ne m'offre plus de critiques on m'offre plus que du tout cuit " mâchouillé " ou à chaque jour le livre du lendemain défait le livre de la veille. On ne me parle plus de littérature on me parle de chiffres de vente. On ne me parle plus de littérature, on me parle des nouvelles stars de la littérature et de leur goût pour et patati et patata... On n'analyse rien on donne l'humeur sur ceci et cela en littérature. Comment s'y retrouver dans ce grand fatras ? Vous êtes obsédé par la nouveauté à tout prix, à n'importe quel prix. Moi je ne suis pas de cette eau-là. Vous êtes un excité moi une viscérale. Excitez-vous avec vos nouveautés originales si cela vous chante moi je retourne viscéralement à mes écrivains morts qui ne sont pas morts pour moi, à certains écrivains français qui ne font partie d'aucun club sélect et aux écrivains contemporains étrangers (Allemagne, Autriche, Espagne, Portugal, Amérique centrale, Amérique du Sud, Amérique latine) qui me dérangent et m'ébranlent.

Un mot en terminant sur Oulipo. Mais vouliez-vous vraiment me parler d'Oulipo ou plutôt me dire à mots couverts que la littérature c'est chez Minuit que ça se passe. Ah ! Les éditions de Minuit et Les Milles et une nuit il fallait y penser. Pas mal ! comme pirouette. Une autre pirouette aussi qui est pas mal : me sortir la littérature d'outre-mer (la martiniquaise) pour défendre la littérature de France.


Irma Krauss

QUI AJOUTE CECI:

Sébastien,

Force est de reconnaître que vous êtes peut-être tout sauf un excité. Cela dit, je me suis empressée de lire deux des auteurs cités par vos bons soins. Me parler des

Milles et une nuits a eu sur moi un effet si stimulant et roboratif que j'ai été me promener chez Minuit. J'ai donc lu deux Echenoz et deux Toussaint.

Je ferai donc un petit quelque chose sur le bel " Autoportrait ( à l'étranger) " de Jean-Philippe Toussaint. Qui m'a fort plut !

Je vous dois bien cela.

Irma Krauss

REPONSE DE SEBASTIEN


INTERVENTION DE FREDERIQUE