Exigence: Litterature

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Littérature

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Chère Irma,

je vous trouve avec Sébastien un peu dure et même quelque peu intransigeante... Pardonnez-moi, mais quand les mots vous manquent, et alors qu'il suffirait de répondre que vous ne partagez pas la même opinion, que vous n'avez pas les mêmes goûts, il me semble que vous vous armez des armes les moins efficaces : la pugnacité, voire l'invective. Cela ne nous donne aucune réponse, vous l'avouez vous-même, vous pratiquez le sophisme.

C'est vous qui avez ouvert la discussion sur la littérature française contemporaine, ne regrettez donc pas que l'on puisse avoir une autre position que la vôtre. Vous savez écrire, chère Irma, mais ne reprochez pas aux autres ce que vous pratiquez ici. Il ne suffit pas d'avoir des états d'âme pour écrire...

Bien sûr, vous avez raison quand vous dites que l'on ne peut attribuer de mérite littéraire (je ne sais pas quelle autre expression employer) au nombre de tirage et au regard des ventes. Et je vous crois exigeante. Mais cela ne règle pas notre problème. QU'ATTENDEZ-VOUS DE LA LITTERATURE ? J'ai cru comprendre du plaisir, de la jouissance, de la vibration à la fois physique et intellectuelle. Vous êtes une intellectuelle, votre sport, c'est donc un déchargement neuronal. Mais si votre approche est sensible, ne nous faites pas passer des impressions subjectives pour autre chose.

Pour ce qui est de Proust... le malheureux... vous dites : La Recherche n'est pas un déballage narcissique. Je vais vous choquer mais je vous répondrai : bien sûr que si. Tous les spécialistes de Proust vous le diront, l'écriture, l'art pour Proust est absolument subjectif. On ne parle donc que de ce que l'on croit, que de ce que l'on pense, que de ce que l'on voit, l'activité est quand même bien plus narcissique qu'une partie de tennis, écrire est une activité égoïste, égocentrique même. Ecoutez ce que dit Duras au sujet de Proust :

" Proust m'a appris la gravitation de l'esprit autour d'un axe unique qui est la conscience de l'auteur, et qu'à cette seule condition le monde créé tourne. Que si l'écrivain juxtapose à sa propre conscience une fausse conscience dictée ou apprise, son entreprise non seulement manque d'harmonie, mais elle ne rend compte de presque rien. " [M. DURAS, entretien avec Pierre Dumayet, Un siècle d'écrivains]

Donc, oui. La Recherche est une recherche égocentrique, qui ne dit rien du monde que ce qui est vu à travers la semi-transparence d'un verre qui ne reflète que soi qui voit. Il n'est que lui qui voit, que lui qui croit, que lui qui se fait des idées sur les gens. C'est en cela que Proust nous apprend qui nous sommes, et c'est en cela qu'il nous apprend à écrire. 

Oui, la Recherche est un déballage narcissique, oui l'écriture est un déballage narcissique, rien d'autre n'est vrai. Vous ne pouvez donc pas détruire la littérature que vous n'aimez pas en disant qu'elle est narcissique, et que donc elle n'existe pas, qu'elle ne dit rien. On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas (M.D.)

Ainsi donc : le sujet de Proust, c'est Proust, le sujet de Valéry : Valéry, le sujet de Céline : Céline, etc. Et là où il y a texte, là où il y a littérature, c'est quand quelque chose là dedans nous parle de nous, et dépasse cette écriture narcissique, qui est l'écriture. Je vous choque, je le vois, je le sens. Mais qu'est-ce qu'un hologramme monumental ? Une réflexion fausse de soi, mais faite à partir de soi. C'est un désir de se projeter soi hors de là, hors de soi. Si je m'arrête de parler, que restera-t-il ? Est-ce que les mots parleront encore si je m'arrête de parler ? La question est valérienne. Elle mérite d'être entendue. On a beau dire que ça nous vient du dehors, ça revient toujours quand même refléter quelque chose en soi. Et quand ça ressort, c'est comme une image trouble, oui, vous avez raison, troublée même, mais le jeu est fait par moi quand même toujours.

Bien à vous.

Salut amical à Sébastien, qui ne doit pas s'offusquer... au contraire.


Frédérique.