Exigence: Litterature

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Littérature

Réponse à Irma...


Je vous trouve bien sévère Irma, tout d'abord permettez-moi de vous faire remarquer que de grands romanciers il n'en existe pas plus de 4 ou 5 par siècles et encore! Et que ce n'est pas parce que l'édition nous abreuve de produits qui se prennent pour de la littérature que la littérature n'existe pas. Je crois que pour construire une oeuvre il faut du temps et que pour que le public la découvre il en faut encore plus. Je crois aussi qu'elle existe tout autant aujourd'hui qu'à l'époque de Gide ou de Mauriac et qu'elle nous réserve peut-être des surprises d'une tout autre qualité.


Et puis vous oubliez quand même quelques écrivains qui sont encore vivants comme Julien Gracq ou qui sont morts depuis peu comme Albert Cohen, Marguerite Duras sans parler de Nathalie Sarraute que vous classerez sans doute parmi les écrivains venus d'Europe de L'Est .

Il est vrai qu'il y a peut-être eu un trou de génération entre ceux-là et ceux qui émergent aujourd'hui, trou dû à un double phénomène historique: la honte de la génération collaboratrice et son revers la déferlante de la société de consommation dont nous ne sommes pas tout à fait sortis. Cette génération-là tenta de refonder la littérature en oubliant le réel et même en le niant (voir Robbe-Grillet et Jean Ricardou p. e.) mais en même temps construisit un formidable appareil théorique qui n'est pas entièrement à jeter.

On nous fit croire ensuite que la littérature c'était P-L Sulitzer, mais qui y crut vraiment? Est-ce que la littérature avait totalement disparu? De ces années-là restent Sollers, Echenoz, Jean Rouaud, laissons le temps y regarder de plus près, la littérature de France avait besoin d'une re-fondation et chacun sait que l'on ne reconstruit pas sans détruire, le problème viendrait plutôt que l'on ne reconstruise pas sur du sable, je veux dire sans avoir été chercher la roche profondément dans le sol, de ce point de vue il reste sans doute du travail à faire. Celui de Duras mais aussi celui d'Angot travail d'interrogation sur le père et la relation au père, et d'Adely, travail de recherche de racine me semblent amorcer quelque chose, de même que celui de J Rouaud plus conforme sans doute à l'idée que l'on a pu se faire (que certains peuvent se faire) de la littérature mais aussi de celle que l'on voudrait se faire d'un peuple qui n'aurait pas succombé aux sirènes de la collaboration et pour cette raison travail qui me semble inabouti.

Ne prenons pas les lecteurs pour plus bêtes qu'ils ne le sont, même si les plus jeunes d'entre eux succombent aux charmes de quelques produits vendus sous cellophane, je crois que le plus dur est derrière nous, bien sûr la masse des lecteurs lit de la littérature de masse en croyant lire de la littérature, mais ce n'est pas là le vrai sens de ce que vous prenez pour un recul de la chose littéraire. Encore une fois, l'Europe se refonde, il y a eu un choc qui a mis à bas plusieurs siècles de certitudes, la culture issue de la Renaissance s'est effondrée, Marx et Levy-Strauss ont remplacé Homère et Virgile. Mais grâce à ce décentrage ceux qui ont connu la culture classique et ne l'ont pas totalement oubliée sont plus en mesure de percevoir les perspectives. Il faut maintenant que nous nous réapproprions notre passé avec courage, non pour ce que l'on aurait voulu qu'il ait été mais pour ce qu'il a été réellement, que l'on reviennent sur les obstacles qui nous ont fait nous engager un temps sur les chemins de la haine et du crime - c'est pour cela que je considère la lecture de Céline et particulièrement du Céline d'après-guerre pour essentielle: parce que l'obstacle est toujours devant lui, qu'il ne le voit toujours pas et continue à chercher des boucs émissaires (Quitte à ce désigner lui-même comme tel!!!).

Ce qu'il faut démasquer aujourd'hui ce n'est plus le crime mais les causes du crime, non le violeur mais le mécanisme du viol, non le père incestueux mais le mécanisme de l'inceste et de ce point de vue je crois que l'on a fait des progrès et même si l'on assiste bien sûr à des phénomènes de repli on commence à se re-confronter aux démons et donc à recréer des univers.

Voilà pourquoi je crois que la littérature n'est pas morte en France, elle se refonde et si en attendant elle fait appel à des écrivains étrangers, c'est qu'elle n'a pas encore totalement trouvé comment affronter ses cauchemars. Cela dit je partage votre souci de ne pas confondre la littérature avec les idées, c'est même la définition de ce site.


Penvins