Exigence: Litterature

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Littérature

Réponse d'Irma


Sévère, dites-vous? Vous avez probablement raison. Cependant, il me semble que nous ne sommes pas, vous et moi, sur le même territoire lorsque nous parlons de littérature. Je parle en ce qui me concerne du roman et de l'écriture comme création littéraire.



J'aime la littérature et j'ai un immense respect pour les écrivains. Je dois également ajouter, que pour moi, lire est devenu par la force de choses, un lieu de résistance, un lieu de guerrière. Je m'y entends fort peu dans le refoulé ou le retour du refoulé d'un peuple et de ses écrivains - vous possédez Penvins cette capacité de pondération et de lucidité que je ne possède pas pour entrer ce type d'analyse. Elle est fort appréciable, j'en conviens. Ce qui m'intéresse, en revanche c'est l'ontologie. En ce sens lire n'est pas un acte innocent, si j'étais très provocatrice - tiens, je crois que je le serai : j'oserais dire que lire c'est d'une certaine façon prendre possession du monde par et à travers les mots. On ne peut s'approprier que ce que l'on peut nommer.

Ce qui me rend si perplexe dans la littérature actuelle c'est son côté sans strates. Je veux dire par-là que lire ne laisse rien, lire devient un passe-temps. Si je lis et que je ne suis pas traversée, je peux certes avoir passé un bon moment, évidemment lire peut-être un moment agréable ... mais pas uniquement cela. Je pourrais tout aussi bien passer un bon moment soit avec des amis, soit en jardinant, soit en allant au cinéma, soit en visitant une exposition... Alors la question qui se pose est la suivante pourquoi prendre la peine d'ouvrir un livre et d'y passer des heures et des heures en tête-à-tête avec un auteur qui me fait la conversation. Je répondrais parce que le monde n'est pas donné et qu'un véritable écrivain m'aide à déchiffrer, ce que moi je ne saurais voir ou sentir ou encore parce qu'il me permet de constater que ce que je vois, je ne suis pas seule à le voir ou à le sentir: donc il me sort intempestivement de mon exil - nous sommes d'ailleurs tous plus ou moins des exilés de l'intérieur. Ainsi je crois que la rencontre d'un écrivain et d'un lecteur est parmi les choses les plus belles qui soient.

Serais-je la même si je n'avais pas fréquenté Proust, Cohen, Cioran, Céline, Mishima, Montherlant, Duras, Sarraute, Yourcenar, Dostoïevski, Thomas Bernhard, Zweig, Musil, Hermann Hesse ... (n'en jetons plus la cour est pleine) ? Sûrement pas, puisque je les porte en moi et qu'ils reviennent à un moment ou un autre me submerger par une image, un mot, une phrase, un je-ne-sais-quoi parfois d'incongru qui me laisse songeuse. Voilà de quoi, il s'agit lorsque je parle de littérature - un palimpseste inépuisable en soi. Le reste, le résiduel - ce qui n'est pas la mise en forme esthétique d'une descente dans les forces obscures de l'être avec le mot comme outil convoquant l'être au monde - me semble tout au plus joli. Mais ce n'est pas ce que j'attends de la littérature.

Et en terminant, je vous avoue que je ne crois pas comme vous que de bons romanciers il en existe que 4 ou 5 par siècle - à mon tour de vous dire amicalement que vous êtes sévère. Parfois il suffit d'un livre, un seul roman, d'un écrivain - pas nécessairement une oeuvre - pour qu'arrive la déflagration.

Pour faire oublier mon insolence primesautière, je dirai en ce qui à trait à la littérature française actuelle que Dominique Fernandez, Olivier Rolin, François-Olivier Rousseau, Pierre Michon, Michel Houellebecq, Serge Doubrovsky, Philippe Le Guillou font honneur au mot écrivain. Il en existe sûrement d'autres ...


Irma Krauss