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Nés deux fois - Giuseppe Pontiggia
par Alice Granger

Alice GRANGER-GUITARD

Editions du Seuil.

 

 

 

L’intérêt de ce roman n’est pas seulement de mettre en lumière combien l’arrivée d’un handicapé met en question l’équilibre d’une famille et de la société.

Bien plus, ce roman met en relief le fantasme de la famille et de la société de faire de l’enfant et du handicapé qui est comme un enfant encore plus immature ce qu’ils veulent qu’il soit. Fantasme de faire un enfant idéal, parfait. Fantasme de faire disparaître le handicap. En vain. Le handicap résiste. L’enfant handicapé ne coïncide jamais avec l’image normale attendue, malgré les techniques de rééducation qui peuvent être entendues comme du maternage.

L’intérêt de ce roman réside dans la résistance à l’œuvre, qui semble ne pas être seulement celle du handicap, mais aussi celle de l’enfant au maternage rééducatif. L’enfant différent trouve, tout seul, des moyens de satisfaction et de réalisation qui ne sont pas ceux prévus par l’entourage et la société. Il est étonnant.

Elle est judicieuse, la réflexion de ce médecin spécialiste, qui dit que, même sans toute cette rééducation, l’enfant handicapé serait arrivé au même résultat. Ce qui me semble critiqué n’est pas tant toutes ces techniques mises à l’œuvre dans l’esprit de vouloir du bien à l’enfant, que le fait que celles-ci devancent systématiquement la demande, le désir, l’initiative de la part de l’enfant. Tout se passe comme si une mère présentait systématiquement un biberon plein à son nourrisson avant qu’il ait faim. Peut-être problème de notre société de plus en plus maternante, mais encore beaucoup plus criant dans le cas d’un handicapé.

Alors, le bien qu’on peut faire à un handicapé ne serait-il pas de le laisser advenir à la faim, à la demande, à l’initiative, à son propre rythme, et à ce moment-là d’être présent pour y répondre et le faire naître une deuxième fois ?

A la lumière de cette autre perspective, la position très différente du père et de la mère à l’égard de l’enfant handicapé dans ce roman est très intéressante. Tandis que la mère est très maternante, le père, bien que toujours soucieux des meilleures conditions pour le handicap de son fils, est beaucoup plus distant. Mais cette distance ne laisse-t-elle pas le temps pour son fils d’advenir à la demande, à l’initiative, à l’invention  et même au risque formateur ?

 

                                                                      

Alice Granger-Guitard

le 07/03/2002

 

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