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A fond dans la descente - Thierry Geffroy
par Catherine Nohales

Voici un auteur que je ne connaissais pas du tout et je dois dire que je ne regrette pas mon choix.

Ce recueil, publié par les éditions Le Manuscrit, est un recueil de nouvelles très courtes et très sobres. Elles vont d'une page minimum à cinq ou six maximum. Pas plus.

Thierry Geffroy nous parle en termes simples - mais pas simplistes - de la vie d'aujourd'hui, d'hommes et de femmes malmenés par l'existence et qui, petit à petit, perdent pied dans un présent flou aux repères vacillants.Tout s'effrite autour d'eux et leur identité, leurs certitudes s'effondrent comme chateau de cartes...

La solitude pathétique ou bien rugueuse orchestre cet ensemble de nouvelles très bien écrites dont certaines sont de vrais petits bijoux. Je pense notamment à "Un souffle d'amour" qui est ma préférée.

Dans ce texte, un homme regagne son domicile où l'attend Jade, une femme douce et nullement contrariante. Paul, le piètre héros de cette nouvelle, est, quoi qu'il en dise, englué dans une solitude sans fond. Il médite, Paul; il songe à ses nombreuses conquêtes vite oubliées et dont il n'a pas supporté les défauts. Tout en rentrant chez lui, il énumère les qualités de Jade dont le prénom évoque sans peine une créature exotique et conciliante. C'est un homme égoïste, empêtré dans ses contradictions.

Paul m'a mise mal à l'aise. Les moindres de ses gestes sont calculés, dénués d'amour, de folie, d'imprévisiblité. Tout n'est que carcan chez cet homme médiocre aux habitudes de petit vieux. C'est un être désincarné à qui la générosité fait peur. Sa façon de faire l'amour, mécanique, ses rituels avec ses chaussures André en font un personnage au mieux pathétique au pire antipathique.

Thierry Geffroy m'a bluffée dans cette nouvelle! J'ai vraiment beaucoup aimé sa façon de semer les indices sur Jade dont j'ai cru longtemps qu'elle faisait partie de notre monde. Il écrit en virtuose, distille les informations qui nous obligent à relire le texte autrement ! Tout s'éclaire jusqu'au hurlement final de Paul.

Dans ce texte comme dans tous les autres, l'auteur use d'un style concis, sobre, qui claque. En quelques lignes ou bien en quelques pages, il nous donne à voir les déchirures, le désarroi d'individus déboussolés par le monde contemporain, déboussolés jusqu'à la folie. En effet, la folie, la dépossession de soi sont les thèmes de la dernière nouvelle. Folie née de l'abandon donc de la terrible et toujours présente solitude...

Les images sont simples et belles. Voici un extrait de "De l'absence jusqu'au bout des ongles":

"Dommage parce que je ne vais plus pouvoir m'arracher la peau. J'aime bien faire des gravures avec mes ongles, dessiner des volcans, des rivières, creuser des souterrains. [...]

Je fouille dans ma terre pour retrouver ma mère et ce n'est pas de ma faute.

La terre est profonde. [...]

La sobriété de la métaphore, la concision du style font de ce texte l'un des plus réussis du recueil. Quelques mots, des blancs typographiques suffisent à dire l'essentiel.


Catherine Nohales

09/2004

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