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Les Tueurs de la lune de miel - Paul Buck
par Catherine Nohales

Rivages/Noir -1999.

       Martha Beck est une infirmière éléphantesque dénuée de tout charisme, de tout sex-appeal. Moquée et peu respectée dans son travail, aigrie, elle s'abîme dans des revues à l'eau de rose, vivant par procuration des histoires d'amour que lui refuse la réalité. Ce tableau déjà sombre et pourtant si banal serait incomplet si l'on ne mentionnait pas la relation destructrice qu'elle entretient avec une mère possessive. Doucement mais sûrement, cette dernière a conduit sa fille sur le chemin de la folie. Les frustrations accumulées, les obsessions qui rongent ont construit une personnalité borderline, ont faussé son rapport au monde et aux autres qu'elle réifie.


"Tout en arpentant pesamment le trottoir, elle repensa à l'attitude méprisante de Jackson. Si elle ne pouvait pas avoir d'amours pendant le travail, ses infirmières non plus. Une seule fois un médecin lui avait fait du gringue, et cela remontait à l'époque où elle travaillait dans un funérarium. De toute manière, il était vieux et hors d'usage."

       Bunny, son amie, l'Américaine moyenne type, va forcer le destin en l'inscrivant dans un club de rencontres. Raymond Fernandez, un gigolo d'origine espagnole, répond à la missive:

"Il s'adossa à sa chaise et contempla son oeuvre, le sourire aux lèvres. A force d'entraînement, il avait acquis l'art d'écrire des missives attrayantes. Toutes les phrases que les femmes aimaient à lire et à entendre seraient incorporées dans la série de lettres à venir. Cela devenait une routine immuable."

       La rencontre a lieu, étrange, entre la femme obèse et excessivement sentimentale et le séducteur de pacotille.
       C'est la révélation... pour Martha. L'infirmière va connaître une série d'orgasmes entre les bras du "guerrier". Les jouissances qui épuisent Raymond le ligotent pour toujours à Martha Beck. En deux chapitres, le couple le plus improbable vient de se former. A la vie à la mort.

       L'histoire racontée par Paul Buck est vraie. Elle s'est déroulée peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale et figure, depuis, dans les annales du crime américain.

       Ce polar m'a vraiment plu en raison d'une écriture serrée, percutante. Tout est direct et nerveux dans ce récit. Les phrases s'enchaînent sans temps mort. On va à l'essentiel sans se perdre dans de longs passages indigestes. Cette "justesse brève" est une vraie réussite. Paul Buck brosse avec des mots simples mais idoines des portraits extraordinairement vivants et qui demeurent.

       L'architecture du roman redouble notre plaisir. Elle est simple mais fait sens. Chaque chapitre porte le nom d'un personnage car ce qui importe, c'est la plongée dans l'Amérique profonde, une Amérique loin du show-business rutilant.  Ces Américains sont ordinaires, vous et moi en somme. Pas de tueur en série tout droit sorti de l'imagination morbide du romancier. De plus, à la fin du polar, l'auteur nous donne des précisions sur les criminels, les faits qui se sont déroulés il y a près de 55 ans.
      
Passionnant.


Catherine Nohales
06/2004

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