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Le Postier - Charles Bukowski
par Catherine Nohales

Voici un auteur que je ne connaissais que de vue, comme beaucou

Je ne connaissais Bukowski que de vue, comme beaucoup : le comédien qui ne peut se séparer de sa « dive bouteille » mais pas l’auteur, l’écrivain.

Ma lecture du Postier fut une lecture tonitruante semée d'éclats de rire devant les déboires de Chinaski, le double malheureux de Bukowski.

Ce roman très largement autobiographique raconte l'Enfer sur Terre vécu par un cabochard. Ce dernier trimballe une vie de perdant, selon les normes en vigueur dans la vertueuse Amérique. Il boit énormément, fait l’amour tant et plus avec des compagnes de passage. Mais un jour, la Poste américaine l’engage. Commence alors une descente aux Enfers impitoyable.

Le narrateur croit avoir trouvé un travail vraiment tranquille, sans souci, qui lui permettra de mener une vie tout aussi tranquille à picoler et à copuler. C’est sans compter sur la faune qui l’environne : des crétins, des petits chefs aux exigences si absurdes qu’elles confinent au comique, des collègues sans ambition. Quel est donc cet univers que nous peint Chinaski ?

Le regard du narrateur est sans concession, impitoyable, tant sur lui-même que sur ses comparses. La Poste américaine déshumanise par son obsession de la rentabilité, abrutit des individus dont certains, pour échapper à cette machine à broyer, sombrent dans la folie. Le narrateur ruse, tente de lutter contre ce monstre kafkaïen au possible. Il s’enfonce dans l’alcool, connaît des aventures comiques qui frisent souvent le pathétique. Je pense notamment au passage où il se fait charger par des bisons alors qu’il se trouve au Texas. Il touche le fond sous les visages rigolards d’Américains moyens.

Chinaski brosse, tout au long de ses tournées au cours desquelles il accumule moult déboires, une galerie de clients tout aussi dingues que ses acolytes. Durant la distribution du courrier, épique lorsque la pluie s’en mêle, il rencontre des nymphomanes, des maniaques de l’heure qui surveillent la montre. Etonnante humanité qui n’autorise pas la moindre once d’optimisme, engluée dans la solitude et le ridicule. Les travers sont dépeints dans toute leur violence. Lecture sombre que celle de ce livre malgré le rire qui explose devant le sort qui s’acharne sur Chinaski. Il faut dire que parfois, il le cherche bien, donne un petit coup de main.

L’écriture de Bukowski, c’est du vitriol à chaque ligne, une crudité constante qui n’épargne personne. Inutile de recourir à l’enflure, à l’amphigourique pour évoquer la médiocre humanité. Tout est direct, sans bavure. L’argot s’impose pour raconter ces années sombres de misère. C’est une écriture coup-de-poing, extrêmement vivante, n’en déplaise à ses détracteurs. La faune humaine respire, prend vie sous nos yeux.

Mais une question demeure : cette écriture truculente, qui frôle bien souvent la facilité et une forme de paresse, qu’en reste-t-il ? La lecture du Postier n’aurait-elle été qu’un feu de paille ? Je m’interroge car je suis toujours à l’affût du devenir d’une lecture, de ce qu’il en reste quelques semaines ou même quelques jours après.

Catherine Nohales
08/2004

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