Brèves de lecture

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"Retour au barrage, un fait d’hier" par Alice Agasse
Editeur Indépendant, 2007, 99 pages
Pour son tout premier roman, Alice Agasse nous livre là un magnifique récit construit autour d’un évènement rarissime : l’exhumation d’un ancien village, autrefois englouti sous les eaux au moment de la construction d’un barrage.


par : Jacky Blandeau

L’histoire, qui nous est contée avec une plume juste et concise, se déroule sur les rives d’un barrage dont la vétusté nécessite une mise hors d’eau. Le vidage du lac artificiel, tout en redessinant les contours de l’ancienne agglomération restée imergée pendant une cinquantaine d’années, réorganise par la même occasion les souvenirs des autochtones, et notamment ceux de Gabriel, un ancien domestique du chateau qui surplombe l’étendue d’eau. L’idée de départ de ce roman dresse à elle seule une atmosphère particulière pour cette histoire simple mais captivante. Une gitane, un trésor, un chatelain odieux, il n’en faut pas plus pour pénétrer ce récit avec entrain et envie, tout en regrettant pour ma part que l’auteure n’ait pas accentué l’ambiance pesante et étrange esquissée par le lieu singulier de cette histoire.

Alice Agasse est née en 1978. Gageons que sa jeunesse, liée à sa passion pour les civilisations méditerranéennes, nous offrira de futurs opus tout aussi sympathiques...

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7 octobre 2007
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Eau-forte de Françoise Moreau
Editions L’escarbille, 1999, ISBN 2-913399-01-0


par : Jacky Blandeau

A travers les 123 pages de son roman, Françoise Moreau nous emmène dans la région nantaise, plus précisément dans le nord du département de la Loire-Atlantique, là où débute le canal de Nantes à Brest, long de plus de 360 km. C’est à partir d’un fait historique (l’affectation de 4 bataillons espagnols à la construction de ce cours d’eau entre 1812 et 1814) que l’auteure a construit son récit.

Médecin au grand coeur, François accepte d’exercer son métier dans un petit village de campagne, loin de la haute aristocratie nantaise. A Bourg-sur-Isac, le narrateur doit épouser Pauline, la fille du vieux docteur Garroux, et semble promis à un avenir serein partagé entre patients et famille. Pourtant, à plusieurs reprises, la "vision" de prisonniers espagnols oeuvrant dans la boue et la déchéance va éveiller la curiosité de François. Ce dernier finira par enquêter sur ces étranges apparitions, loin de se douter des révélations qui découleront de sa curiosité.

Poignant, émouvant, bouleversant, ce roman est écrit dans un style qui nous entraîne directement au XIXème siècle. L’utilisation de locutions anciennes, disséminées avec parcimonie tout au long des pages, permet au lecteur de se fondre dans le personnage principal, au point de parfois sombrer avec lui dans la détresse des campagnes de cette époque. Les paysages, ainsi que les personnages sont délicatement dessinés et traduisent parfaitement le contexte tant politique que social de la période 1810-1840. L’histoire fictive racontée par Françoise Moreau n’en ressort que plus captivante et tolère difficilement pour le lecteur un arrêt avant le dernier mot du roman.

Pour ma part, Eau-forte est sans doute un des romans qui m’a le plus marqué émotionnellement. Merci à son auteure.


27 septembre 2007
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Intrusion, par Laurent Coos.


par : Jacky Blandeau

Troisième roman de cet auteur d’origine belge, après "Profanation" et "Vengeance en fauteuil roulant", "Intrusion" nous fait pénétrer dans l’univers des E.M.I., traduisez Expériences de Mort Imminente, mieux connues sous le sigle de N.D.E. (Near Death Experiences) pour les spécialistes. Ecrit dans un style épuré et direct propre à Laurent Coos, cette histoire nous entraîne à un rythme effréné vers l’ultime question : qu’y a-t-il au-delà de notre monde, au-delà de notre histoire ? C’est par l’intermédiaire de Daniel Zelig, un avocat victime d’une électrocution, que l’auteur a choisi de nous présenter sa vision machiavélique de l’autre monde.

Un suspens haletant, des phénomènes inexpliqués et inquiétants, un étranger dont l’unique but semble être de posséder le corps de Daniel, bref un thriller passionnant qui n’est pas sans rappeler le film de Joël Schumacher "L’expérience interdite" sorti sur les écrans en 1991.

Malgré ses 206 pages, le roman semble trop étriqué tant on aimerait rester dans cette ambiance à la fois pesante et mystérieuse. A conseiller à tous les amateurs de surnaturel.


27 septembre 2007
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L’enfant-loup de Blanche de Catherine Ecole-Boivin


par : Catherine Nohales

Voici une très belle histoire, tragique, celle d’un être enfermé dans son impossibilité d’aimer parce que sa mère a été violée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Violée non par un Nazi mais par un Américain qui avait tout du soudard. Un Américain dont la peau ébène fera le tourment de Blanche, la mère de l’enfant-loup mais aussi de la famille. Impossible de toucher le fruit de cette violence, de l’aimer comme il faut. Blanche fuit le contact, mutilée dans sa chair par un couteau. Comment vivre, survivre, aimer alors que l’on est le fruit d’un viol ?

Comment mettre un terme aux malheurs qui assaillent la famille de Blanche sans jamais se lasser ? Jeanne, sa mère, elle aussi enfant détestée, battue par une furie alcoolique. Comment enrayer cette litanie de destins brisés par la violence adulte qui se répète de génération en génération ?

Normand, le petit enfant-loup, peut-il être celui qui enfin brisera cette chaîne infernale ?

C’est un très beau livre, très bien écrit, sans pathos. Mais c’est un livre un peu court, qui ne va pas assez au fond des choses. L’auteur ne développe pas, ne creuse pas et cela est bien dommage.


3 septembre 2007
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Crash !, James Graham Ballard
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par : Florent Cosandey


23 août 2007
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Une année sous silence, Jean-Paul Dubois
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par : Florent Cosandey


22 juin 2007
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De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages, Matthias Debureaux
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par : Florent Cosandey


26 mai 2007
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Grains de beauté et autres minuties d’un collectionneur de mouches
Roman de Frédéric Clément paru chez Actes Sud en mars 2007
Illustrateur jusqu’en 1980, Frédéric Clément écrit comme il dessinerait avec la pointe de sa plume taillée dans le vif argent de l’âme.


par : Françoise Urban-Menninger

La marquise Adélaïde des Ailleurs, jeune veuve, engage Zérène, peintre célèbre pour ses miniatures sur ivoire. Celui-ci s’éprend de la marquise qui ne succombera à ses ardeurs que lorsque Zérène lui rapportera de l’Orient lointain "des grains de beauté" qu’il conservera précieusement dans une minuscule boîte à mouches. Nous voici, dès lors, embarqués pour un voyage où l’écriture se fait tour à tour carte du tendre, musique et poésie déclinée sous le signe d’un amour courtois singulier.

Ce petit opuscule raffiné, d’une écriture élégante et envoûtante, enivre le lecteur. A la fois conte philosophique et poétique, ce récit initiatique est émaillé dans l’écriture même de "grains de beauté" qui s’enfilent comme des perles de lumière sur le fil d’un collier de mots à porter à même la peau qui palpite, tant la sensualité, tout en finesse et en musique, s’y fait insinuante :"L’étang se carpe d’éclairs argentés, se libellule de froissements d’ailes, se couleuvre, se belette à petites dents pointues, s’anguille de laitance, de semence".

Frédéric Clément écrit comme Zérène, son héros, peint, à petites touches. Il trempe sa plume dans l’encre d’un érotisme qui donne chair à son récit. Les images sont belles, surprenantes,inédites. Les phrases sont peintes au couteau, acérées, ciselées :"Marquise s’est levée. Flotte dans les bouillons d’étoffe un effluve musqué de petit carnassier, zibeline, hermine ou martre, qui me mord le coeur, me cingle les sens".

A l’instar d’une miniature, l’écriture nous ramène au coeur même du mot, dans son parfum, sa couleur, son érotisme. Ce petit livre enchanteur à nul autre pareil est un joyau rare, un pur ravissement de l’âme, de l’esprit et des sens réunis.

Françoise Urban-Menninger


21 mai 2007
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Lune sanglante, James Ellroy
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par : Florent Cosandey


12 avril 2007
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J’ai vu les muses, poèmes de Leonardo Sinisgalli. Editions Arfuyen 2007
Traduit de l’italien par Jean-Yves Masson
Publiés en 1943 chez Mondadori, ces poèmes ont imposé Leonardo Sinisgalli (1908-1981) comme l’un des plus grands poètes italiens de l’après-guerre.


par : Françoise Urban-Menninger

Dans la première partie du recueil intitulée Verdesca, en référence à un lieu-dit de son pays natal, le poète taille les mots dans la lumière qui nimbe ses souvenirs d’enfance. "Heures de lumière basse", "La lumière émondée d’un arbre"..., cette luminescence nous restitue un temps immobile, suspendu, où "la vigne sèche", "l’abeille claire" nous font entrer dans l’âpre beauté d’un paysage qui nous devient très vite familier.

Sur le ton de la confidence, de l’aparté, la voix du poète s’insinue pour se faire l’écho de notre voix intérieure : "ta tête dans la lumière se fait orgueilleuse". Nous entrons dans la musique de Leonardo Sinisgalli et la faisons nôtre pour peu que nous ayons conservé, comme le poète, notre faculté d’émerveillement. Car c’est en cela que Sinisgalli nous séduit et nous ravit :"Le coeur émerveille/J’ai interrogé mon coeur émerveillé/J’ai dit à mon coeur la merveille"... A notre tour, nous sommes "émerveillés" à l’instar du poète qui fête son "éphémère poésie" avec une mouche qui devient à la fois le sujet et la confidente de son poème. Mais ne nous y trompons pas, si la lumière est vive, dans le même temps, "des ombres solitaires" distraient le jeune garçon et "derrière les murs, il y a"...

Leonardo Sinisgalli écrit sur une lisière où l’instant suspendu nous éblouit parce qu’il renvoie à un état de grâce. Ce père qui revient seul et qui est "un point vivant à l’horizon" remue en nous le terreau de l’enfance où affluent les images et les émotions. Dans sa traduction, Jean-Yves Masson a su donner à cette poésie toute sa limpide clarté saisie dans la pleine lumière de l’âme.

Françoise Urban-Menninger


1er avril 2007
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Saltatempo, Stefano Benni
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par : Florent Cosandey


1er avril 2007
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Dehors, poèmes de Bo Carpelan. Editions Arfuyen 2007
Traduction du suédois de Finlande par Pierre Grouix
Le Prix Européen de Littérature 2007 vient de couronner à Strasbourg le travail de soixante ans d’écriture de l’un de nos plus éminents écrivains d’Europe du Nord, Bo Carpelan.


par : Françoise Urban-Menninger

Lors de son discours de réception lu par la poétesse Tua Forsström, le poète a confié qu’il a découvert, dans les années cinquante, un livre au titre symptomatique "L’appareil photo du poète" et c’est bien avec l’oeil d’un photographe que Bo Carpelan écrit.

Dans "Dehors", "L’arbre est à nouveau un arbre", le poète cherche "la clarté dans le dicible" et semble avoir trouvé ce qu’il nomme "la simplicité". Car c’est avec son âme nue que Bo Carpelan nous interpelle dans le presque rien où il demande à chacun de "Rallier son propre silence, sa propre consolation et rien de plus".

Pour toucher à l’infime et aller au plus nu de soi, Bo Carpelan a d’abord cherché ses réponses dans le silence. Aujourd’hui dans "Dehors" et en particulier dans l’essai intitulé "Credo de novembre", Bo Carpelan parle pour lui-même et s’écoute à l’intérieur de ses pensées.

Dans ce texte magnifiquement traduit par Pierre Grouix, Bo Carpelan nous dit : "Le destin de la vie se passe de mots". Et pourtant, à l’instar du poète, nous entrons avec lui dans la clarté d’un paysage intérieur au coeur ou dans le choeur même du poème qui chante le quotidien en nous faisant nous incliner vers l’ombre et nous tourner, dans le même temps, vers la lumière.

Françoise Urban-Menninger


21 mars 2007
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Louis Capet, suite et fin, de Jean-Luc Benoziglio
« On me dit, et ce n’est guère pour me surprendre, qu’à Saint-Saphorien, bourgade perdue à l’extrémité du lac opposée à Genève, le débarquement (...) d’un tel personnage provoqua une fièvre et souleva des remous qui, aujourd’hui encore, ne sont peut-être pas entièrement retombés. »
« Depuis qu’était tombée la nouvelle que le roi avait échappé à la guillotine, grogne et agitation populaires n’avaient cessé d’enfler  ». En vérité, la Convention n’a pas condamné Louis XVI à mort mais au bannissement perpétuel. Revisitant l’histoire, Jean-Luc Benoziglio offre une seconde vie au citoyen Louis Capet et l’exile dans un petit village suisse, Saint-Saphorien, au bord du lac Léman.


par : Marisa Corbin

Condamné à mener l’existence d’un citoyen ordinaire, l’ancien monarque détonne parmi les villageois tranquilles et sans histoire. Observé comme une bête curieuse par ses nouveaux hôtes, il est l’étranger qui se distingue par son langage, sa religion et ses excentricités vestimentaires.

Se morfondant d’ennui, Louis Capet passe ses journées à boire de la bière et du kirsch et recevoir des hôtes illustres, témoins de sa grandeur passée. Sous la pression des villageois qui veulent que l’ancien souverain travaille pour mériter leur hospitalité bienveillante, on annonce solennellement que « Louis Capet mettrait volontiers et bénévolement ses connaissances en serrurerie au service de la population. » Malheureusement, la tentative de se rendre utile s’avère un cuisant échec : Capet ne sait rien faire de ses dix doigts, même en matière de serrurerie, parce qu’« entre la serrurerie suisse, vaudoise en particulier, et la française, existait une radicale, fondamentale incompatibilité. »

Incompatibles, ainsi sont les relations entretenues entre l’ancien roi et ses concitoyens. Cette différence amène le rocambolesque, comme cette dégustation de fondue (oserais-je dire « savoyarde ») à laquelle est convié le roi.

L’humour qui ponctue ce récit traduit la finesse de l’auteur. Glissant quelques anachronismes pour capter l’attention du lecteur, ce Franco-suisse joue avec l’Histoire, prétexte à décrire les querelles moqueuses opposant les Français aux Suisses.

« Veux-tu bien [expliquer], à moi et à la noble assistance ici présente, pourquoi tu dis soixante-dix pour septante, quatre-vingt-dix pour nonante, et pas vingt-douze pour trente-deux, par exemple, ou quarante-dix pour cinquante ? »

On l’aura compris, les lecteurs qui connaissent à la fois les mœurs mystérieuses des Helvètes et l’histoire de France trouveront ce livre à leur goût.


15 mars 2007
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Notre dernier siècle ?


par : Claude Courty

Lattès Fév. 2004

Sans vouloir tomber dans le perfectionnisme, dommage que la traduction et/ou l’édition de ce livre laisse à désirer ; contrairement à l’humanité, il méritait mieux.

Ceci dit, constat aussi serein que le permet le sujet, en dépit du tiraillement manifeste de l’auteur entre sa curiosité passionnée pour la vie et sa conclusion implicite selon laquelle l’homme la traite de telle sorte qu’il la mérite bien peu.

Quoi qu’il en soit, l’humanité est prise à son propre piège et doit s’apprêter à payer l’addition. Quand bien même sa vanité et ses abus à l’égard d’une nature dont elle a tiré un parti aussi outrageant ne suffiraient pas à lui attirer les graves ennuis qu’elle a bien cherchés, elle est vouée à subir les conséquences de son inconséquence

Outre la ruine de l’âme, une “science sans conscience”, partagée par un nombre croissant de curieux et apprentis sorciers, sous l’effet d’une vulgarisation galopante, devrait en bonne logique et sans pessimisme excessif entraîner celle du corps dans des délais chaque jour plus réduits.

Dorénavant, le premier venu pourra, démocratiquement, appuyer sur le bouton, alors que les occasions se font de plus en plus nombreuses et faciles. A défaut de s’en consoler, les moins malfaisants d’entre les humains pourront consacrer le temps qu’il leur reste à s’en laver les mains.

Pour mettre au tableau une touche supplémentaire, qui ne l’égaiera pas, il permis de penser que plus l’échéance va paraître proche, plus la déraison des uns et des autres va se donner libre cours, conférant au processus de notre fin l’aspect du trou noir engloutissant tout avec une accélération progressive.

Mais ce qui intéresse la science et son représentant qu’est Martin Rees, dans ce remarquable ouvrage ; ce qui excite leur curiosité est davantage la Vie que l’homme ou l’humanité. A juste titre d’ailleurs, car l’homme est le contraire de la vie, en dépit de toute sa prétention et de l’attention qu’il prête à la sienne (considérée individuellement). Il est sans le moindre doute le plus grand prédateur, le plus grand destructeur de vie que la planète ait jamais portée, allant jusqu’à être le pire ennemi de cette dernière, son ennemi mortel.

La question des libertés individuelles est elle aussi abordée, plus implicitement qu’ouvertement d’ailleurs. Et portant ! Toute chance de ne pas voir disparaître pour un bon moment la vie sur terre passe incontournablement par leur remise cause radicale et urgente. Les hommes sauront-il s’y prêter ? C’est moins que probable.


8 mars 2007
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Contre-histoire de la philosophie


par : Claude Courty

Saluons ce nouveau champion du book-biz, que le nombre et l’épaisseur de ses ouvrages, comme ses arguments, placent d’emblée dans la catégorie poids-lourds, série "anti-Sorbonne". Liberté universitaire oblige ! (Rappelons que Michel Onfray est le pape de l’université libre de Caen). Marcel Aymé a dit qu’un garçon qui étudie jusqu’à vingt ou vingt-cinq ans est un petit monsieur qui capitalise sa jeunesse au lieu d’en faire un usage normal, immédiat. Que dire de celui qui poursuit ses études universitaires toute sa vie ? Il ne crache plus dans la soupe, il pratique la régurgitation, à la manière dont procède les pingouins pour alimenter leur progéniture.

Lui et ses semblables ouvrent la voie à l’homme dans son éternelle fuite en avant, incapable de tirer les enseignements de ce que lui ont transmis ses prédécesseurs tombés ou non dans l’oubli. Après avoir trituré, approuvé ou contesté leur pensée, sans trop souvent se donner la peine de la comprendre, il la nie en bloc, se servant d’une érudition encore plus facile à étaler que la banale culture, pour en faire des tartines.

Fait penser à ces autistes capables de dessiner Rome dans ses moindres détails après l’avoir survolée pour en prélever l’image d’un regard, ou de réciter par cœur le contenu de la plus fournie des bibliothèques, après en avoir lu tous les volumes en un temps record. Moins de naturel cependant et peut être même un tantinet de fumisterie, voire d’imposture, en ce sens qu’un savant ne peut ignorer ce que disait Aragon, "On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard". Si les délais sont largement dépassés qu’importe !

Toujours est-il que notre contre-historien réussi la gageure de pondre six pavés de plus pour nous expliquer, preuves à l’appui, que tout ce qui a pu et peut s’écrire n’enseigne quoi que ce soit, et que ce que nous connaissons de la pensée de nos ancêtres est faux ou incomplet, ce qui revient au même. Dommage qu’il ne fasse pas davantage place au libre arbitre dans cet ouvrage qu’il n’en fait dans son Traité d’athéologie. Probablement, à la manière dont les nantis ne peuvent concevoir qu’il soit possible d’être modeste et heureux, son savoir lui interdit-il d’imaginer qu’il est possible de vivre en ignorant qui est Socrate, Michel Onfray ou Zorro.

Quant à l’occultation contre laquelle il vitupère, de la pensée correcte, ses écrits sont bien la preuve qu’il n’en est rien. Assez facile à lire par ceux qu’elle intéresse, distrayant parfois pour les autres, mais lassant.


9 mars 2007
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Charles de Gaulle


par : Claude Courty

Gallimard - 2002

Biographie rompant enfin avec la légende, par l’abondance de documents inédits qu’elle ouvre et l’information dénuée de parti pris qui en résulte. Le point de vue des inconditionnels du gaullisme comme de ses opposants irréductibles devrait s’en trouver pondéré, pour le plus grand bien de l’histoire et de la mémoire.

Charles de gaulle y acquiert en tout cas une dimension accessible, ses erreurs étant mises en lumière sans complaisance, ce qui n’ôte rien à son mérite, bien au contraire. Il apparaît en effet et avant tout, simplement comme un homme ayant fait un choix difficile et confronté à une situation ainsi qu’à des difficultés qui en auraient découragé plus d’un. Il est amplement démontré qu’il les a surmontées grâce à un patriotisme sans la moindre faille, servi par une volonté et un caractère exceptionnels.

Ce qui surprend toujours autant n’en demeure pas moins la dimension du personnage qu’il est en tout état de cause impossible de ne pas reconnaître. Intuition, assurance sans limite, pugnacité mises au service de la raison d’un Etat dont il a su demeurer l’émanation lorsqu’il a été au plus bas, sans se soucier autrement que pour les ménager lorsque cela lui a paru nécessaire, d’individus qu’il mettait, comme lui-même envers et contre tout au service de la Patrie en danger, apparaissent ici comme les traits de caractère qui en font un être au destin exceptionnel, s’étant exprimés dans des circonstances touchant au cimes de l’historique dans ce qu’elle peut avoir de dramatique.

Histoire d’un être hors du commun qui ne pouvait être compris de ses contemporains principalement en raison :
-  de leur manque de hauteur de vue et même, souvent d’un esprit étriqué, limitant leur capacité de jugement à ce qui ne touchait que directement leurs idées, voire leurs idéologies.
-  de sa soumission à ce qu’il considérait comme son devoir et dont l’ampleur ne peut qu’échapper au plus grand nombre.
-  de l’idée qu’il se faisait de la Patrie et de la mesure dans laquelle, les circonstances aidant, il se considérait comme son émanation première.

Avec le recul cette compréhension devient possible, mais combien d’hommes - parmi ses détracteurs ayant vécu à son époque - seront-ils capables de faire leur mea-culpa ? Bien que Régis Debré en soit un exemple, d’autant plus remarquable qu’il a été un des rares, parmi ceux qui sont dans son cas, à l’exprimer.

En tout cas, les erreurs de jugement et les défaillances qui furent les siennes à la fin de son existence politique, si elles ont quelque chose de pathétique rassurent. Elles rassurent sur l’homme et elles rassurent sur soi-même, le banal lecteur, membre de la masse citoyenne qu’il sut maintenir envers et contre tout dans un minimum de dignité. Ces erreurs et ces défaillances semblent en effet être la conséquence d’une perte de repères. Tout s’est passé comme s’il avait abouti, au bout de son parcours, dans un monde qui avait changé au point qu’il ne s’y retrouvait plus. Comment pourrait-il en être autrement pour tous ceux qui parviennent à son âge aujourd’hui ?

Nota Parmi ses erreurs, évoquée dans cette biographie, il peut lui être reproché la pire, celle qui touche à l’infamie ; celle d’avoir abandonné à leur sort des centaines de milliers de harkis. Et la France en est bien punie depuis. S’il avait admis et pris le temps de leur offrir le refuge qui leur aurait permis d’échapper aux atrocités de la vengeance FLN, ils auraient pu constituer en métropole la structure d’accueil et d’encadrement faute de laquelle nous subissons depuis, une islamisation débordante. C’eut été condamner à mort quelques centaines supplémentaires de nos soldats du contingent, mais c’était le prix à payer pour un avantage qui eut pu s’avérer non négligeable, outre le fait d’éviter de ternir l’honneur de la France, qui lui avait été si cher.


9 mars 2007
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Anthologie de la correspondance française
Anthologie en 7 tomes d’André Maison, publiée en 1969 par les éditions Rencontre


par : Claude Courty

Anthologie de la correspondance française

Anthologie à consommer comme un festin composé par autrui mais fait de plats préparés par des cordons bleus judicieusement choisis, chacun pour ses spécialités et un savoir-faire original. Approche des lettres françaises qui, pour aussi partielle et partiale qu’elle soit, vaut bien la lecture d’une bibliothèque entière, qu’il s’agisse de se faire une idée sur des auteurs ignorés ou d’enrichir celle que le lecteur peut avoir à propos des plus célèbres. Heureuse rencontre de la littérature et de l’histoire, à travers les idées et les opinions, sur les sujets les plus divers, de ceux qui se sont montrés les plus aptes à conter cette dernière et l’ont parfois faite, ou pour le moins y ont contribué à bien des titres. Varié, instructif, distrayant et souvent passionnant, c’est un recueil plus captivant qu’un roman et dont la lecture laisse une impression de satisfaction aussi concrète qu’utile. Lève le voile sur bien des aspects insoupçonnés de la personnalité d’épistoliers qui, sans être tous des écrivains de grand renom auraient mérités de l’être pour la plupart.


8 mars 2007
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Miriam, Truman Capote
Miriam est la cinquième nouvelle de Truman Capote, publiée en 1949. Lors de sa publication, l’éditeur Herschell Bricknell déclara qu’avec Miriam, Capote s’inscrivait désormais parmi les plus brillants écrivains de sa génération.


par : Marisa Corbin

L’existence tranquille de la veuve Mrs. Miller bascule lorsqu’elle fait la connaissance d’une petite fille, Miriam. Enfant troublante qui porte le même prénom qu’elle, Miriam a l’innocence d’un enfant mais les comportements d’un adulte, capable de ruse et de perfidie. Sorcière enfant, elle s’immisce dans la vie de Mrs. Miller en y insufflant la peur et le sentiment de solitude. « Mrs. Miller se rendit soudain compte qu’elle n’avait personne pour lui venir en aide. Elle était seule ; il y avait longtemps que cette pensée ne l’avait pas effleurée. »

Alter ego enfant, double de Mrs. Miller, Miriam est-elle une création hallucinatoire ? Est-elle un spectre hantant la veuve seule et isolée ? Les deux Miriam ne sont-elles pas une seule et même personne ? « Comment avez-vous trouvé mon adresse ? » demande Mrs. Miller à la petite fille qui s’invite chez elle en pleine nuit. « En voilà une question ! Comment vous appelez-vous ? Et moi, comment est-ce que je m’appelle ? ».

Miriam est-elle l’enfance de Mrs. Miller ? Sa conscience ? Progressivement, cette petite fille prend possession de la maison de Mrs. Miller, de sa personne et de sa vie. La veuve est non seulement harcelée par Miriam, mais littéralement habitée par elle. Lorsqu’elle demande l’aide de ses voisins pour chasser Miriam qui veut s’installer de force chez elle, ceux- ci constatent qu’il n’y a personne dans l’appartement de Mrs. Miller.

Mrs Miller est-elle encore saine d’esprit ?

Plus que la folie, la mort se rapproche sournoisement d’elle. Le vieillard qui suit Mrs. Miller lors d’une de ses promenades n’est-il pas ce croque-mitaine dont on menace les enfants ?

En définitive, Miriam est-elle l’une de ces images souvenirs qui habitent l’esprit au moment de la mort ?

« Comme en rêve, [Mrs. Miller] se laissa tomber sur une chaise. La chambre perdait sa forme, il faisait noir et l’obscurité augmentait sans cesse, et elle n’y pouvait rien. »

(In Un arbre de nuit et autres histoires, L’étrangère, Gallimard, 1996)


22 février 2007
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Monsieur Maléfique, Truman Capote
Monsieur Maléfique, figure sadique de l’acheteur de rêves, symbolise l’opposition entre le bien et le mal, antagonisme cher à Truman Capote.


par : Marisa Corbin

« Tout ce que vous possédez, il vous le prendra, et à la fin, vous n’aurez plus rien, pas même un rêve ».

Dans la salle d’attente de Mr Revercomb flotte une odeur de mort. Une secrétaire « aux mains verdâtres » et un valet « aux yeux rougeâtres et vitreux » accueillent des clients venus vendre leurs rêves pour une poignée de dollars. Parmi eux figure Sylvia, jeune femme désirant gagner l’argent nécessaire à son indépendance. Partageant un appartement avec un couple de jeunes mariés, elle abhorre tout ce qu’ils symbolisent et souhaite par-dessus tout s’affranchir de leur tutelle. « J’aurais un chez-moi quelque part, où je vivrai seule ». Lorsqu’elle apprend l’existence d’un acheteur de rêves, elle entreprend de lui en vendre, considérant cette démarche comme une libération, l’occasion de briser les liens qui l’entravent. Malheureusement, Sylvia ignore qu’en vendant ses rêves, c’est son âme qu’elle va aliéner. Semblable à Faust, elle offre ce qu’elle a de plus cher : sa liberté. Sous l’emprise de Revercomb (noter la présence de « rêver » dans ce patronyme), la jeune femme est hypnotisée par ses séances au point de n’exister que par elles. « On eut dit que tout cela se faisait sans qu’elle en eût conscience ».

Lors d’une visite, Sylvia rencontre Oreilly, un clochard ivrogne, victime aussi de celui qu’il nomme « Monsieur Maléfique » (Master Misery). A la fois clown triste et poète, Oreilly raconte à la jeune femme la déchéance de celui qui vend ses rêves. « Au début je n’en avais pas à des masses à lui donner, mais après il a tout pris, et maintenant qu’est-ce qu’il me reste ? Niente, fillette, niente. »

Pour avoir vendu son âme au Diable, Oreilly ressemble à « une poupée d’enfant, une poupée animée par un pouvoir surnaturel ». En sa présence, semblable à une fillette qui prend la main d’une poupée clown, Sylvia se métamorphose et redevient petit enfant. « Elle voulait continuer à marcher sous la pluie avec l’homme qui avait été clown (...) Elle chercha sa main, et la prit : cher clown, qui voyagez dans le bleu ».

Pantins désarticulés dont Monsieur Maléfique aspire la moelle, Sylvia et Oreilly sont des simulacres de vivants, des fantômes, des morts-vivants. En quittant ses amis pour s’installer dans un appartement sordide, Sylvia quitte lentement la vie. « Oreilly, ça ne ressemble pas à la vie. C’est plutôt comme si on était mort. »

Dans la salle d’attente de Mr Revercomb flotte une odeur de mort. Les patients aux « yeux d’insecte » et au visage « hideux » ne sont plus des humains. Pauvre gosse à qui on a volé l’âme, Sylvia n’a plus peur de rien car elle n’est plus rien. « J’ai l’impression qu’on m’a tout pris, comme si j’avais été attaqué par un brigand et qu’il m’avait volée jusqu’aux os ».

Lorsque Sylvia et Oreilly se séparent, chacun se dirige vers un destin que l’on sait funeste. Puisqu’ils sont déjà morts, on sait que rien de pire ne peut leur arriver.

(In Un arbre de nuit et autres histoires, L’étrangère, Gallimard, 1996)


19 février 2007
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En construisant des cabanes pour les oiseaux, prose poétique de Marc Syren
Paru chez Lieux-Dits, collection du Loup bleu
Marc Syren possède le don indéniable de réveiller la langue et les mots qui nous habitent depuis toujours. Ses longs poèmes en prose, sans ponctuation, nous traversent tel un navire qui nous viendrait de l’enfance et de ses confins.


par : Françoise Urban-Menninger

Ce navire chargé d’or et de lumière précieuse nous ramène "les silences les lointains le sillage la prose du monde".

Marc Syren nous surprend à chaque ligne : "la verdure en son épiphanie", "l’orée s’offre un bal de jonquilles"...Il nous octroie tel un enfant aux yeux éblouis, débordé par un trop plein de vie, toute la lumière du monde.

Ses images sont de pures merveilles qui n’ont pas fini de nous ravir et de nous enchanter tel "ce ciel lavé par la berceuse", "le pas de danse de l’oiseleur"....

On entre dans la phrase comme on prend un bateau pour partir vers l’aventure et l’infini. On n’est jamais déçu car cette poésie généreuse s’offre à l’instar d’"une terre friande de cascades et de goutelettes de lumière".

A nous d’en cueillir les perles de rosée "pour fêter les bijoux de l’univers" car "oui la vie c’est cadeau". La poésie est ce luxe essentiel qui consiste "à construire des cabanes pour les oiseaux" pour entrer dans la pleine lumière de l’âme où mort et vie s’étreignent dans une danse nuptiale.

Françoise Urban-Menninger


19 février 2007
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Le repos dans la lumière, textes de Joseph Joubert.
Textes choisis et présentés par Jean Mambrino. Editions Arfuyen 2007
C’est Chateaubriand qui révéla en 1838 le "génie" de Joseph Joubert, aujourd’hui c’est le poète Jean Mambrino qui, dans une préface éblouissante, nous rend sensibles "à la splendeur de la pensée" de cet auteur.


par : Françoise Urban-Menninger

Tirés des carnets de Joseph Joubert rédigés de 1786 à 1824, les textes de ce dernier sont d’une étonnante modernité. D’une grande et rare tolérance envers les plaisirs de la chair, il s’écrie :"Ô mes amis ! J’ai bu l’amour..." et dans le même temps, il constate que "La pensée se forme dans l’âme comme les nuages se forment dans l’air". Ses réflexions sont d’une limpidité et d’une telle évidence que c’est en cela qu’elles nous surprennnent et nous ravissent tout à la fois car rien n’est plus ardu que d’atteindre la simplicité. L’auteur n’a de cesse d’atteindre le langage à l’état pur, il tend vers l’épure qui se donne tout en transparence et en lumière. "Un esprit qui se joue des flots de lumière où il n’aperçoit rien mais où il est pénétré de joie et de clarté...", voilà sa définition du "repos dans la lumière". Cependant Joubert n’aspire pas, contrairement à d’autres penseurs à n’être qu’un pur esprit, il possède l’art d’accorder l’âme et le corps. Lorsqu’il s’exclame :"Il faut bien que l’âme respire", c’est un être de chair qui parle. Et lorsque Joubert transcende toute matérialié pour tendre vers l’infini, il nous parle d’un Dieu que "l’on sent avec l’âme comme on sent l’air avec le corps". Ce Dieu universel et intemporel est de l’autre côté des mots, seule la poésie permet d’appréhender cet ailleurs dont Joubert dit :"Il faut que quelque chose soit sacré". C’est le poète qui a le don d’insuffler dans le langage "le sacré" car son rôle n’est-il-pas de "donner un corps aux vents, une âme aux pierres" ? Si Joseph Joubert nous touche autant aujourd’hui, c’est bien parce quil confère à ses pensées une poésie aveuglante de beauté. Jean Mambrino ne s’y trompe pas lorsqu’il clôt sa préface sur cette phrase splendide de Joubert : "Le soleil peint dans une goutte de rosée".

Françoise Urban-Menninger


8 février 2007
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Premier amour, Joyce Carol Oates
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par : Florent Cosandey


18 décembre 2006
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Carnet pour habiter le temps, poèmes de Francis Krembel
Paru aux éditions les Carnets du Dessert de Lune, Bruxelles 2003
Bachelard affirmait que dans la deuxième moitié de sa vie, tout homme retournait sur les traces de son enfance. Le poète Francis Krembel nous dit "cette enfance éblouie où l’on cueille la lumière".


par : Françoise Urban-Menninger

Etre poète, c’est peut-être n’avoir jamais quitté les images de cette enfance qui nous habite.Un objet, une odeur les raniment :"le poêle blanc est là/et renaissent des hameaux d’enfance".

"Le temps d’avant" est bien celui des tout premiers émois, il est également celui d’un inconscient collectif que l’auteur appelle "la vieille humanité". "La momie du temps", image saisissante à la fois baroque et hallucinatoire surgit alors "sur un chariot/aux roues de bois".

L’homme habite le temps et non l’inverse car l’homme est de passage, en attente de sa mort, même s’il semble l’avoir oublié. Défier le temps ne sert à rien car "le temps est notre maître unique".

Pire en s’efforçant d’occulter sa mort, "l’homme désapprend l’élémentaire" et sans cet "élémentaire" "le coeur s’ankylose".

Cet élémentaire, le poète et l’enfant peuvent nous le restituer dans le bonheur des mots qui nous aident à "partir" ou à "s’étoiler la vue". Les images ouvrent des brèches et taillent dans l’imaginaire des trouées éblouissantes de lumière où les feuilles mortes sont des "hosties blanches", où "les arbres hennissent" et où "la mémoire vit une géologie nouvelle"...

La poésie de Francis Krembel est "un chant du monde" où les pierres et les arbres nous parlent. C’est une poésie cosmique où "l’homme infiniment nu" se prépare "à l’ultime et lente chimie"..."et pourtant...", ajoute le poète. Peut-être suffirait-il que l’homme accepte de n’être que de passage pour "goûter à la paix des étoiles" ? Mais rien n’est moins sûr !

Le poète en vient même à s’interroger sur son rôle qu’il juge dérisoire.Restent les "poèmes qui se font/malgré le doute profond/sur ce qu’on nomme l’humain/l’amitié des mains"...


6 décembre 2006
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Les écailles du pas, poèmes d’Isabelle Poncet-Rimaud
Paru aux éditions Editinter, troisième trimestre 2006
Du végétal à l’humain, Isabelle Poncet-Rimaud mène sa quête de lumière au royaume du verbe, dans cette pleine clarté de l’âme où "la sève se prépare". Les mots sont noués en nous dès l’enfance et le poète qui les perçoit dans "l’infernal bruit du silence" n’a plus qu’à grimper sur "l’échelle du désir".


par : Françoise Urban-Menninger

Isabelle Poncet-Rimaud nous fait entrer de plain-pied dans le "presque", cet entre-deux où les images de l’enfance ouvrent toutes grandes les portes de la lumière :"Tu vois la noix, la pomme, l’orange/sur les étagères de ta foi d’enfant". "L’hiver de l’être" n’est que l’envers d’un vertige où la vie est "amie des promesses". Cette vie sensuelle est "l’accordéon du printemps", "les dents du rire/remettent à sa place/le drame de vivre"... Isabelle Poncet-Rimaud fait danser ses mots sur la page blanche et nous les octroie comme autant de "pains d’amour" à savourer. Derrière la nuit, le vide, l’errance, la mort de l’autre, il y a , suprême éblouissement, "la rondeur des soleils" et même "des gens pour faire vivre le bonheur...". Fruit solaire, la poésie d’Isabelle Poncet-Rimaud est une pomme d’amour qui a tout à la fois le goût âpre de l’absence et celui du désir. C’est un fruit de douleur aux chairs vives éclairé par une sérénité apaisante où "la terre,amie,ce bol fumant/donne son lait à boire". A nous d’en saisir " la lente saveur du monde" qui nous pénètre de sa musique charnelle et nous illumine sous la peau de chaque mot.

Françoise Urban-Menninger


7 novembre 2006
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La dame à la licorne - Tracy Chevalier
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par : Daniel Gerardin


5 novembre 2006
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L’Historienne et Drakula d’Elizabeth Kostova


par : Catherine Nohales

C’est d’une longue traque contemporaine qu’il s’agit, celle du mythique Drakula, effroyable voïvode qui empalait ses victimes. Mythe immortalisé par Bram Stoker au XIXème siècle, réécrit récemment par Elizabeth Kostova après tant d’autres.

Deux gros volumes qui narrent l’enquête, la quête obsessionnelle, par un père et sa fille, par des historiens impliqués, du vampire des Carpates.

C’est une histoire passionnante mais un peu longue à démarrer. Ce roman est nourri de toute la culture, de toute les recherches effectuées par l’auteur durant dix ans. C’est à la fois la force et la faiblesse du livre.

Force parce que les assises culturelles sont incontestables et donnent sa puissance au roman. C’est un ouvrage solide, bien bâti.

Faiblesse parce que un tel savoir nuit au déploiement des péripéties. Cet ouvrage manque d’actions, piétine quelque peu et l’on a du mal à avancer. Trop de bavardages et l’on est déçue de ne pas voir plus souvent cette incarnation du Mal absolu.

Mais il y a des scènes très fortes, bouleversantes et qui marquent durablement. Je pense notamment à cette église perdue qui surgit brutalement du néant et où la figure du Christ est celle d’un être désespéré. Il n’y a pas de secours possible : Dieu lui-même est impuissant.

Malgré les quelques longueurs dues aux choix faits par l’auteur de nous raconter une traque, L’Historienne et Drakula fut un très bon moment de lecture.

Nous attendons impatiemment l’adaptation cinématographique.


28 octobre 2006
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L’enfant d’octobre de Philippe Besson


par : Catherine Nohales

Titre simple, périphrase belle justement par sa simplicité, qui désigne Grégory Villemin.

L’enfant d’octobre. Celui dont on ne connaîtra jamais l’assassin, l’une des affaires les plus tortueuses de l’histoire judiciaire française.

Un titre qui semble anonyme. Cet anonymat a été pourtant violemment interdit, dénié, comme Philippe Besson nous le montre tout le long de son roman. C’est ce qui frappe, m’a frappée quand j’ai pris ce livre recommandé. L’enfant d’octobre. Qui sait, qui se souvient qu’il s’agit du petit garçon de Jean-Marie Villemin et de sa femme Christine ?

C’est un paradoxe fort.

Dans les moindres détails, il nous relate l’emballement médiatique, les errances qui coûteront à la justice, aux familles mais en tout premier lieu au petit Grégory. Son choix d’une narration au présent de l’indicatif nous permet d’entrer de plein pied dans l’affaire, de s’immerger sans attendre. On vit l’affaire, on la suit de près.

Je dirais même qu’il y a quelque chose comme de la scansion dans cet emploi constant du présent de l’indicatif. Le romancier martèle, assène les ratés, n’omet rien des souffrances endurées.

Cependant, il choisit de donner la parole à la principale protagoniste, la mère de Grégory. Ses pensées, inventées ? supposées ? ne m’ont nullement semblé indispensables. Elles fonctionnent comme un contrepoint à la narration. C’est son point de vue qui nous est donné à lire. Je ne l’ai pas lu. Le roman se lit d’une seule traite sans cela. Je ne vois pas ce que cela apportait. Le roman aurait été encore plus fort, plus cinglant si Philippe Besson s’était abstenu de rendre compte des pensées de Mme Villemin.


28 octobre 2006
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Le carnet rouge, Paul Auster, Actes Sud


par : Marisa Corbin

Composé de minuscules récits, ce bref ouvrage offre un aperçu convaincant du style et de l’univers de Paul Auster.

Compilation d’histoires vraies consignées au fil des années, ce livre témoigne de l’acuité de l’écrivain à percevoir, au-delà du quotidien, les actions du hasard et les aléas de l’existence humaine.

Aux yeux de quelqu’un qui ne connaît pas Paul Auster, ce recueil incarne une remarquable initiation, une délectation frustrante parce que fugace, un plaisir dont on peut repousser le dénouement en lisant une œuvre qui lui fait écho, « Je pensais que mon père était Dieu », écrit 8 ans après.


16 octobre 2006
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Prisonniers du paradis, Arto Paasilinna


par : Marisa Corbin

Suite à l’amerrissage d’urgence de leur avion, une cinquantaine de passagers occidentaux échouent sur une île du Pacifique.

Individus luttant pour leur survie, les naufragés comprennent rapidement que leur existence dépend de l’élaboration d’un groupe structuré et hiérarchisé. « Aucune forme d’organisation ne s’était encore établie et les idées fusaient de toutes parts ».

D’une plume rieuse, Arto Paasilinna relate les premiers soubresauts d’une civilisation embryonnaire. Reproduisant un simulacre de société organisée, les insulaires élisent une « direction collégiale », élaborent des lois, instituent le travail obligatoire, mettent en place un planning familial et ouvrent un bar local...

Unis dans un effort commun pour quitter cette île, recréant la civilisation dont ils sont accidentellement coupés, les naufragés s’accommodent à cette nouvelle vie au point de la trouver plus savoureuse que l’ancienne.

Avec l’humour qui caractérise son écriture, Arto Paasilinna ponctue son récit de phrases assassines et croque un portrait féroce et réaliste de ce groupe de naufragés.

Multipliant les situations cocasses, achevant son récit par un sauvetage rocambolesque, l’auteur caricature la société occidentale et ses vicissitudes.


16 octobre 2006
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Désintégration - Ahmed Djouder


par : Bruno Durand

Premier livre d’Ahmed Djouder, Désintégration raconte d’une part, les us d’une famille algérienne « type », d’autre part, les aspirations des immigrés en France.

Livre scindé en deux parties, Désintégration est, dans sa première partie descriptive, une petite merveille de témoignage, plein d’humour et de lucidité. Moi-même fils d’immigré, je me suis reconnu à 90 % dans cette peinture d’une famille algérienne - ses coutumes, sa mentalité, ses manies, ses tabous, sa passion étouffante, ses protocoles... Brillant et touchant, ce portrait est une réussite remarquable.

Malheureusement, aux deux tiers du livre, le propos bascule. Du témoignage, le livre verse dans la revendication maladroite. Honnête et enthousiaste, la réflexion sur la condition des immigrés en France et l’appel à la compréhension mutuelle pêche par excès de bons sentiments. A vrai dire, on a l’impression que l’auteur enfile truismes et lieux communs, l’analyse ne présente que peu d’originalité. Certes, ici ou là, il y a quelques éclairs, mais dans l’ensemble, rien de très neuf.

Dommage, car, à ce détail près, Désintégration est une belle réussite, révélant un plume pertinente et pleine d’avenir.

Mais ne chipotons pas, aux deux tiers un petit bijou, au tiers une moindre réussite, le livre n’en demeure pas moins très plaisant. Ne dit-on pas que les plus beaux diamants sont ceux qui présentent quelques imperfections ?


8 octobre 2006
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Serpents d’argent - Rilke, Ed Desjonquères 2006
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par : Maximine

Humeur Rilkieenne

Ce besoin (manie d’érudits ? manque d’auteurs ? espoirs de ventes ?) de dénicher le moindre écrit non publié des "grands" pour le publier avec le gros bandeau rouge "INEDIT DE"...

Ici, Rilke ( Serpents d’argent, éd.Desjonquères, 2006). La belle idée, c’est d’avoir placé dans un médaillon de couverture, le détail essentiel du tableau de Klimt, le baiser du Baiser. De fait, on retrouve dans la plupart de ces 13 nouvelles, presque toutes histoires de femmes, ce qui fera quelques vers de la seconde ELEGIE, évoquant les amants :

("Et pourtant... Une fois passées la peur des premiers regards, la longue attente à la fenêtre, la première promenade, la toute première, dans le jardin : êtes- vous encore des amants ?)

Quand vous vous offrez vos lèvres pour y boire,
-  soif contre soif-, ô comme celui qui boit, étrangement, s’absente de son geste" * !

...

Tout est dit. Je n’ose affirmer péremptoirement qu’il est inutile d’avoir la confirmation, dans ces récits dichotomiques, extrêmement exclamatifs, d’un jeune Rainer déchiré entre montée vers l’Idéal rêvé et chute vers le Spleen du réel : je me demande seulement si c’était indispensable. Ce n’est pas là politesse jésuistique. Je me suis précipitée pour acheter... et me suis dit que j’aurais pu m’en dispenser.

Je n’ai, évidemment, pas le texte allemand. Je note seulement que dans "Le dimanche dont rêvait Babette", l’adjectif "petite" (et elle sont pâles, et elles sont pauvres...) revient 5 fois dès la première page (3/4 de page, p. 103), et encore, après... Laissons à de plus mesquins le soin de compter et de vérifier si "klein" revient autant en allemand. Si c’est Rilke... Si c’est la traduction... On retrouve la question : était-ce la peine, tant de recherches, tant de travail ?

Certes, on pressent déjà (parce qu’on le sait !) la grisaille des capitales, le clinquant des mondanités, les miroirs qui voient nos vies...

Certes, dès que Rilke évoque la Bien-aimée, la Mort, la Nuit, l’Enfance... "ses" grands couplets, son élément, on trouve de beaux passages ( "Requiem" est judicieusement en "finale") :

"... Et la voix a toujours une profonde intonation printanière, le rire a le tintement argenté des galets du torrent dans les lieux déserts."

...

"... et les cyprès dont la rangée inaccoutumée bordait le chemin semblaient des moines fourbus sous leurs grands capuchons, pourtant sur leurs épaules noires le cercueil où gisait le jour mort. En ces heures..."

...

"Un frêle pont mène de l’enfance à la vie."

...

Bon... A re-savourer quelques phrases de cette eau Rilke**, je me dis que cela valait peut-être la peine. Rien n’est si simple.

MAXIMINE (Lagier-Durand) 6-08-2006

* Mal élevée pour mal élevée, je m’auto-cite comme traductrice ! (Actes Sud, réédité en collection Babel-poche) ** A noter : festival RILKE, 18-20 août, à Sierre. Voir http://www.festivalrilke.ch/pages/fr/


6 août 2006
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Cercueils sur mesure, Truman Capote
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par : Florent Cosandey

Cercueils sur mesure, Truman Capote

Ce thriller constitue une sorte d’amuse-bouche du chef d’œuvre de Truman Capote, De Sang froid. Le lecteur est entraîné dans les méandres de l’enquête menée de façon obsessionnelle par Jake Pepper sur une série de meurtres particulièrement sordides - attaque de crotales drogués aux amphétamines, incendies, empoisonnements, etc. - commis dans une région agricole de l’Ouest américain. Deux points communs relient les victimes entre elles : le premier est d’avoir reçu quelques temps avant leur mort un cercueil miniature accompagné d’une photo prise à leur insu, le second de s’être montrées favorables à la correction du cours de la Rivière Bleue. Le suspect numéro un semble tout désigné en la personne de Bob Quinn, le plus gros propriétaire terrien de la région, dont les intérêts sont menacés par le nouveau tracé fluvial. Si Jake Pepper est intimement convaincu que Bob Quinn s’est vengé en éliminant un à un les tenants de la correction du cours d’eau, il se montrera incapable de réunir les preuves permettant de le confondre...

Cette nouvelle à l’écriture nerveuse s’inspire de faits réels. Elle est très prenante même si le lecteur reste sur sa faim puisque le coupable n’est pas démasqué. S’agit-il de Bob Quinn, que les faits semblent accabler ? De Jake Pepper, dont les comportements ne sont pas toujours tout nets ? D’une tierce personne ? Le mystère reste entier. Libre à chacun de laisser courir sa propre imagination.

Florent Cosandey, 16 août 2006


17 août 2006
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Du rêve pour les oufs de Faïza Guène


par : Bruno Durand

Faïza Guène reprend les ingrédients de « Kiffe kiffe demain » pour son deuxième roman. Sympathique, mais l’effet de surprise s’est volatilisé.

Athlème, jeune femme idéaliste de 24 ans essaie de se trouver un avenir dans sa cité d’Ivry. Entre des petits boulots, un père malade mental à la suite d’un accident de chantier, un frère turbulent sur la pente glissante de la quête d’argent facile, des amies entremetteuses, une confidente aux proverbes lumineux et des amours tumultueuses, Athlème porte son regard décalé sur le drôle de monde qui l’entoure.

Livre sympathique, « Du rêve pour les oufs » emprunte le ton, le style qui a fait le succès de « Kiffe kiffe demain ». Enlevé, truffé d’expressions de banlieue, le point fort du livre réside dans la qualité narrative de Faïza Guène. De fait, on ne s’ennuie pas à la lecture de ce roman qui se boit d’une traite.

Mais, au-delà du style, pas grand-chose à signaler. Pas très original, le récit ne présente que peu de relief. Le personnage principal fait figure de midinette attardée avec ses histoires de cœur aux allures de bluettes. Difficile de s’attacher à un tel parangon de superficialité, l’adolescence dépassée.

« Du rêve pour les oufs » ressemble à un tube de l’été en musique, qu’on écoute sans déplaisir, mais que l’on ne conservera pas dans sa discothèque.


7 octobre 2006
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Les chacals - N. Leonov


par : Meleze

Il s’agit d’un roman policier russe et comme dans toutes ces histoires les personnages s’appellent par leur patronyme ce qui rend assez difficile la mémorisation des personnages. Mais si vous dépassez les 60 premières pages, étant donné la date à laquelle ce roman est paru, vous vous demanderez si l’ennemi public No 1 n’est pas Vladimir Poutine lui-même.

En effet l’intrigue se noue pendant la campagne électorale. Eltsine est victime d’une tentative d’assassinat. Il suffit donc de substituer à sa mort romanesque sa mort politique et de se dire que le bras armé venant du service des renseignements secrets (FSB pour KGB) a réussi son coup, pour avoir le modèle de la façon dont Poutine a pu s’imposer.

L’écrivain est me semble-t-il influencé par la France un peu sur le modèle de Makine. Son policier Gourov est une sorte de d’Artagnan et il y a toujours en Russie une espèce d’aristocratie dont les différentes familles s’affrontent à coup de revolvers. Tous les policiers sont corrompus. D’Artagnan est le seul enquêteur à lutter contre la corruption par panache et à y échapper par panache.

Meleze


27 août 2006
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Le lièvre de Vatanen, Arto Paasilinna


par : Florent Cosandey

Le lièvre de Vatanen, Arto Paasilinna

Cet ouvrage publié au milieu des années 70 est devenu un best-seller dans l’Europe entière. Le Finnois Arto Paasilinna y conte les aventures extravagantes de Vatanen, un journaliste dépressif, qui se lie d’amitié avec un... lièvre, qu’il a heurté de plein fouet un soir d’été. L’inattentif conducteur ne peut se résoudre à abandonner la pauvre bête blessée. Il la retrouve, la soigne, et décide de tout laisser tomber pour partir en vadrouille à travers la sauvage Finlande. Adieu relation conjugale agitée, stress professionnel, dettes, ulcères ! Bonjour aventures rocambolesques avec le levreau !

Au fil de son voyage en direction du Cercle polaire, Vatanen redécouvre le plaisir de vivre au plus près de la nature et rencontre une foultitude de personnages et d’animaux hauts en couleurs (un pasteur irascible, des militaires bagarreurs, un corbeau pilleur, un ours qu’il traquera jusqu’en Union soviétique, etc.). Les péripéties cocasses de cette pérégrination d’un homme et de son attachant ami aux longues oreilles constituent une sorte d’ode à la liberté et au grand air. Sympathique conte, même s’il n’y pas de quoi grimper aux murs (on a nettement préféré Petits suicides entre amis)... On conseillera Le lièvre de Vatanen à ceux qui ne veulent pas trop se prendre la tête, notamment en période de vacances. Ou à ceux qui souhaitent enseigner à leurs enfants le respect des animaux et de la nature.

Florent Cosandey, 23 juillet 2006


25 juillet 2006
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Douar - Arezki Métref - Editions Domens


par : Marie Odile Guéguéniat

A Brest, samedi, envoûtée par son style j’ai laissé choir le Douar lorsqu’un importun me surpris en s’adressant à moi. Depuis longtemps je trouve les livres décevant, et là, voilà qu’à peine ouvert, ce texte agit sur moi comme un aimant. Du fond, de la sincérité, de la puissance, de la pudeur, de l’humour, un immense talent, de l’intelligence, et un style vrai, comme une danse nouvelle qu’il nous faudrait apprendre.

Ce livre pas épais ne se laisse pas dévorer. Il nous impose son rythme. Non... il nous le propose. J’ai été déconcertée comme devant un élément nouveau. Le terre, l’eau et le feu je connaissais. Pas Arezki Métref. Le déplacement physique dans cette oeuvre m’a demandé un temps d’observation, d’apprentissage. Je pensais le lire en une heure. J’ai été en sa compagnie pendant deux jours en ayant la sensation d’en lire plusieurs, de genres différents.

A une époque où les mots sont tournés en ridicule, vidés de leur sens parce que non suivis d’actes ou asservis et salis par des pensées mafieuses, j’avais la sensation que la limite du langage était atteinte. L’utilisation qu’Arezki Métref en fait leur redonne une dimension humaine qui part de l’intime pour rejoindre l’universel. J’ai été troublée... A peine lu, j’ai ressenti qu’il était urgent qu’il soit lu par d’autres. Je l’ai aussitôt prêté.

Marie-Odile Guéguéniat


22 juin 2006
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Kilomètre 7, Bérengère Deprez, Ed. Luce Wilquin


par : Arlette Gérard

Kilomètre 7. Ce roman s’adresse aux curieux.

Que cache ce titre sous son apparente simplicité ? Le volume entre les mains, on essaie de se figurer la promesse de voyage qu’il inspire. Kilomètre 7, entre la carte d’état-major, le 7e jour de la Création, la magie des nombres, le langage codé, il y a comme un pressentiment.

Et le récit s’ouvre sur quelques vers d’une facture ancienne qui annoncent le mystère dans lequel on s’enfonce degré par degré et avec précaution, comme dans un sanctuaire ancien.

Pourtant l’histoire de Kilomètre 7 est une histoire d’aujourd’hui, dans le chaos d’un pays en guerre aujourd’hui.

Quel est ce pays ? Chaque fois qu’on croit l’identifier il se dérobe, ce pourrait être l’Irak, l’ex-Yougoslavie ... le lieu sera en définitive celui qui touche à l’histoire du lecteur, pourquoi pas la France occupée, pourquoi pas Jérusalem au début de notre ère ?

Dans l’âpreté de ce pays en guerre - le lecteur ne sera pas épargné par les détails qui font mal - quel sera le fil sensible dont nous suivrons les moindres tensions et les risques de rupture ? Celui de deux êtres que les cultures devraient séparer, et c’est précisément une faille dans la roche, métaphore du fossé interculturel, qui amène au plus profond de nous-mêmes.

Au kilomètre 7 de la zone occupée, une découverte archéologique fait basculer le récit du monde profane au monde sacré. Blessure du monde, faille dans la terre, brèche vers l’intériorité, là où les contraires se rencontrent - on découvre ici toute la portée du poème d’introduction - lieu où tout est possible.

De l’histoire d’amour des personnages de ce roman enflammé à la Geste du Roi et de la Reine, on ne distingue plus le mythe de la réalité.

Le livre refermé, on ne voit plus le monde du même œil. Sous nos pieds peut-être dorment les vestiges d’un monde qu’il nous appartient d’explorer, sous nos pieds, ou peut-être dans les parties les plus secrètes de notre âme.


6 juin 2006
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Le dégoût, Horacio Castellanos Moya
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par : Florent Cosandey

Le dégoût, Horacio Castellanos Moya

Dans le registre de l’exécration du pays natal, les écrivains de langue allemande - Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, Max Frisch, etc. - semblaient remporter la palme. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont désormais un sérieux concurrent en la personne d’Horacio Castellanos Moya qui, dans Le Dégoût, ouvre les vannes d’un torrent d’imprécations vomitives à l’endroit de tout ce qui « fait » sa terre natale, le Salvador. A ses yeux, cette petite République d’Amérique centrale est « le plus stupide, le plus criminel des pays. » Ce roman constitue un doux mélange de TNT, d’arsenic, d’uranium appauvri et de napalm. L’écrivain salvadorien y dresse l’effroyable portrait d’une contrée où l’idéal le plus haut est soit de devenir militaire pour pouvoir tuer impunément soit d’amasser des liasses de dollars dans des activités de type mafieux. Un ouvrage à ne mettre entre les mains que de celles et ceux qui ont l’estomac bien accroché !

lire ici


5 juin 2006
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Trois jours chez ma mère ou Tout sur moi


par : Ambre V

Trois jours chez ma mère condense en son sein plusieurs biographies qui, en réalité, ne renvoie qu’à un seul personnage : l’auteur en mal d’inspiration. En effet le roman (ou la, si à la mode, « auto-fiction ») révèle un auteur, François Weyergans, qui raconte l’histoire d’un narrateur, François Weyergraf, qui raconte qu’il n’arrive pas à finir le livre qu’il est en train d’écrire : l’histoire de François Weyerstein qui raconte à son tour qu’il n’arrive pas à finir le livre qu’il est en train d’écrire : l’histoire de François Graffenberg, et ainsi de suite.

Il s’agit alors d’un récit-gigogne qui n’est que la variation, dénuée d’originalité, d’invention, de style (et par conséquent d’intérêt), de l’image de l’écrivain François Weyergans. 6 ans pour écrire ce livre ? Inutile de le savoir, on le lit entre les lignes : l’ouvrage est fastidieux, le procédé de mise en abyme simpliste et malhonnête (en effet quoi de plus facile -et peut être de plus fallacieux d’un point de vue littéraire- que d’arriver à écrire un livre en racontant l’histoire d’un type qui n’arrive pas à écrire un livre - et ainsi de suite- ?), les digressions censées diriger le fil du récit sont sans importance (quel intérêt de connaître les frasques sexuelles des multiples moi de l’écrivain ?? Bukowski le fait autrement mieux, et avec plus de style.) Le livre ne peut être utile, au même titre que "les miscellanées de Mr Schott", que pour les références culturelles que l’auteur énumère tout au long du livre.

Mais de méditations sur la procrastination, point. Si ce n’est que au « lu » du livre, il est de bon ton de ne pas remettre son travail au lendemain, ou bien, de ne jamais le commencer.


11 mai 2006
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Bleu de chauffe de Nan Aurousseau


par : Catherine Nohales

Bleu de chauffe est un roman rude qui décrit vertement, sans fioriture aucune, les moeurs de voyou du monde du bâtiment.

Un monde qui exploite sans vergogne les plus faibles, les moins à même de se défendre contre les prédateurs du système. C’est un univers cynique, où tous les coups sont permis. Le capitalisme le plus brutal, le plus inhumain y est à l’oeuvre. Comment survivre dans cet univers ? Comment ne pas se laisser détruire ?

C’est un roman pète-sec qui ne perd pas de temps. Un roman énergique, vivant qu’on lit d’une traite. Une seule. Le narrateur fait mouche à chaque fois. Il vise Dolto, le patron véreux, l’ajuste et tire une salve d’images toutes plus percutantes les unes que les autres. Voici le début :

"Mon patron s’appelle Dolto. C’est un petit homme suave d’une quarantaine d’années assez rond à l’extérieur mais géométriquement pourri et sans pitié à l’intérieur."

S’en sortir par l’écriture, la seule issue possible.


18 avril 2006
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Le Sagouin de François Mauriac


par : Catherine Nohales

Pour échapper à la haine rance d’une marâtre aigrie, frustrée parce que ses ambitions sociales n’ont pas aboutie, parce qu’elle n’est pas mère, une seule et unique issue : la mort par le suicide, l’ultime recours d’un fils haï car portrait haï d’un mari imbécile profondément détesté.

Paule de Cernès a rêvé bien trop fort lorsqu’elle a connu Galéas de Cernès. Un nom à particule qui l’extirperait de sa condition sociale modeste, bien trop humble pour elle.

" Elle prononça à mi-voix :" La baronne de Cernès. La Baronne Galéas de Cernès. Paule de Cernès..."Comment expliquer une telle fascination pour le milieu aristocratique, une fascination qui l’a conduite directement dans une impasse ? L’auteur se risque à une explication : " La jeune fille avait voulu venger l’enfant sans doute. Et puis ce mariage, c’était une porte, croyait-elle, ouverte sur l’inconnu, un point de départ vers elle ne savait quelle vie. Elle n’ignore plus aujourd’hui que ce qu’on appelle un milieu fermé, l’est à la lettre."

Guillou, dit le Sagouin, et qui donne son titre au roman, incarne cet échec, cette vie ratée. Sa mère n’a pas de mots assez durs pour le stigmatiser, lui reprocher d’être un fils salissant. Il est à ses yeux tout ce qu’elle abhorre, comme elle abhorre son mari.

L’incipit démarre par une série de claques administrées au petit Guillou. Enfant martyr d’un père faible, effacé jusqu’à ne pas exister dans ce roman qui donne à voir une femme terrible. Incipit tragique qui conduit à un dénouement tout aussi tragique, tout aussi inévitable.

C’est un roman pudique, classique tel que l’écriture classique fut définie au XVIIème siècle. C’est un roman d’une grande justesse, d’une grande finesse psychologique.

Ce sont cette pudeur, ce refus permanent d’une complaisance morbide, d’un pathos dégoulinant qui en font la force.

Un roman à l’équilibre parfait.


18 avril 2006
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La Fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli


par : Catherine Nohales

Exagéré, cet essai ? Certainement ! Mais combien de professeurs se seront reconnus dans les cas cités ! J’en fais partie et j’ai pu maintes fois constater à quel point ce qui était dit était exact : un niveau qui baisse même si nos élèves savent beaucoup plus de choses dans des domaines bien spécifiques : internet, l’informatique etc.

Au quotidien, je me bats pour leur faire écrire des phrases correctes ; je traque les fautes d’orthographe, les verbes conjugués de façon farfelue, un désintérêt croissant pour le français. D’ailleurs, une question revient souvent : à quoi ça sert, MME, le français ? On ne parle pas en vers, au travail !! J’aime pas lire ; c’est long, c’est ennuyeux. J’en entends souvent, de tels propos.

On en est arrivé là dans certains endroits : l’école ne joue plus depuis longtemps son rôle d’ascenseur social. Elle ne transmet plus si ce n’est à une certaine élite.

Terrible dans une nation comme la nôtre.


30 janvier 2006
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Au front des sapins
poèmes de Maximine. Editions Arfuyen, 2005
Du végétal à l’humain, Maximine sait lever cette sève poétique que nous portons tous depuis l’enfance dans le terroir de notre mémoire. Après les lilas et les pivoines, elle invoque "L’immense école des sapins" dont elle loue les "Majuscules de verdure".


par : Françoise Urban-Menninger

Son enfance passée au milieu des sapins dans le Jura, Maximine nous la restitue en "transcrivant" l’écriture des sapins. "Il faut lire les sapins/ A l’envers de tous les ciels" nous crie-t-elle dans l’écho blanc de son recueil. Les sapinières de l’enfance sont la pépinière des poèmes premiers que l’auteure a portés en elle jusque dans ce coeur blessé -"Vos aiguilles plantées dans-".

L’encre, la neige et le sang ont partie liée dans une écriture belle, sensuelle, ruisselante de splendeurs, baignée d’images baroques où "balafrée petite fille", "splendides guenilles", "les loups peureux" nous ramènent dans la pensée magique et sauvage de l’enfance. Maximine, magicienne du verbe, se fait ensorcelleuse et sort de son escarcelle des trésors flamboyants et rutilants de lumière pour nous chanter les "Hiératiques hiéroglyphes" qui sont aussi "Des pinceaux pour l’espérance".

"Au front des sapins" est un hymne incantatoire qui célèbre dans la jubilation l’écriture qui s’écrit. C’est un bonheur de lecture et de relecture, un livre qui s’ouvre et s’illumine comme un coeur de verre dans la forêt sombre de la mémoire,une pomme d’amour de l’enfance sucrée au miel de sapin, à laisser fondre tout doucement dans cette langueur de l’être où naissent les mots de l’âme.

Françoise Urban-Menninger


28 décembre 2005
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Prisonnier au berceau
de Christian Bobin. Mercure de France, 2005 - Collection "Traits et portraits" dirigée par Colette Fellous.
"Depuis mon lit d’enfant, le soir, je regardais le rai de lumière jaune sous la porte." Ce rai de lumière jaune, le poète nous l’offre telle une poussière d’étoiles dans son dernier recueil de prose poétique.


par : Françoise Urban-Menninger

Chaque page de ce livre nous octroie sa part de lumière. Les choses les plus simples, les plus évidentes nous éclairent, nous éblouissent. Ainsi "le soleil explosant sur les brioches bombées","le vol aigu d’une hirondelle" suffisent à combler le poète qui nous restitue ces images dans un tel bonheur d’écriture que nous sommes comblés à notre tour. "Un papillon peut sauver une vie", une telle assertion finit par trouver en nous son cheminement et sa vérité poétique.

N’ayant presque jamais quitté Le Creusot, sa ville natale, Christian Bobin écrit :"J’ai été moineau et archange, j’ai habité dans le feuillage d’un platane et le velouté d’un nuage, j’ai déménagé des milliards de fois sans jamais sortir de chez moi."

Seul un authentique poète a le pouvoir de recréer avec les mots cette lumière particulière qui nous nimbe depuis les limbes de l’enfance et de nous en faire le don. "Prisonnier au berceau" et non "du berceau", l’auteur semble prédestiné à rester dans cette enfance qui l’illumine de sa beauté et dont l’écriture belle, simple, intemporelle se fait l’écho jour après jour.L’homme est "embarqué" dès la naissance sur cette terre où il est de passage. A lui de trouver en lui-même et autour de lui, les raisons d’être et d’espérer.

Christian Bobin, en nous livrant "son rectangle ouvert sur le ciel pur", nous permet de renouer avec la musique de notre enfance. A notre tour de danser avec les mots, de jouer avec l’ombre et la lumière, à nous de cueillir et d’accueillir la joie qui nous envahit à la lecture rafraîchissante de ce petit livre où l’auteur déclare :"Je veux être enterré dans un flocon de neige".

Et nous, les lecteurs, de devenir aussi légers, aussi humbles que des perce-neige pour entrer "dans l’invisible" où vit le poète.

Françoise Urban-Menninger


1er décembre 2005
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L’heure du jardin
Françoise Urban-Menninger 2005, Poèmes.


par : Jean-Claude Walter

Dès la première page apparaît le sourire de la mère qui s’impose à travers tout le recueil et lui donne son unité .

De longues laisses, des rubans de quatrains en octosyllabes s’y déroulent ou s’érigent à l’exemple des roses trémières, « sur l’invisible terroir/des allées de la mémoire ». Ainsi le format du livret lui-même s’adapte à la forme du poème, et c’est la voix de l’enfance qui, à chaque page, revendique son droit à dire tels souvenirs qui prennent vie aussitôt.

C’est un hymne à la rose en tous ses aspects, une glorification de l’enfance, de la quiétude familiale, qui se conjuguent au rythme des vers rapides, des rimes en cascades, des rêveries bariolées...Où les mots eux-mêmes se mettent à danser : « sarcler bêcher biner/ vocabulaire tant aimé/ des poèmes premiers ». Poésie concrète et sensuelle qui donne vie aux « voix de l’été » aussi bien qu’aux « linges suspendus », aux « fleurs du silence ».

Ainsi prennent corps les objets, les lieux et les travaux ménagers connus dès l’enfance : les soins du potager, la cuisine, la lessive, le lapin à l’aubergine, la boîte à gâteaux aux vignettes de fables, etc. Images et émotions qui dansent dans le poème comme dans les rêveries de l’auteur : « ce jardin refleurit/tous les jours de ma vie/chaque fois que j’écris ». Et les roses, de même que les abeilles, ou bien les fruits, resurgiront chaque été, même si la mort rôde quelque part sur la margelle des jours...

Jean-Claude Walter

Françoise Urban-Menninger présentera son recueil au salon du livre de Colmar les 26 et 27 novembre prochains.


11 novembre 2005
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L’Exil de l’été,
poèmes de Jacques-Henri Caillaud. Edition La Bartavelle 2005


par : Françoise Urban-Menninger

C’est dans une parfaite symbiose avec la nature que le poète traverse sa vie au gré des heurs et malheurs. Il recompose dans ce recueil « le puzzle des saisons » où l’été prend les traits de la femme aimée, aujourd’hui disparue.

Les réminiscences abondent . Heureuses, elles ont la couleur d’une solarité sensuelle et charnelle : « le feu danse sur ton visage illuminé par le bruit des convives... » La femme aimée se confond avec la saison des fruits et de l’opulence, son souvenir vibre et rayonne. C’est la saison du désir qui empourpre le cœur et les sens : « ton amour m’exaltait ».

Cependant « l’ultime palier de l’hiver » annonce la mort de l’être aimé. L’été rutilant de lumière a laissé place à « la brume d’un soir très pâle », c’est le temps de l’exil où le poète prend « les chemins de l’errance. « Le monde est comme un astre qui s’éteint » mais la femme aimée revient hanter la mémoire du poète . Elle est ce « fantôme rehaussé d’un kimono rouge » qui inspire et insuffle à l’auteur des poèmes lumineux.

Le puzzle recomposé, l’ombre et la lumière s’étreignent dans une danse nuptiale où le poète « cherche l’ombre, cousant et rapiéçant des chiffons de mémoire ». Les poèmes de Jacques-Henri Caillaud s’ils sont « chiffons de mémoire » n’en sont pas moins cousus de fils d’or qui tissent avec ferveur et amour le linceul de l’ épouse disparue.

Françoise Urban-Menninger


22 novembre 2005
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Traité d’athéologie
Michel Onfray


par : Claude Courty

Ouvrage plus communiste-anticlérical que athée. Excès de langage faisant de l’athéisme une religion du non-Dieu, aussi radicale et intolérante que les autres, dont l’auteur se fait lui-même grand prêtre, avec tout à la fois l’infaillibilité d’un pape, la violence d’un grand-mollah et les certitudes d’un rabbin. Il pontifie tout comme eux, à grand renfort de citations partisanes, de démonstrations réductrices et d’omissions allant de soi ; relents d’intégrisme.

Démontre, s’il en était besoin, que la vanité de ceux qui prétendent se passer des dieux est au moins égale à celle qui habite ceux qui se croient digne de leur considération. À plus d’un siècle de distance, c’est une actualisation des attendus de la loi sur la séparation de l’église et de l’état, appliquée à des religions qui n’ont jamais cessé de se faire une guerre et subissant, de nos jours, les effets de la mondialisation ; comme le reste.

En tout cas, bien éloigné de la libre pensée, ou du libre examen auxquel prétend l’auteur..


29 octobre 2005
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Bien entendu...c’est off,
de Daniel Carton, Albin Michel


par : Catherine Nohales

Chaque jour nous livre son lot de petites phrases, de rivalités mesquines entre hommes politiques qui, au fond, se ressemblent tant ! Aujourd’hui, 76% des Français ne croient pas en eux et ce n’est pas la lecture de ce document qui va arranger les choses.

Daniel Carton plonge dans le marigot, et nous avec ! On comprend mieux pourquoi la démocratie vacille devant l’hypocrisie élevée au rang de stratégie de carrière, devant la complicité des journalistes politiques avec ces hommes dont il sont censés dénoncer les méfaits. Rien de tout cela ! Au contraire ! Un tapis rouge étalé en permanence, une connivence désespérante qui nous fait douter et qui plonge aussi la presse dans une grave crise.

A lire car il y a aussi des moments fort drôles.

Catherine NOHALES


16 octobre 2005
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Sacrés Américains de Ted Stanger,
Folio documents


par : Catherine Nohales

Rire des autres, c’est bien mais rire de soi, c’est encore mieux.

Après avoir épinglé nos travers avec beaucoup d’humour dans Sacrés Français !, Ted Stanger renouvelle l’opération avec ses congénères qu’il n’épargne pas.

Avec beaucoup de lucidité, d’ironie mais aussi de légèreté, le journaliste américain livre ses impressions sur cet Amérique à la fois si prude et si débridée, ayant élevé au rang de veau d’or, le dollar.

C’est drôle, enlevé et rudement instructif ! Il allie à la fois l’anecdotique et la pensée plus profonde.

Catherine NOHALES


16 octobre 2005
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Port d’âmes
Arielle Bloesch, Editions Lansman (www.lansman.org), 71p


par : Céline Massart

GrandMac, MicMac et TiMac sont frères, et fils du Roi. Voici que le roi meurt, et commence alors l’histoire. Vengeance, trahison et colère, envahissent peu à peu chacun des protagonistes. Difficile pour nous de vous parler en toute objectivité (quel critique littéraire est objectif, me direz-vous...)de cette pièce. Mais, puisqu’il faut se lancer, allons-y. "Port d’âmes" nous a semblé plat, peu passionnant et avec un petit goût de "déjà vu". Même si, à la fin de l’histoire, certains personnages nous ont parus plus attachants, même si la morale de l’histoire nous a alors semblée plus apparente, en toute subjectivité, "Port d’âmes" n’a pas touché la nôtre.

13 septembre 2005
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L’histoire de Belgique au fil de la bande dessinée
Pierre STEPHANY, Éditions Versant Sud (www.versant-sud.com), parution courant septembre, 150p


par : Céline Massart

Loin, très loin des ennuyeux manuels d’histoire que nous avons tous eu en mains lors de nos études, "l’Histoire de la Belgique au fil de la BD", nous apprend beaucoup. Le concept est simple, mais novateur. En 150 pages, l’auteur retrace, en effet, les grands évènements ayant façonné l’histoire belge, de 1830 (date de l’indépendance belge) à nos jours. Écrite simplement, cette histoire se lirait presque...comme un roman. De plus, Pierre Stephany illustre le plus possible ses propos de planches de BD. Bien plus alléchant que de vieilles photos jaunies, vous en conviendrez... Et c’est ainsi que, en quelques pages, et presque sans nous en être rendus compte, nous avons survolé le passé de ce petit pays, des débuts de l’automobile au village planétaire. C’est fou comme le temps passe vite...

13 septembre 2005
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Pour ceux qui croient que la terre est ronde
Jean-Rock Gaudreault, Editions Lansman (www.lansman.org), 71p


par : Céline Massart

1502. Christophe Colomb et son fils échouent sur les côtes de Jamaïque. Débute alors cette pièce, véritable dialogue entre un père et son fils. 47 pages où se mêlent histoire vraie, citations de Platon, dialogues imaginaires, etc. L’auteur, en quelques phrases courtes et percutantes, nous emmène, spectateurs muets, aux côtés de ce grand navigateur, qui cherche à connaître son propre fils. Une pièce émouvante, qui nous renvoie parfois à notre propre histoire, et qui fait de ce grand explorateur un homme comme les autres. Tout l’or et toutes les découvertes du monde ne vaudront jamais l’admiration d’un fils. Voici la leçon que retiendra Colomb, avant de repartir sillonner les mers. Non seulement, après avoir lu cette pièce nous sommes maintenant tout à fait convaincus que la terre est ronde, mais nous pouvons même avancer une autre certitude : Jean-Rock Gaudreault est un auteur à découvrir tant il sait, avec grâce, nous bouleverser.

13 septembre 2005
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Bruxelles dans la BD
Thibaut VANDORSELAER, Éditions Versant Sud (www.versant-sud.com), 142 p


par : Céline Massart

Encore un guide Bruxelles ? Oui et non. Oui parce que Bruxelles, capitale de l’Europe est bel et bien au cœur même de ce parcours, et non puisque c’est un thème un peu spécial qui guidera vos pas dans les dédales de la capitale de l’Europe : la Bande dessinée. Boucle de 60 étapes, cet itinéraire débute à la cathédrale des Saints Michel et Gudule. Laissez-vous ensuite guider par Thibaut Vandorselaer, sillonnant les ruelles, découvrant des fresques, etc.

Ce guide est extrêmement bien conçu : un plan en haut de chaque page vous rappelle à chaque moment votre position, de petits encarts viennent vous apporter moult renseignements sur tel auteur, tel bâtiment, etc. Le but étant de vous faire découvrir Bruxelles au travers de la Bande Dessinée, l’auteur illustre chacune des pages par un extrait de BD. C’est ainsi que vous pourrez voir que Michel Vaillant a foulé bien avant vous le sol de Bruxelles et que Bob et Bobette ont dégusté un rafraîchissement sur la Grand Place. De quoi, qui sait, vous donner des idées...

Bref, "Bruxelles dans la BD" se démarque d’autres guides, puisque il conviendra non seulement aux aficionados, mais aussi à ceux qui recherchent simplement une façon originale de découvrir la ville qui possède "la plus belle place du monde".

"Bruxelles dans la BD", Thibaut VANDORSELAER, Éditions Versant Sud (www.versant-sud.com), 142 p


13 septembre 2005
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L’Esprit meurtrier
de Philip G Walcott


par : Christophe (Reims)

Comme vingt millions de personnes dans le monde (et surement le double vu que les livres se prêtent ou parfois se volent), j’ai lu Da Vinci Code de Dawm Brown. Le seul intérêt de ce roman concerne le point de vue de l’auteur sur la religion catholique. Ce qu’il nous apprend est manifestement vrai, et sûrement encore en deça de la réalité. Mais ce qui pèche, c’est la qualité de l’intrigue policière en elle-même. L’histoire est prévisible, simple, voire simpliste, absolument sans intérêt. L’amour est à peine sous-jacent. Quant au sexe, ça sent le livre tous publics, genre Agatha Christie : il n’y a rien, le néant total, pas même une allusion ! Quand on sait l’importance qu’ont l’amour et le sexe dans la vie d’un être humain, on ne peut que sourire à la lecture de Da Vinci Code, roman pour adolescents prépubères (sauf le côté critique de la religion catholique où là, l’analyse et les recherches de l’auteur forcent le respect).

J’aime fouiller, fureter, surfer sur le net (c’est comme ça que j’ai découvert e-litterature.net) et en surfant, je déniche des livres plutôt étonnants.

Et non, il n’y a pas que Da Vinci Code ! Il y a aussi des romans d’auteurs inconnus fabuleux qui vous laissent pantois ! A tel point que de suite après avoir lu mon dernier roman, j’ai eu une envie terrible d’en parler, en bien (alors que Da Vinci Code m’a plutôt donné l’envie d’en faire une critique négative). Comme je n’avais personne sous la main, j’ai foncé sur le site où j’ai acheté le livre et je me suis lâché (FNAC pour ne pas le nommer). J’en avais écrit une page pleine mais le site en question a limité mes caractères. J’avais pourtant bien envie de m’étaler sur ce thriller. Bien sûr, le temps passe et je suis de moins en moins empreigné de l’atmosphère du roman, mais le souvenir reste celui de six heures où je me suis régalé.

Pour qu’un livre soit un coup de coeur comme l’a été celui-là pour moi, il faut être en phase avec l’histoire. Cette sensation est magique. Un livre c’est la découverte d’une histoire à un moment et un lieu clés de notre vie. Lire le même livre à un âge différent, dans un lieu différent, deux jours avant lorsqu’on n’était pas amoureux, ou deux jours plus tard lorsqu’on a trouvé du travail, et la sensation peut être totalement différente. Il en va d’ailleurs de même pour les films.

Je devais me trouver dans ces conditions optimales pour me sentir autant captivé par cette histoire. Toujours est-il que j’ai adoré ce roman inclassable. Il y a de tout : une intrigue absolument palpitante, du suspense, de l’amour, du sexe, du fantastique (crédible), des larmes... sans compter une version de l’assassinat de Kennedy absolument incroyable. La magie opère, forcément. Un conseil : lisez ce livre seul, la nuit, dans le silence... Et pour les amateurs de la série X-Files comme moi : ne le ratez sous aucun prétexte, vraiment !

Ah, j’oubliais, le roman s’appelle "l’esprit meurtrier" de Philip G Walcott.

Christophe ( 51100 Reims). 20-08-2005


20 août 2005
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La Salamandre de J-Ch Rufin
Gallimard 2005


par : Henri Gabrysz

Un roman qui commence à la page 13, ça risque de craindre

en plus ça s’intitule La Salamandre

hum La Salamandre, l’auteur explique que cet animal vit dans le feu !

il restait pas moins de 187 autres pages pour distiller tout le malheur du monde jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à la lie

certains mots rares, bien sûr on est au Brésil, où il y a du bois rare

Jean-Christophe rufin avec La Salamandre , il réussit à vider la fiole du malheur tout le long de ces 187 pages, il la vide au compte gouttes

par contre, JC Rufin bien sûr, le plus grand mérite de son roman est de nous épargner le prix du voyage au Brésil. Rufin devrait demander au gouvernement de gauche de ce maudit pays de merde au moins la rançon, sinon un pourcentage perçu du ministère du tourisme de ce pays merdique peuplé de bâtards de nègres et de mulâtres et de négresses et de mulâtresses

d’ailleurs Rufin ne se gêne jamais pour décrire le Brésil comme le fruit des négros, des gros culs et des grosses bites et des grosses voix qui chantent et des grosses fesses se trémoussant et suintant

d’ailleurs le Brésil c’est l’envers du monde et surtout de la France

en 187 pages on assiste à la désintégration d’une Catherine ( y aurait-il un rapport avec C Millet ?) D’une bonne petite françousse même pas bourgeoise, même pas issue classe sociale supérieure, pourtant qui s’est haussée dans la société.... d’une bonne petite femme française

mais trêve de balivernes.... il faut c’est impératif LIRE La Salamandre de Rufin

jusqu’à la lie

H Gabrysz


11 juillet 2005
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Leur histoire
de Dominique Mainard - Joelle Losfeld, 2001 - Prix du roman Fnac 2002


par : laurent63

Une qualité exceptionnelle pour l’écriture de ce roman, l’auteur nous parle avec des phrases simples mais pleine de poésie.

L’histoire de cette petite fille qui ne parle pas nous touche au plus profond, les traumatismes vécus par sa mère sont décrits avec une simplicité qui est bouleversante. L’amour entre la mère et la fille, puis entre Merlin et la mère nous fait vibrer.

Les descriptions ne sont pas trop lourdes, le rythme est bon. On est surpris par la qualité d’écriture qui dépasse les grands classiques. On ressent cette atmosphère magique que l’auteur veut nous transmettre.

C’est un livre magnifique plein d’émotions qui se laisse lire, sans longueur, sans fatigue. Quand on le termine on est surpris par l’enchantement du lecteur qui n’a pas vu le temps passé. Un chef d’oeuvre tout simplement...


16 avril 2005
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Mon amour ma soeur
l’imaginaire de l’inceste frère-soeur dans la littérature
Comment lire l’inceste ?


par : Houri69

Mon amour, ma soeur : un titre paru en janvier chez L’Harmattan (www.éditions-harmattan.fr) dans la collection Sexualité Humaine. C’est un essai sur l’inceste frère-soeur tel qu’il est imaginé et écrit par les écrivains post-romantiques du 19e siècle. Un imaginaire qui remonte aux mythes antiques dont celui d’Isis et Osiris exploité comme référence et grille de lecture de ces histoires scandaleuses et fascinantes. L’inceste fait partie de tous les mythes sur la Création de l’univers, de l’humanité et par conséquent de la culture car le groupe se fonde autour d’une histoire sacrée qui délivre les rites religieux, les valeurs morales et les règles sociales autour desquels il se consolide. Isis et Osiris sont à l’origine de la civilisation égyptienne, Zeus et Héra sont à l’origine de la civilisation grecque, la lune et le soleil, autre couple incestueux, en fonde bien d’autres. La plupart des civilisations découlent d’un inceste adelphique. La disparition de ces croyances religieuses a fait de ces mythes, retranscrits, modifiés, réécrits, des textes littéraires dont le théâtre et le roman sont les héritiers directs.

27 février 2005
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Nouvelles d’Afrique de Maupassant
Maupassant voyageur


par : Houri69

Si le qualificatif que l’on est tenté de proposer de prime abord pour qualifier les espaces parcourus dans l’univers littéraire de Guy de Maupassant est celui de "normands", il est loin d’en refléter toute la richesse et la diversité.

Contrairement au sédentaire qui n’aurait trempé sa plume qu’au cœur de sa région natale, Guy de Maupassant vola volontiers sous d’autres cieux. Il s’aventura au Maghreb, où il accomplit quatre voyages. Il se rendit tout d’abord en Algérie (juillet à septembre 1881) en tant qu’envoyé spécial pour le compte du quotidien Le Gaulois où il était alors chroniqueur, lors des soulèvements qui éclatèrent dans le Sud Oranais. Il posa à nouveau le pied sur le sol d’Afrique du Nord quelques années plus tard (octobre à décembre 1887 - hiver 1888-1889 - septembre 1890).

Outre les nombreux articles parus, outre les récits de voyage qui en ont découlé, les nouvelles de Guy de Maupassant rassemblées dans ce volume sont largement marquées du sceau de ses voyages africains. Comme l’ensemble de son œuvre, elles sont parfois empreintes de cette sensualité primitive avec laquelle il cueille chaque manifestation de la vie. Sa perception directe des multiples sensations lui permet dans ces nouvelles de retranscrire toute l’originalité exotique des sujets surgis du sein du si mystérieux Maghreb.


27 février 2005
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