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Après l’Histoire - Ph. Muray
mercredi 21 juillet 2010 par Serge Uleski


La patience est toujours récompensée... même en lecture !

Après plus de 400 pages de ce qui s’avère être un pamphlet apocalyptique contre tout ce qui n’est pas Philippe Muray... loin de toute tentative d’analyse d’aucune cause, "Après l’Histoire" ou comment cultiver l’art de jeter le bébé avec l’eau du bain et la baignoire avant de dynamiter la salle de bains dans un... après-moi le désert ! non-assumé faute de pouvoir être consciemment revendiqué comme tel...

Misanthrope dans le meilleur des cas, ou bien aversion profonde pour le genre humain dans le pire - il faut toujours se méfier des auteurs qui citent Céline à profusion non pas pour son style mais bien pour ce qu’ils croient être sa "pensée")...

Un peu de lumière dans un monde plongé dans les ténèbres, une perle d’analyse de Philippe Muray... sur un sujet inattendu : le roman.

***

Extrait de "Après l’Histoire" page 470 à 473 - Editions Gallimard - collection Tel -, librement adapté par votre serviteur.

Le roman est inséparable, dans son histoire propre, de l’Histoire elle-même, autrement dit du long moment où se sont opérées la chute des dieux et la désagrégation de tous les absolus ; et que, par conséquent, l’effacement actuel de l’Histoire (redoublé par la négation acharnée de cet effacement) le place dans une situation pour le moins inédite.

Le roman n’aurait pu surgir ni se déployer sans la chute des dieux et la désagrégation de tous les absolus qu’il n’a cessé d’orchestrer sous de multiples formes ; et il demeure la plus haute, la plus drôle, la plus riche manifestation qui soit de la rupture du genre humain avec l’éternité, ou plutôt de la naissance réelle du genre humain par ce divorce avec l’éternité, et de l’entrée de celui-ci dans le temps irréversible.

Le roman, qui est le tombeau de l’absolu (et, corrélativement, le berceau de l’individualité), ne peut que se retrouver dans une opposition violente dès lors que son antique ennemi, l’absolu, est de retour non plus sous l’apparence de Dieu, bien sûr, mais par exemple, et en attendant mieux sans doute, sous celle de l’indifférencialocratie, du césarisme synonymique ou du despotisme de clones qui ne représentent que des fausses luttes et des fausses oppositions destinées à masquer le fait qu’il n’existe plus de choix.

Le roman se retrouve à présent, comme il y a des siècles, et sans doute comme toujours, dans un environnement qui ne peut que lui être hostile ; mais c’est seulement la connaissance de ce nouvel environnement et de cette nouvelle hostilité, jointe à une autre connaissance, celle de la récusation farouche et presque universelle de tout cela, qui peuvent lui permettre de commencer à devenir le tombeau des nouveaux absolus car...

Si le roman a été le tombeau des anciens absolus, et si l’absolu est maintenant de retour dans ses habits neufs, il est normal que cet absolu ressuscité considère l’art romanesque, et avec lui toutes les menaces de liberté, d’imprévisibilité, d’indiscipline, d’écart par rapport à l’absolu que le roman implique, avec la même haine que les anciens absolus.

Ce que l’on a appelé, il y a quelques décennies, la "crise du roman", sans jamais pouvoir l’ausculter jusqu’au bout puisque ses analystes étaient en général complices, ou compagnons de route, du mouvement qui était en train de mettre le roman "en crise", n’a été que l’annonce d’une confrontation décisive mais encore à venir : c’est aujourd’hui que le roman, pour la première fois dans son histoire, a à affronter la fin de l’Histoire.

Le roman n’existait pas du temps où l’Histoire n’existait pas non plus. Maintenant il existe ; ou, du moins, il a derrière lui une longue histoire. Mais l’Histoire, elle, n’existe plus. Aussi, notre époque a le plus haut intérêt à vendre littérairement le contraire de ce qu’elle fait exister : l’apparence de la liberté, de prétendus particularismes... un temps non encore écrasé sous la violence du temps mondial appliqué à faire disparaître toute singularité.

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