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Le Bréviaire de l’écureuil d’Albert Strickler

L’auteur donne suite à son ouvrage "Au-dessus du brouillard" en rédigeant au fil des jours son "Journal du Tourneciel 2009" qui vient de paraître aux Editions des Vanneaux

mercredi 10 novembre 2010 par Françoise Urban-Menninger

D’emblée, c’est la même musique que dans le livre précédent qui nous saisit et nous entraîne de la première à la dernière ligne dans le voyage intérieur d’un poète. Avec lui nous écoutons Mozart, Haydn ou Chopin dans sa voiture tout en "nourrissant notre regard" des paysages du Ried qu’il traverse. Avec lui, nous nous promenons à Paris aux côtés de Claude Vigée, nous recevons en sa compagnie l’une des filles du poète Jean-Paul de Dadelsen dans son salon, nous sommes à Madère ou à Lisbonne et nous n’avons de cesse de partager ses doutes quant à l’écriture même d’un Journal.

Car ce qui fait la force de cet ouvrage de près de sept cent pages, c’est la question récurrente de l’écrit dans le même temps où l’auteur rédige. Paradoxalement, Albert Strickler réitère tous les jours sa réponse en poursuivant cette tâche dont il dit lui-même qu’il ne saurait s’en défaire.
Tout l’enjeu de l’écriture tient dans cette apparente contradiction où l’oeuvre prend forme. Et cela pour notre plus grand bonheur car la musique d’Albert Strickler se compose tout à la fois de "petits riens somptueux" cueillis du bout de l’âme dans son jardin ou au hasard de ses lectures ou encore de ses rencontres avec des écrivains ou des artistes qu’il nous convie à partager.
Son Journal est bien plus qu’une invitation à côtoyer le quotidien d’un poète, nous redécouvrons avec ses yeux les splendeurs d’un univers banalisé. Chaque page déroule son offrande de clartés qui naissent des mots jetés sur le papier.
"Le Bréviaire de l’écureuil" s’apparente à un long poème en prose qui permet à chacun de se ressourcer et de faire provision d’images resplendissantes à l’instar du petit animal prévoyant. Si nous vivons toute une année en compagnie d’Albert Strickler en nous plongeant dans son Journal, il n’en est pas moins vrai que chaque phrase nous parle de nous-mêmes et nous incite à un retour sur soi. Ce voyage immobile dans les terres intérieures du poète est aussi le nôtre car Albert Strickler le dit haut et fort :" Il y a trop d’inertie dans ce monde, trop d’entreprises de décérébration !"
Ce Journal acquiert ainsi la force et la forme d’une résistance où l’auteur garde intacte sa capacité de s’émerveiller et de nous émerveiller. Avec lui nous sentons et pressentons "tout cet or liquide qui s’écoule de la corne d’abondance du jour" car chaque jour n’est-il pas arraché au temps et à notre mort ?
Un pot de confiture de mûres cueillies par son père aujourd’hui disparu, l’apparition d’un cerf au Tourneciel, l’odeur enivrante du sureau ou de l’acacia sont autant de petits riens "emmenés dans son sang" et restitués dans la splendeur d’une écriture qui s’écoule naturellement telle une eau vive et luminescente.
Les premiers mots qui traversent l’auteur le matin du 24 mai donnent mieux que n’importe quelle analyse le ton de cet ouvrage à lire d’un trait puis à reprendre en le savourant page après page, ligne par ligne :"Je traverse le temps/ Dans l’écume de la lumière".

Françoise Urban-Menninger

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