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Sérénissime Assassinat - G Wittkop
vendredi 14 janvier 2011 par penvins

Le choix de Venise la Sérénissime n'est bien sûr pas anodin, cité maritime bien sûr, mais aussi cité des masques, tout au long de ce roman, on se demande qui est l'assassin et,  pourtant, la vraie question n'est pas là, la vraie question, c'est bien sûr pourquoi, question à laquelle l'auteur répondra révélant du même coup le vrai scandale qui n'est pas cette série de meurtres mais bien plutôt  - du point de vue de l'assassin - cette série de mariages

Le choix de Venise la Sérénissime n'est évidemment pas anodin, cité maritime bien sûr, mais aussi cité des masques, tout au long de ce roman, on se demande qui est l'assassin et,  pourtant, la vraie question n'est pas là, la vraie question, c'est en effet "pourquoi?", question à laquelle l'auteur répondra révélant du même coup le vrai scandale qui n'est pas cette série de meurtres mais bien plutôt  - du point de vue de l'assassin - cette série de mariages.

Le secret est sans doute le sujet même du livre. Secret gardé de la personnalité de l’assassin, mais aussi secret gardé des crimes eux-mêmes, visiblement la société sait et se tait, prétend qu’elle n’a pas de preuves suffisantes

Quelqu’un se demande si la personne qu’il a vue sortir dans des circonstances spéciales était bien celle qu’il pense - p 45

Nous n’avons malheureusement pas de quoi formuler le moindre chef d’accusation. Tout est encore trop imprécis -  p 65

Un page maure sait quelque chose. Un gondolier a vu quelque chose . Une servante a trouvé quelque chose. Un médecin soupçonne quelque chose – p 70

Tout Venise murmure, mais personne ne dit rien.

Le style du roman lui-même renforce cette impression de mutisme, la littérature y est au sommet de son art, un art de l’ellipse, il s’agit de faire comprendre au lecteur, jamais de dire, à celui-ci de faire l’effort de lire et d’entendre.

Pour la ville des miroirs, une écriture comme faite de miroirs brisés dont chaque fragment offre un nouveau regard sur l'écorce des choses.

Écrit Gabrielle Wittkop en préambule, il s'agit bien de cela, de ne rien dévoiler de ce qui rend les amours d'Alvise scandaleuses, de ce qui provoque systématiquement leur destruction, ne montrer que des fragments, rester à la surface de ce qui ne peut être dit de façon explicite. Et pour mieux dire que l’on ne parle pas de faits réels prétendre qu’il ne s’agit que de marionnettes, évoquer simplement la plus violente et la plus ancienne des transgressions.[…]monstrueuses semences […] Voici venir le temps des Atrides. Partout il y a des signes. Spina bifida, crétinisme, mongolisme. Jamais ne sont apparus tant de monstres,[…]. De sorte que le lecteur peut se dire qu’il y a derrière ces crimes bien autre chose que ce qui lui est officiellement présenté. On découvre au fond des cours des cadavres secs et comme conservés dans le bitume. Ces cadavres-là ne sont bien entendu pas ceux des femmes successives d’Alvise mais  ceux de petits enfants éventrés.

Le lecteur évidemment n'en saura pas plus, à lui de lire entre les lignes, il reste un roman à l'atmosphère trouble qui s'est emparée des personnages des toiles vénitiennes pour leur donner vie dans une Sérénissime décadente. Un petit bijou finement ciselé à lire et à relire qui mêle la mort à la beauté à l’heure où Bonaparte entrant dans Venise met fin aux splendeurs du XVIIIe siècle.

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