Charles Sitzenstuhl
Toni Morrison
Christian Dedet
Georges Bernard Shaw
Régis  Debray
Albert Camus
Virginie Symaniec
Emir Rodriguez Monegal
Jorge Luis Borges
Abdeljelil Ataffi

19 ans !




Accueil > Vos Travaux > La femme et les filles de Loth

La femme et les filles de Loth
dimanche 15 janvier 2006 par Yvette Reynaud-Kherlakian

Pour imprimer


• La femme de Loth est transformée en statue de sel pour avoir voulu se retourner sur le spectacle de l’anéantissement de Sodome et de Gomorrhe. Si Dieu vous fait la grâce de vous sauver du châtiment public, prendre ses jambes à son cou est la seule façon de collaborer avec sa volonté. Regarder en arrière, c’est se figer dans un passé envahi par le Mal alors que vous est accordée la grâce du salut... C’est ainsi sans doute que doit parler le catéchiste orthodoxe. Mais que peut dire ce même catéchiste de la conduite des filles de Loth ? Il semble ici que la survie de l’espèce l’emporte sur toute considération morale : exogamie et interdiction de l’inceste ne seraient exigibles que lorsque le groupe familial est ouvert à d’autres groupes...

Il est remarquable que ce soient les filles de Loth qui endossent tranquillement la responsabilité de l’inceste : leur père reste ainsi l’irréprochable serviteur de Yahvé. Mais qu’en est-il au juste de ces deux effrontées ?

D’abord, telle mère, telles filles. Depuis Eve, décidément, la femme biblique (et ça dure, ça dure) est plutôt du côté de la nature, de la spontanéité gourmande que du côté de la loi et de l’obéissance à une volonté transcendante. La colère de Dieu foudroyant Sodome et Gomorrhe, ça devait être un fameux spectacle pourtant (je revois Lyon tapissée de ballons lumineux avant un bombardement américain lors de la deuxième guerre mondiale) et la femme de Loth ne résiste pas à l’envie de voir ; d’autant plus que ce qui disparaît avec Sodome, c’est tout un pan de son existence. Mais Yahvé, en pleine activité justicière, ne va pas s’amollir en considérations psychologiques et la curieuse, la nostalgique est prise dans le châtiment collectif. Pourtant, au lieu d’être réduite en cendres avec les autres, elle devient -colonne faite du sel jailli de la Mer Morte sous le choc des villes englouties- quelque chose comme leur stèle commémorative. Un assez beau destin en somme, Yahvé en soit loué.

Ses filles, elles, se font, de propos délibéré et sans états d’âme, les gardiennes de la lignée. Femelles vigilantes et rusées, elles font ce qu’elles ont à faire : transmettre la vie. Le narrateur ne songe pas à blâmer le procédé. Mais il est remarquable que Yahvé soit absent de la scène. Le comportement des deux femmes correspond à une exigence première, extérieure au désir de l’homme et antérieure à la volonté explicite d’un Dieu. Pour laisser se constituer une histoire des hommes où Il puisse entrer en Personne et faire basculer leur mémoire de la réminiscence au souvenir, Dieu attend le mûrissement de cette conscience malheureuse -et phallique- qui s’arrache à la glèbe pour se tendre vers le ciel. La femme, elle, lourde d’enfants, reste naturelle (et pour ce, abominable, ajoutera Baudelaire, poète inspiré s’il en est) : l’homme a, certes, à se servir de la nature, donc de la femme, mais son rôle essentiel est de tendre l’oreille à la voix de Dieu et d’interpréter le message recueilli afin de le transmettre à la communauté.

Ainsi ça cause, ça cause dans le dos des femmes, jusqu’à ce que le corps de l’une d’elles soit fait temple du Fils de Dieu. Marie rachète Eve et sa descendance mais encore faut-il que, conçue sans péché et fécondée par le seul Esprit-Saint, elle n’appartienne plus tout à fait à la condition humaine...

L’histoire d’une humanité où homme et femme coexisteraient -strictement égaux devant la loi, dans une libre relation de pair à compagnon au sein du forum socio-politique- et accompliraient le secret de leurs différences dans l’échange amoureux, en est à ses premiers balbutiements.

L’homme et la femme ont à remodeler leur humanité l’un par l’autre, l’un avec l’autre, Dieu de la bible volens nolens. Inch’Allah !!!

Copyright e-litterature.net
toute reproduction ne peut se faire sans l'autorisation de l'auteur de la Note ET lien avec Exigence: Littérature

Messages

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?