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Maîtresse de Valérie Martin
vendredi 27 janvier 2006 par Catherine Nohales

Ce court roman, sobre et dense à la fois, raconte le désastre d’une vie, celle de Manon Gaudet, et donne à voir les rouages d’une société sudiste malade de son esclavagisme.

Nous sommes avant la guerre de Sécession. L’héroïne, si l’on peut la qualifier ainsi, trempe sa plume dans l’amertume la plus corrosive pour mettre à nu la veulerie de son mari, de sa servante Sarah, de tout un système qui pervertit les hommes, leurs moeurs. Sous les bonnes manières se cachent des pratiques barbares qui finiront fatalement en guerre civile.

Le ton est donné dès le début. Un début glauque, sordide qui tranche nettement avec le démarrage tonitruant du best-seller de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent.
En effet, Manon assiste de loin aux "jeux" aquatiques de petits esclaves, "jeux" qu’exige son mari. Ce dernier est un homme du Sud aux pulsions malsaines, aux pulsions pédophiles. La narratrice se tait, écoeurée certes, mais complice volontaire par son silence. La société sudiste musèle les femmes. Et puis que vaut un Noir, esclave de surcroît ?

D’emblée, le mythe fécond d’un Sud chevaleresque pétri de valeurs humanistes s’effondre. Un mythe immortalisé au cinéma par un film, tourné en 1939. Mais Valérie Martin lui donne un premier coup de boutoir, le premier d’une longue série.

Manon est une femme bafouée à plusieurs titres. Son époux est un ultraconservateur imbu de lui-même, sûr, absolument sûr de ses prérogatives. Il est un amant bruyant, lourdaud qui donne l’assaut à sa femme : il ne lui fait pas l’amour. Il incarne un Sud aveugle, barricadé dans ses certitudes suicidaires et meurtrières. Sa femme est impitoyable. Son regard ne lui passe rien. Homme maladroit, encombré par son fils adultérin, Walter, le fils de Sarah, l’esclave mutique et dangereuse. Elle a eu deux enfants avec lui. Courant, terriblement banal à cette époque et néanmoins, c’est un terrible camouflet pour Manon stérile. Une insulte vivante qui hurle, vocifère dans la maison. La narratrice n’est pas mère, elle est donc méprisable.

Sarah est la véritable maîtresse de la maison. Elle est une femme ambiguë, inquiétante par ses silences qui cachent une nature rebelle. On est loin de la jovialité affectueuse des esclaves d’Autant en emporte le vent.
Chez Manon, ils se révoltent et tuent pour conquérir leur liberté. Le sang coule, et d’abondance. Le mari de la narratrice meurt décapité, trahi tandis que Manon reste infirme d’un bras.

Dans ce chaos, y a-t-il possibilité de rédemption ? Y a-t-il possibilité de vivre enfin un amour sincère qui ne serait pas perverti par les conventions hypocrites d’une société esclavagiste ?

Les désillusions s’accumulent et les vérités éclatent, partielles mais terribles dans leur impact destructeur.
Dans ce roman remarquable de sobriété, rien ne semble devoir échapper à cette exigence : celle d’une vérité enfin rétablie sur un monde impitoyable et d’emblée voué à la disparition. Un mythe devait être détruit, il le sera méthodiquement.

C’est un roman bouleversant dans sa simplicité d’écriture, dans cette épure constante qui est exigence de vérité, quête de vérité. Valérie Martin traque les mensonges, les faux-semblants. Elle rétablit les faits, bouscule les préjugés, les idées romanesques qui nous ont induits en erreur, colportées dans le monde entier.

Pour toutes celles et ceux qui veulent lire autre chose que le livre de Margaret Mitchell.



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