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"La Place du coeur" de Steinunn Sigurdardóttir
vendredi 14 avril 2006 par Raphaël Cornu

Mais où est-il donc ce coeur dont tout le monde dit qu’il manque dans nos sociétés contemporaines ? La romancière islandaise Steinunn Sigurdardóttir décide de partir à sa recherche dans ce très beau roman, La Place du coeur (Hjartastaður en version originale), à travers l’histoire de Harpa, mère célibataire reykjavikoise, qui désepère en voyant sa fille de 16 ans, Edda, plonger dans la drogue et l’acool. Steinunn Sigurdardóttir dit de l’amour, en commentant son oeuvre, qu’ “il est la clé de tout. Lui et son manque”. C’est exactement de quoi il s’agit ici : l’amour d’une mère pour sa fille, la haine d’une adolescente pour sa mère.

Pour essayer de sauver sa fille, Harpa décide de partir, de quitter Reykjavík, cette ville réputée pour ces nuits folles, produisant, en marge, son lot de désespérés. Elle décide de partir s’installer pour l’hiver à la campagne, chez de la famille dans l’Est de l’Islande. Le récit commence au départ pour l’Est dans leur fourgonnette de déménagement de Harpa, Edda et de Heidur, amie de Harpa les accompagnant, et s’achève à leur arrivée. En terrain neutre : sur la route, ni à Reykjavík, le lieu de débauche d’Edda, ni dans l’Est, le lieu salvateur pour Harpa. Avec un arbitre : Heidur, qui reconnaît le mauvais comportement d’Edda aussi bien que les échecs en tant que mère de son amie. Les deux femmes vont renouer des liens, se reparler, en s’insultant au début puis petit à petit gentiment parfois, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps alors qu’elle vivait sous le même toit. La route, le changement d’air, les rencontres vont libérer la mère et la fille de ce huis clos dans lequel elles ont été si longtemps en captivité, et les aider à se voir avec des yeux neufs. Ce voyage est aussi l’occasion pour Harpa de revenir sur tout ce qu’elle a vécu. Par une série de flashbacks, elle replonge dans l’enfer qu’elle fuit : les insultes de sa fille, sa violence même, l’absence totale de communication, l’absence d’amour...

Ce roman mèle des sentiments contradictoires. Un sentiment de désespérance qui tiraille Harpa, le personnage principal, essayant de sauver sa fille mais aussi elle-même, de se sauver de l’abattement qui l’a trop souvent envahi. Et puis il y a ce sentiment de liberté retrouvée, ce souffle frais du départ, du voyage, des paysages islandais grandioses que les femmes traversent dans leur fourgonnette. Mais il y a auusi cet air vicié qu’apporte les récits de Harpa sur sa fille, sur la difficulté d’être une mère célibataire, sur la déchéance de sa fille, comme lorsqu’elle la retrouva inanimée dans un jardin publique parce qu’elle avait bu et pris de la drogue avec ses mauvaises fréquentations. Les personnages rencontrés sur la route apportent également cet air frais dont les femmes ont besoin. Il y a ces trois femmes de la ville avec leurs soucis de citadins que nous connaissons bien : comment vivre ensemble, comment être indépendant, comment grandir dans une ville où la tentation de l’interdit n’est jamais loin, et il y a ces personnages rencontrés sur la route, ces habitaants de la campagne à la vie simple et pour qui toutes ces préoccupations ne veulent rien dire. Ils apportent l’innocence d’une vie simple, qui n’est pas guidée par les conflits personnels, produits de l’individualisme.

Comment Harpa arrivera-t-elle à sauver sa fille, et y arrivera-t-elle ? La Place du coeur nous offre une belle réflexion sur les relations mère-fille dans notre société actuelle où l’indépendance de l’individu prime si souvent sur la vie de famille. Mais peut-être la clé ce roman est-elle aussi dans le bienfait du départ, de la fuite, le changement d’air. Fuire l’environnement mais pas les personnes. Harpa part avec les deux personnes qui lui sont le plus chères : Heidur et Edda. Elle emmène aussi avec elle sa mère morte, parlant souvent avec son fantôme. Elle découvre l’identité de son vrai père, retrouve un amant qu’elle croyait perdu. Cette fuite la rapproche des gens, non pas parce qu’ils étaient loin mais parce que cette nouveau départ lui donne un regard neuf sur les choses, sur les gens, sur sa fille, et surtout sur elle-même.

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