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Un homme dans la poche, Aurélie Filippetti - Stock 2006
mercredi 26 avril 2006 par penvins

Le deuxième roman on dit que c'est le plus dur, de ce point de vue Aurélie Filippetti s'en sort très bien, je le trouve mieux

Le deuxième roman on dit que c'est le plus dur, de ce point de vue Aurélie Filippetti s'en sort très bien, je le trouve mieux maîtrisé que le premier, c'est même peut-être ce que je lui reprocherais, d'être parfois trop maîtrisé. Il y a des fois où l'on a l'impression qu'Aurélie Filippetti a voulu faire plaisir à son éditeur, lui donner les pages d'érotisme dont il avait besoin pour bien vendre le livre. Mis à part cela - sans confondre bien entendu fiction et réalité - il y a un vrai courage à s'exposer ainsi quand on est sur le devant de la scène politique. Aurélie Filippetti est élue municipale dans le 5ème arrondissement de Paris où elle ne manque ni d'amis ni surtout d'ennemis.

Si je n'avais pas dit courage j'aurais peut-être dit naïveté, ou alors ingénuité comme pour dire en un seul mot génie de la naïveté. Parce que tout dans l'héroïne de ce roman conduit à parler de fraîcheur naïve. Et d'abord ce  mon amour répété sans cesse jusque dans les dernières pages alors que de toute évidence elle n'a plus rien à espérer de cet homme qui a décidé de ne pas rompre avec sa vie de famille, de rester à l'intérieur de son couple. Et c'est sans doute la naïveté la plus touchante parce qu'elle reste au-delà même de la prise de conscience. Nous lecteurs qui regardons cette histoire de l'extérieur nous mesurons bien l'impudeur de ce mon amour, sans doute plus que des scènes dont j'ai parlé plus haut, et cependant il y a dans cette grande impudeur, dans ce grand déballage une force non seulement vitale, une rage de faire exister ce qui n'est plus, mais aussi une force narrative. Au fond ce qui mène le récit c'est bien ce refus d'accepter l'inacceptable, la mort de cet amour, les raisons qui l'ont fait mourir.

En contrepoint de cette histoire d'adultère, il y a l'amour du père, la différence d'âge, l'héroïne s'en doute quand même un peu, a été pour quelque chose dans cette aventure. J'ai bien pensé, bien sûr, que c'était mon père que je cherchais à travers toi, [...] On se souvient de la force de cet attachement au père dans Les derniers jours de la classe ouvrière, on retrouve ici l'histoire de cette séparation brutale, de cette mort que l'on tente de dissimuler maladroitement à la narratrice et qui en devient d'autant plus cruelle, on comprend mieux à la lumière de ce rappel explicite ce qui rend cet amour si fort, et sa mort si difficile à accepter. Il y a cependant entre cet homme et le père de la narratrice, une différence fondamentale et qui rend la superposition impossible. Lui c'est un bourgeois. Un bourgeois d'après 68, de ceux qui fêtent la chute du mur de Berlin, certes, mais un bourgeois quand même. Peut-être même est-ce ce qui en fait un idéal, lui n'appartient pas à ceux qui ont cru au communisme et se sont fait berner. D'une certaine façon il efface l'erreur du père. Il le dépasse.

Est-ce là que se situe cet incroyable attachement ? Comme une certaine attirance pour l'autre, la classe honnie, celle des maîtres, pire même que celle de la génération précédente Tu te mettais à notre place, ce que jamais ton père n'aurait osé faire, et notre place, tu nous en chassais, avec ta lourdeur et ta maladresse de petit roi.

On a lu dans le roman d'Aurélie Filippetti une illustration de la domination d'une classe sociale sur une autre jusque dans les histoires d'amour. C'est sans doute vrai. Mais les mécanismes en sont plus complexes qu'il n'y paraît. Et ils sont parfaitement mis en évidence dans ce roman. Ce n'est pas tant un homme qui domine une femme - il y a plutôt de la part de cet homme une certaine indifférence : Les nôtres étaient balayés, pas insultés, non, simplement omis. dit-elle et cela s'applique parfaitement à l'attitude de son amant. Mais ce qui devrait faire réfléchir, ce qu'Aurélie Filippetti a parfaitement compris, c'est que son attachement à cet homme vient d'ailleurs, que ce qui la retient ce sont ces cheveux grisonnants, cette différence d'âge mais peut-être aussi ce bonheur bourgeois détesté et jalousé. Il y a une véritable fascination. Comme dans toute passion, il y a quelque chose de pas tout à fait conscient qui va rendre le deuil impossible. Cet amour est indépassable, des années après il reste inimaginable de ne pas dire encore mon amour.

Et en même tant il y a quelque chose contre lequel cet amant ne peut rien, quelque chose que l'on ne transgresse pas. Il n'iront pas ensemble vers le Grand Est. Elle ira seule en Allemagne où elle retrouvera la saine haine de cette bourgeoisie bleu-blanc-rouge. Là s'est véritablement arrêté cet amour. Là peut-être se trouve l'issue impossible, le tabou qui permet de s'échapper, qui structure.

Que restait-il alors à celle à qui l'on a tout volé jusqu'à ses relations les plus intimes puisque son amant a décidé de tout raconter à sa bourgeoise, sinon de lui jouer le même tour en déballant tout sur la place publique. Manière habile de reprendre la main. Et peut-être explication de ce titre bien étrange : Un homme dans la poche.

 

 

Penvins

Le 25/04/2006.

Lire aussi : Les derniers jours de la classe ouvrirère


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