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Théodore Monod
samedi 29 avril 2006 par Daniel Gerardin

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Théodore MONOD

Théodore MONOD

" Le chercheur d'absolu "

"En vieillissant, je voyage beaucoup dans ma mémoire, même dans mon appartement, situé dans le navire de Paris.

Je retrouve la leçon du désert, son épure, son chant du silence, dont j'aimerais que soit empreinte la soi-disant civilisation étouffée par l'anthropomorphisme triomphaliste et orgueilleux. Ce serait une renaissance, la supervie et non la survie. La préparation d'un homme cosmique, spirituel et authentique, dépouillé de ses inutilités.

Moins d'artifice, de bruit et de fureur. La nature nous apprend la sagesse. Le Sahara nous enseigne à ne pas gémir, à ne pas parler inutilement. Le désert, comme le diocèse, vous ponce l'âme, vous apprend les gestes en symbiose avec le corps, une certaine lenteur intérieure. Le désert nous donne la notion de l'immensité, du temps et de l'éternité. L'être humain ne ressent plus son existence comme un éclair sur la terre ".

Théodore Monod est né en 1902 à Rouen, fils d'un pasteur protestant dont l'influence spirituelle et culturelle a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de sa personnalité. Sa précocité est due à son éducation. Sa mère, qui a écrit " L'éducation pacifique ", le promène à Paris tous les jours au Jardin des Plantes où il est fasciné par les fleurs et les animaux :

" le Jardin du Roy, c'est mon sanctuaire, ma ville sainte, mon Bénarès, ma Mecque, davantage : mon paradis. Je savais par coeur la ménagerie, de la grue couronnée au lièvre de Patagonie, au vautour-moine et à l'hémione. Plus tard j'ai exploré les musées. Pour être entré un jour, garçonnet de cinq ans, dans ce monde enchanteur, je ne l'ai plus quitté ".

Adolescent, après avoir hésité entre la voie pastorale et la recherche scientifique, il choisit d'être naturaliste, mais la religion restera en lui puisqu'il nommera le désert " mon diocèse ".

Il devient en 1922 assistant au Muséum national d'histoire naturelle et y soutient sa thèse sur un groupe de crustacés. Plusieurs missions de recherche lui font connaître le désert du Sahara, auquel il consacrera sa vie. " J'ai eu la chance de rencontrer le désert, ce filtre, ce révélateur. Il m'a façonné, appris l'existence. Il est beau, ne ment pas, il est propre. C'est pourquoi il faut l'aborder avec respect. Il est le sel de la terre... ".

En 1938, il est affecté à Dakar pour créer et diriger l'Institut français d'Afrique noire où on étudie toutes les disciplines des sciences naturelles et humaines. Il y restera jusqu'en 1965 et aura l'occasion de faire maints voyages sahariens, à pied et à dos de chameau.

Chercheur pluridisciplinaire, Théodore Monod est un écologiste de première heure. Militant antinucléaire, antimilitariste, défenseur des droits de l'homme et des animaux, il combat sur tous les fronts pour le respect de toute forme de vie, pour la non-violence et la paix.

" Je pense toujours que la Bible est une somme de richesses, une bibliothèque en soi, mais aussi un livre terrible où les intégristes et toutes les espèces d'illuminés peuvent trouver un miel qu'ils changent en fiel. Pour ma part, à vingt ans, elle m'a conduit vers le socialisme et l'acte révolutionnaire dans l'espoir de protéger les classes opprimées et de lutter contre toutes les exclusions. Je continue cette résistance. Je mets l'Evangile en actes, de l'infime geste au plus grand ".

Théodore Monod n'est pas seulement un scientifique de terrain, c'est aussi un penseur qui a consigné tout au long de sa vie ses réflexions dans de nombreux ouvrages : Les carnets, Le chercheur d'absolu, Révérence à la vie, Méharées, Le pèlerin du désert, L'émeraude des garamantes, Et si l'aventure humaine devait échouer, Terre et ciel...

Fils spirituel du père de Foucault, il se sentait aussi très proche du père Teilhard de Chardin dont la pensée " tout ce qui monte converge " dynamise toujours, selon lui, les penseurs qui préparent l'avenir du genre humain; avec lui, il a développé " la valeur spiritualisante et hominisante de la science ".

Monod s'est souvent demandé, si l'homme disparaissait, quelle espèce animale le remplacerait. Mais il était convaincu, avec Teilhard, que l'homme était loin d'être terminé et qu'il fallait dégager ses énergies physiques et morales inemployées : l'homme évolue, Dieu change aussi, la matière et l'esprit ne font qu'un, la religion est en mutation, il faut repenser la foi et vivre la transcendance et la lumière au quotidien.

Théodore Monod est entré à l'Académie des Sciences en 1963 où il sera surnommé " l'enfant terrible de l'Institut ". Il participe à de nombreux colloques et congrès internationaux et y parle de la nature, de la préhistoire, du Sahara, de la guerre, des touaregs.

Il dénonce le péril des touaregs nomades, menacés de disparition par les Etats qui leur imposent la sédentarisation, alors qu'il faudrait préserver leurs " courses ancestrales " et aménager pour eux des points d'eau afin d'équilibrer vie nomade et vie sédentaire.

" Le désert n'est pas le lieu de l'âge d'or. Parce que, si peu peuplé qu'il soit, il y a les hommes. Les nomades ne sont ni meilleurs ni pire que nous. En revanche, plus que nous, ils ont gardé le sens de la poésie et du rire. Ils ont réussi à s'assimiler à cette terre ".

Le désert sera toujours pour lui un refuge et une source de purification; c'est " dans ces âpres solitudes bénies " qu'il redevient l'homme authentique pour qui " la vie sauvage, élémentaire, brutale et dépouillée à souhait est parfaitement salubre.

Le désert permet d'échapper à certaines forces centrifuges néfastes, notamment concentrées dans les villes. L'homme est fatigué des idéologies creuses. Le désert nous réapprend les gestes naturellement rituels, inscrits, voire dirigés par le cosmos ".

 

Théodore Monod a toujours agi avec rigueur et noblesse de cœur. Il a rétabli le lien entre quête scientifique et quête mystique, entre science et conscience :

" Nous devons apprendre à respecter la vie sous toutes ses formes; il ne faut détruire sans raison aucune de ces herbes, aucune de ces fleurs, aucun de ces animaux qui sont tous, eux aussi, des créatures de Dieu ".

Il arpentait encore le désert à un âge avancé, presque aveugle, et, peu de temps avant sa mort, survenue le 22 novembre 2000, il faisait encore une fois la grève de la faim devant l'abri atomique de Taverny. Il disait volontiers : " Beaucoup me parent du qualificatif d'illuminé, d'utopiste. Je les en remercie. L'utopie ne signifie pas l'irréalisable, mais l'irréalisé. L'utopie d'hier peut devenir la réalité ".

D.GERARDIN

 

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