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La vita assoluta

Giancarlo Calciolari, Editions Tranfinito, 2006

lundi 19 février 2007 par Alice Granger

Plaisir, en lisant ce livre, de retrouver la langue italienne.

Giancarlo Calciolari, directeur de la revue Tranfinito.net (www.transfinito.net), nous présente dans son livre un homme de quarante ans, Saverio, qui vit à Paris, ayant fui l’Italie pour échapper au cannibalisme de la drogue.

Saverio, comme tout le monde dit-il, rêve d’un miracle permettant d’échapper à une vie ordinaire dans laquelle il doit gagner sa vie comme cuisinier puis comme pâtissier, pour se consacrer uniquement à l’art et à l’écriture. Ce miracle n’étant jamais arrivé, c’est un homme marchant dans deux chaussures différentes, une partie de la journée il confectionne, avec art d’ailleurs et aussi gourmandise, de la pâtisserie italienne et des glaces italiennes (en quantité époustouflante) pour des restaurants parisiens, juste pour se ménager l’autre partie de la journée à écrire et à peindre. C’est un garçon qui voulait être dans le ventre de sa mère, dit-il à Axelle, la fille qu’il a rencontré.

Axelle fut une petite fille aimée de tous dans sa famille. Son père, parce que le cauchemar était qu’elle puisse partir loin comme le fit un membre de la famille, préféra lui donner la liberté de quitter le Cherbourg natal pour venir étudier à Paris. Pour cette liberté, qui est aussi une liberté sexuelle, elle a l’aval paternel. On pourrait dire qu’elle peut d’autant mieux goûter à l’infini de cette ouverture parisienne que cela lui est offert, un cadeau paradoxal, puisque c’est pour repousser l’éventualité qu’elle puisse partir de la famille définitivement. Cette liberté offerte par sa famille signifie que la famille ne l’a pas perdue, qu’elle reste en son sein métaphorique déplacé partout. Ce qui est important dans ce texte, c’est qu’Axelle est une fille qui n’a pas la hantise d’être abandonnée. Elle a seulement peur d’être mangée toute crue, c’est-à-dire sans que quelqu’un sache la « cuisiner », la « préparer », l’infinitiser. On pourrait imaginer qu’elle rêva de rencontrer un homme qui saurait non seulement la prendre pour une pâtisserie avec une inextinguible gourmandise entrant en résonance avec son état de petite fille aimée de tous, mais aussi saurait en faire, de cette sorte nouvelle de pâtisserie, pour qu’elle ne rencontre jamais le risque d’être engloutie, mais devienne une pâtisserie infinie. La place que petite fille elle eut dans sa famille n’évoquerait-elle pas en effet celle d’une pâtisserie à déguster sans fin, jusque-là impossible ? Cet amour : « je vais te manger ! », et la petite fille : « Si tu me manges, toute crue, alors je ne reste rien... » Cauchemar incestueux. Mais inextinguible et sensuel désir d’être dégustée, enfin. Danger incestueux refoulé avec le bon pâtissier...

Alors, il y eut la rencontre entre Saverio et Axelle, lors d’un vernissage. Saverio, qui est un homme qui a toujours eu peur d’être abandonné, qui semble croire qu’il échouera toujours, désire cette jeune femme, et en même temps il ne peut pas croire qu’il l’aura, qu’elle s’intéressera à lui et que cela n’aura plus de fin. Que grâce à elle, ce sera la « vita assoluta », la vie sans fin...dans le ventre de laquelle il sera enfin. La drogue n’a-t-elle pas été une façon de tenter de saisir par la consommation d’héroïne l’héroïne introuvable, la femme artificielle, celle qui s’occuperait de lui ...comme sa mère avait façonné de ses mains, comme s’il était son enfant-mari, son père, laissant Saverio en dehors, abandonné ? Cette drogue n’avait-elle pas été la désignation folle d’une place féminine encore à venir prendre de la part d’une femme, marque d’une addiction inguérissable, appel puissant dans cette place imprimée d’une femme qui serait comme cette mère ayant totalement pris en mains la vie de son mari, comme dans son ventre ?

Le miracle a lieu. Axelle accepte de le suivre chez lui. Cela, déjà, est inimaginable. Elle est là, à l’infini il peut la toucher, entrer en elle, jouer avec elle, avec son corps, encore et encore et encore. Sans fin. C’est à la fois un appartement d’artiste, avec ses baies vitrées ouvertes sur le ciel, et celui d’un pâtissier et cuisinier ayant tous les ingrédients chez lui pour offrir à Axelle un vrai Tiramisù ou un succulent dîner. Leur nuit est interminable. Enfin, avec Axelle si touchable, si suavement pénétrable, héroïne de peintre, Saverio a la sensation folle d’avoir réussi à rejoindre cette héroïne que la drogue ne pouvait atteindre qu’en négatif, que dans l’ombre du passé, que dans l’écriture surplombante, que dans l’interdit de l’inceste et ce tout pour mon père que sa mère imprima. Leur nuit n’a pas de fin, et en même temps Saverio craint, encore et toujours, l’abandon. Axelle accepterait-elle de venir habiter chez lui ? Il n’ose même pas le lui proposer, tellement il anticipe le refus, l’abandon. La nuit interminable, le sexe encore et encore, c’est ça qu’il prend à la séparation définitive annoncée, pas de remède à l’addiction. Axelle, c’est d’abord pour lui, en cavale de la drogue, une femme supposée s’intéresser à un autre homme que lui. Comme autrefois sa mère. Et c’est aussi une femme qui, à travers le sexe, a tout pouvoir sur un homme, elle peut tout lui faire, le retenir à l’infini, son corps et son âme sont entre ses mains. Axelle, c’est toute sa vie. Mais, sans doute, elle n’acceptera pas...Saverio, lorsqu’elle est partie, parce qu’elle doit rejoindre sa mère, semble se préparer à ne pas la revoir. Il n’y croit pas. Comme si elle ne s’intéressait encore...qu’à son père ? Or, son père l’a laissée partir...Toute cette ouverture, c’est encore un cadeau de son père. La crème à pâtisserie de son père...A offrir à l’homme qui saura l’utiliser pour ses recettes inédites ?

Dans la séparation, que Saverio craint comme définitive, d’avec Axelle, il ne cesse de sentir l’abandon, de rêver au miracle de ne vivre que d’art et d’écriture, d’avoir envie de retourner dans son pays natal l’Italie, voir de réussir comme pâtissier.

Et en même temps, comme Axelle ne téléphone pas, dans son silence il est sur le point de renoncer.

Puis un coup de sonnette alors qu’il allait sortir. C’est Axelle, avec ses deux valises. Elle accepte la vie ensemble. Que leurs deux vies se gémellisent. D’une certaine manière, comme son père autrefois, n’a-t-il pas enfin à lui une femme qui n’a plus d’autre désir que de prendre en mains sa vie à lui. Alors, l’addiction étant exaucée, le fils ayant l’assurance d’obtenir ce qu’obtenait son père, échapper à la vie « ordinaire » n’a plus de sens, celle-ci ne se séparant pas de la vie d’artiste. Axelle vierge mère et fille de son fils ?

Lecteurs, si vous voulez vous rendre compte comment un cuisinier et pâtissier peut-être aussi un intellectuel et écrivain de talent, vous pouvez vous procurer ce livre par ce site : www.transfinito.net
Alice Granger Guitard



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