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A la recherche du temps perdu - M. Proust
vendredi 18 avril 2008 par Nadia Bouziane

Le titre A la recherche du temps perdu indique la quête d’un homme qui cherche à retrouver son passé et l’existence menée autrefois. La thématique du temps ne s’est pas faite attendre puisque Du côté de chez Swann s’ouvre sur cette recherche. L’homme réveillé en pleine nuit essaye de localiser sa vie dans le temps et l’espace
"moment totalement dépourvu de rapport avec le reste de la durée ; moment suspendu en lui-même et profondément angoissé, parce que celui qui le vit, ne sait littéralement quand il vit. Perdu dans le temps, il est réduit à une vie toute momentanée." (Georges Poulet, L’espace proustien)

Le dormeur éveillé est désemparé parce qu’à première vue il ne connaît pas le monde où il vit et il ne peut pas déterminer le lieu où il se trouve. Ceci apparaît dès l’incipit.

" Et quand je m’éveillais au milieu de la nuit, comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal..." Du côté de chez Swann

C’est le premier geste cauchemardesque de l’être proustien au moment de son réveil. Son état d’esprit ressemble un peu à celui d’un personnage des Mille et une nuit qui a été transporté dans une île déserte pendant qu’il dormait et le matin au moment de son réveil il se trouve perdu dans le temps et l’espace.

Avec le réveil au milieu de la nuit le narrateur reprend conscience d’un instant précis de son existence. Cette prise de conscience est douloureuse parce qu’il ne peut dire qui il est et il n’a pas les moyens de déterminer le lieu où il se trouve et de relier ce même lieu aux autres lieux de sa vie antérieure, sa " pensée trébuche entre les temps, entre les lieux." Son réveil coincide-t-il avec un laps de temps de son enfance , de son adolescence ou même de son âge adulte ?

Nous remarquons les tâtonnements de son esprit pour identifier le lieu. Celui-ci est toujours relatif à la chambre à coucher. Est-ce sa chambre de Combray, de Paris, de Balbec ou une de ces nombreuses chambres d’hôtel où il a pu dormir ?

Pour le narrateur une chambre inconnue où il n’a pas ses habitudes n’est pas un vrai lieu, elle est n’importe où dans l’espace.

" Mais ma tristesse n’en était qu’accrue, parce que rien que le changement d’éclairage détruisait l’habitude que j’avais de ma chambre et grâce à quoi, sauf le supplice du coucher, elle m’était devenue supportable. Maintenant je ne la reconnaissais plus et j’y étais inquiet , comme dans une chambre d’hôtel ou de chalet où je fusse arrivé pour la première fois en descendant de chemin de fer."

En se réveillant dans le noir, le narrateur ne peut être aucunement sûr de la disposition des lieux. Dans la préface de Contre Sainte-Beuve nous relevons la citation suivante :

" Je fus comme ces dormeurs qui en s’éveillant dans la nuit ne savent pas où ils sont, essaient d’orienter leurs corps pour prendre conscience du lieu où ils se trouvent, ne sachant dans quel lit, dans quelle maison, dans quel lieu de la terre, dans quelle année de leur vie ils se trouvent."

Son esprit se met en branle et essaye d’imaginer l’emplacement des fenêtres, de la porte et des meubles. Parfois un rai de lumière éclaire sa chambre ce qui lui permet d’entrevoir l’espace où il se trouve.

" Je me rendormais, et parfois je n’avais plus que de courts réveils d’un instant, le temps d’entendre les craquements organiques des boiseries, d’ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l’obscurité, de goûter grâce à une lueur momentannée de conscience le sommeil où étaient plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n’étais qu’une petite partie et à l’insensibilité duquel je retournais vite m’unir."

La tranche de temps qui correspond au réveil ou au début du sommeil est une espèce de clair-obscur où la conscience est souvent troublée par des phénomènes extérieurs. Le narrateur voit l’espace se dédoubler, perdre à la fois son immobilité et sa simplicité ou bien se dédoubler d’un autre espace. C’est une expérience à la fois unique et effrayante. Unique parce qu’elle lui permet de faire un feed-back et retrouver un moment de sa vie antérieure.

« (...) ou bien en dormant j’avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive... »

Mais ce retour en arrière peut se transformer en cauchemar :

« (...) retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu’avait dissipée le jour - date pour moi d’une ère nouvelle - où on les avait coupées. J’avais oublié cet évènement pendant mon sommeil, j’en retrouvais le souvenir aussitôt que j’avais réussi à m’éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle... »

Ce réveil au milieu de la nuit est toujours un temps de perturbation et de recherche du temps et des lieux perdus.

« (...) mon esprit s’agitant pour chercher, sans y réussir, à savoir où j’étais, tout tournait autour de moi dans l’obscurité, les choses, les pays, les années. »

A maintes reprises dans Du côté de chez Swann, nous relevons le désarroi du dormeur qui n’arrive pas à déterminer son espace et qui a perdu « le plan du lieu où il se trouve ». Cette perte de l’orientation lui donne l’impression que les lieux basculent et vacillent. Le narrateur, étant hypersensible, est obligé, de par sa maladie, de se retrancher dans sa chambre et de vivre en reclus. Cette retraite forcée ne fait que renforcer sa nervosité et sa solitude. Certains soirs, pour le distraire, sa tante lui proposait un jeu avec une lanterne magique où l’on voit le terrible Golo qui chevauche en direction du château de Geneviève de Brabant, ancêtre des Guermantes seigneurs du village de Combray.

La solitude a fait du narrateur un être enclin à la rêverie. Retiré du monde, il s’amuse à le recréer. Ainsi, les êtres, les espaces et les choses n’ont plus leur aspect réel mais sont transfigurés par une imagination vagabonde que rien n’arrête - ni le temps ni l’espace -, qui fait venir le monde jusqu’à lui. De ce fait, Golo voyage sur le rideau.

« Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait à s’avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. »

Ainsi, l’espace extérieur s’infiltre dans l’espace clos de la chambre. Ce nouvel évènement inattendu, cette superposition des espaces trouble la conscience du narrateur éveillé comme elle troublera son sommeil et il a l’impression de « quelqu’un qui tombe de cheval » ( A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Tout bascule autour de lui, le mur où l’enfant regarde la chevauchée de Golo vacille, la chambre aussi subit le même sort quand il se réveille dans le noir. Ce tournoiement psychique et spatial affecte non seulement l’esprit du narrateur mais aussi les lieux où il se trouve. Cette vacillation ne concerne pas seulement l’espace mais aussi le temps car un lieu essaye de prendre la place d’un autre et un temps passé fait irruption dans le présent. A ce moment-là, encore une fois, le narrateur tente de mettre un peu d’ordre dans son esprit. D’autres lieux s’imposent à lui et il essaye de se les rappeler. Cependant il n’en trouve aucune trace dans sa mémoire. Ils sont perdus, parfois à tout jamais. D’autres fois, le narrateur pourrait les retrouver par le biais de la réminiscence. La question capitale est de savoir comment relier le temps et l’espace où l’on se trouve aux autres espaces et moments dispersés tout le long de l’étendue.

« On dirait que l’espace est une sorte de milieu indéterminable, où errent les lieux, de la même façon que dans les espaces cosmiques errent les planètes. » (L’espace proustien)

Si l’espace est indéterminé et ne peut être rattaché aux autres lieux, il semble alors perdu dans la solitude de l’espace. Marcel, quand il ne peut se trouver dans son espace se sent perdu et sans aucun univers ni port d’attache. Il est à la fois nulle part et n’importe où comme une épave perdue dans l’immensité de l’océan. Pour le narrateur c’est une victoire que de se retrouver dans un espace connu et dans un temps précis. Quand les images deviennent fixes et les lieux définis il éprouve le soulagement de l’égaré qui retrouve son chemin. Les lieux familiers s’estompent parfois de notre mémoire mais, par enchantement ou par un désir intensif de les retrouver ils reviennent pour occuper leur place primitive.

« (...) en des jours lointains qu’en ce moment je me figurais actuels sans me les représenter exactement et que je reverrais mieux tout à l’heure quand je serais tout à fait éveillé. »

Les lieux sont comme les souvenirs, ils s’en vont et ils reviennent. L’enchantement de la mémoire affective permet de retrouver le temps perdu et du même coup l’espace perdu.

Marcel Proust écrit à ce propos : « (...) notre mémoire ne nous présente pas d’habitude nos souvenirs dans leur suite chronologique mais comme un reflux où l’ordre des parties est renversé. » (A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Même les espaces ne se présentent pas dans un même ordre ce qui est la cause du vertige et de la peur du narrateur qui se recroqueville dans son lit et dans son nid.

« (...) chambre d’hiver où quand on est couché, on se blottit la tête dans un nid qu’on se tresse avec les choses les plus disparates, un coin de l’oreiller, le haut des couvertures, un bout de châle, le bord du lit et un numéro des Débats roses, qu’on finit par cimenter ensemble selon la technique des oiseaux (...) ; où, par un temps glacial, le plaisir qu’on goûte est de se sentir séparé du dehors (...) de chaude caverne creusée au sein de la chambre même. » (Du côté de chez Swann)

Le narrateur fait ici référence à des termes chers à Gaston Bachelard comme la dialectique du dehors et du dedans. Il utilise aussi des métaphores relatives aux oiseaux. La chaleur de son lit-nid le réconforte :

« Déjà dans le monde des objets inertes, le nid reçoit une valorisation extraordinaire. On veut qu’il soit parfait, qu’il porte la marque d’un instinct très sûr. De cet instinct on s’émerveille, et le nid passe aisément pour une merveille de la vie animale. » (Gaston Bachelard, La poétique de l’espace)

Le nid est la maison de l’oiseau. Pour le narrateur c’est une maison en miniature où il pourra se retrouver facilement. C’est l’image du repos et de la tranquillité. Le nid signifie également le départ pour l’aventure car l’oiseau vole très loin, survole plusieurs espaces avant de revenir dans son nid. Ce retour vers le nid marque le commencement de rêveries infinies.



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